Gilles Kraemer
envoyé spécial
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© Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Une Saison en bleu majeur, Marc Desgrandchamps, Evi Keller mais aussi de noir, Eugène Dodeigne, Anaïs Lelièvre.
Où le feu de l’italien Claudio Parmiggiani règne.
Où les oiseaux d’Astrid de La Forest côtoient les animaux de Pascal Convert et de Lionel Sabatté.
Où l’arachnéen d’Antonio Crespo Foix et de Janine Thüngen-Reichenbach joue avec les instabilités de Bernard Pagès et de Ghyslain Berthelon.
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Antonio Crespo Foix, Janine Thüngen-Reichenbach, Chantal Colleu-Dumond, Lionel Sabatté, Ghyslain Bertholon, Marc Desgrandchamps © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Ces onze artistes, Chantal Colleu-Dumond, les a réunis pour sa 19ème Saison d’art, rendez-vous majeur du Domaine de Chaumont-sur-Loire / Centre d’arts et de nature de ce lieu, domaine que Catherine de Médicis céda à Diane de Poitiers, de la princesse Henri-Amédée de Broglie, née Say - héritière des raffineries de sucre Say, toutes les extravagances lui étaient permises -. Cette agrégée de lettres classiques y règne en souveraine depuis presque 20 ans après avoir été conseiller culturel auprès des ambassades de France à Rome puis à Berlin. Elle a merveilleusement enté, aux côtés du Festival International des Jardins créé en 1992, une Saison d’art contemporain. Greffe prise de suite, rien de résiste à la volonté de cette « magicienne aux pouces verts » parcourant « son » domaine, ne cessant de poster chaque jour de l’année des images de cette nature en vie.
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Marc Desgrandchamps et Fleuve © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Dans les salles hautes du château, Marc Desgrandchamps, des œuvres de 1994 à 1997, de 2019 à 2026, dans le processus du « développement des figures et des formes, dans l’ambivalence d’un lieu vu, d’un site » pour lui qui est « attentif à la surface ». Devant Le Fleuve (2022), - dytique dans un processus de césure, de discontinuité - qu’il a ainsi titré, Desgrandchamps souligne qu’il laissait précédemment sans nom ses huiles car « le titre ne sort pas du tube de peinture ». Paysage artificiel, un fleuve, deux cheminées d’une centrale nucléaire en activité, une minuscule éolienne, des échancrures dans la montagne ressemblant à des icebergs alors qu’elles sont des carrières. Une figure colonne, forme sculpturale, décentrée dans une récurrence de la monumentalité. Et, ce ciel bleu, parfait, présent très souvent sur ses huiles.
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Marc Desgrandchamps, Formes, 2025-2026 © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
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Marc Desgrandchamps, Figure d'automne, 2025 © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Figure d’automne, une des quatre toiles autour du château et de son parc, un triptyque nommé Formes, peintes dans le souvenir de Chaumont, présentées dans la dernière salle, vues aperçues à travers les fenêtres donnant sur la Loire, les bords de la Loire et la cour du château. Une résonnance. Pour cette exposition, le titre de morphogenèses, celui de développements.
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Pascal Convert, Vole, cheval à la blanche crinière... © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Pascal Convert, une œuvre de plus au château après la grande Bibliothèque cristallisée (2016) aux 329 ouvrages « enflammés », longtemps exposée dans la bibliothèque du château et que la région Centre-Val de Loire a acquise. Un souhait que Chantal Colleu-Dumond a longtemps porté. Récidiviste Pascal Convert. Donc pour lui « un challenge ». Il a plongé dans les entrailles du château, dans ses cuisines situées en sous-sol de la tour de Diane [de Poitiers], y installant, non loin des cloches que Jannis Kounellis suspendit dans un labyrinthe de poutres en peuplier , Vole, cheval à la blanche crinière... dans une salle octogonale où les animaux étaient dépecés. Au sol, neuf cloches ornées d’une crinière de cheval dans un renvoi à Diane de Poitiers morte des suites d’une chute de cheval, sur des consoles et les rebords des fenêtres des cloches en cristal. Une œuvre de sensation très wagnérienne, très Parsifal dans sa mise en espace dans ce lieu de mort gardant le souvenir du sang du gibier éviscéré. Et du sang salvateur du Graal ? Suspendu, un cercle lumineux. Dans un pas de côté vers la radicalité d’Untitled (Cavalli), 12 chevaux que Kounellis « exposa » pendant 3 jours, en janvier 1969, à la galerie romaine L’Attico, une mise en scène non peinte, non sculptée, non dessinée, non gravée. Mais réelle pour l’artiste d’Arte Povera.
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Delocazioni de Claudio Parmiggiani © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Claudio Parmiggiani est le prince des empreintes mystérieuses des objets, nées de braseros enflammés. Concordance des empreintes des mémoires des salles du château, c’est dans cette même pièce que Carole Benzaken, à la Saison d’art 2022, présentait sa Bibliothèque(s) en trois peintures, « un paysage intérieur pour celui qui la possède, en étant en quelque sorte l’auteur, l’émetteur, l’organisateur, mais aussi l’usager, le récepteur, le lecteur-regardeur » précisait-t-elle, ajoutant que « les tranches et dos de livres sont blancs, comme des inachèvements et cette possibilité de rencontre avec la lenteur ». Place aux mystérieux Delocazioni de ce magicien de la performance qui ne créé pas de sa main mais par la suie de fumée se déposant sur ses toiles et laissant des empreintes. Aucune intervention de l’artiste pour ses rayonnages qu’il nous présente, « des livres qui pour moi ne peuvent qu’être littérature » imagine naturellement Chantal Colleu-Dumond. (1)
Nous sommes au-delà du danger, loin du feu dévoreur des livres mais dans un dialogue-écho de la bibliothèque des Broglie du château détruite par un incendie en 1957, à une salle de la Bibliothèque cristallisée de Pascal Convert.
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Série Treeworld de Janine Thüngen-Reichenbach © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
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Anaïs Lelièvre © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Antonio Crespo Foix dans une relation avec la légèreté de la nature. Janine Thüngen-Reichenbach dans un croisement de l’empreinte en silicone de séquoias du Domaine transportant la mémoire de son parc. « Une recréation de mondes qui pour moi sont des planètes ». Anaïs Lelièvre et Altus Stratus, l'exploration de la céramique.
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Série des Pals de Bernard Pagès © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Les pals de Bernard Pagès, émergeant dans la nuit des écuries, dans le côté déséquilibre de leurs socles et dans le parc, la Rezilientia de Ghyslain Berthelon, une hache fichée dans une souche de séquoia sculptée d’un drapé, la journée finie.
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Eugène Dodeigne © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Eugène Dodeigne (1923-2016), le Belge, sculptant dès 12 ans la pierre de Soignies aux reflets bleutés, dont L’oiseau de nuit nous accueillant à la porte du domaine, en écho à une sélection de fusains, sa pratique quotidienne en automne et en hiver, des mouvements qu’il traduira dans la pierre. Exploration de la céramique chez Anaïs Lelièvre et de sa fragilité.
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Lionel Sabatté © Éric Sander, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Retour à Chaumont de Lionel Sabatté après la Saison d’art 2023 pour laquelle il avait imaginé dans ce parc de 32 hectares de l’architecte paysagiste Henri Duchêne, Chemins croisés, une sculpture sans fin, fers à béton recouverts de ciment coloré par des pigments naturels. Sous l’auvent des écuries, ce petit-fils de taxidermiste a posé son immense Chouette à la tête inclinée, les yeux grands ouverts. La figure forte de la connaissance, celle qui voit la nuit, la représentante d’Athéna nous observe.
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Evi Keller © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Matière-Lumiere [Or bleu, Soleils ensevelis] selon Evi Keller, « création d’un lieu au temps suspendu, de silence, de recueillement où le dialogue des œuvres transporte le visiteur dans un voyage initiatique vers d’autres univers. Sept portes d’un bleu forgé de feu, se manifestent face à nous, telles les pages d’un manuscrit cosmique, transformant l’énergie du lieu en celle d’un temple, lieu sacré propice à la contemplation, à la méditation. » La plongée dans un grand bleu « le bleu d’une lueur cosmique, d’une luminescence, d’une incandescence de soleils de feu dans les ciels étoilés de la nuit, qui nous relient aux premiers instants de l’univers » portée par une fragrance diffusée qu’Andrea Montanari a spécialement créée.
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Astrid de La Forest © Éric Sander, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Et les oiseaux rêvent aussi chez Astrid de La Forest, un rêve entre arbres et oiseaux, un rêve qu’elle fit à Chaumont, se voyant transformée à la fois en arbre et en oiseau. Un travail de l’estampe, de la gravure au carborundum qu’elle imprime en noir profond -le mystère de ce médium, la presse faisant ensuite son travail - sur des lavis d’encre figurant des arbres. « Un voyage initiatique qui se révèle de sensations. ». Quelques oiseaux se sont envolés des arbres, oiseaux de carborundum tirés, pour une légèreté, sur papier Japon.
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Astrid de La Forest © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
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Astrid de La Forest, Forêt (3) © Éric Sander, Chaumont-sur-Loire, printemps 2026
Dans la petite galerie de la cour, sa fresque évolutive Forêt (3) commencée en 2023 pour le Musée Jenisch de Vevey, poursuivie au château de Fontainebleau, s’enrichie de 2 panneaux produits spécialement cette année pour Chaumont. Neuf panneaux aujourd’hui pour se perdre dans ses arbres. Les arbres de Chamont-sur-Loire…
(1) Parmigianni dialogue avec Pablo Picasso et Giorgio Morandi, trois artistes qui ne se rencontrèrent jamais, autour du thème de la Nature morte, des Still lifes, des Vies tranquilles, exposition à la Galleria di Piazza San Marco, Istituzione Fondazione Bevilacqua La Masa, Venise, commissariat de Cécile Debray. (7 mai-25 juillet 2026).
https://www.lecurieuxdesarts.fr/2022/05/le-chant-de-la-terre-a-chaumont-sur-loire.html
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Saison d’art 2026
29 mars – 1er novembre 2026 - Domaine de Chaumont-sur-Loire / Centre d’arts et de nature
Commissariat Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine de Chaumont-sur-Loire et du Festival international des jardins
https://domaine-chaumont.fr/fr/centre-d-arts-et-de-nature
Expositions et installations d’art contemporain de Marc Desgrandchamps ; Claudio Parmiggiani ; Eugène Dodeigne ; Pascal Convert ; Antonio Crespo Foix ; Astrid De La Forest ; Evi Keller ; Anaïs Lelièvre ; Janine Thüngen-Reichenbach ; Bernard Pagès ; Lionel Sabatté ; Ghyslain Bertholon.
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Astrid De La Forest - Et les oiseaux rêvent aussi. Textes Chantal Colleu-Dumond, Yves Michaud, Martin Kiefer. 104 pages. Très belle mise en page de cet ouvrage composé en EB Garamond et Helvetica, tirage à 600 ex. sur Munken print white, Curious Translucents Clear et Colorplan. Design graphique, soutien éditorial et production Victoria Allakhverdyan & Lucas de Montalambert. Éditions du domaine de Chaumont-sur-Loire avec le soutien de la Fondation Antoine de Galbert [https://fondationantoinedegalbert.org/categorie-produit/ouvrages-soutenus/]. Prix 28 € (en service de presse)
Marc Desgrandchamps – Morphogenèses. Textes Chantal Colleu-Dumond, Nadeije Laneyrie-Dagen. 76 pages. Éditions Domaine de Chaumont-sur-Loire. Prix 25 € (en service de presse)
Depuis la gare Paris-Austerlitz - Onzain / Chaumont-sur-Loire, durée : environ 1 h 40.
https://domaine-chaumont.fr/fr/festival-international-des-jardins
https://domaine-chaumont.fr/fr/programmation-culturelle-et-evenements/conversations-sous-l-arbre-17