Gilles Kraemer
Déplacement et séjour personnel à Biarritz
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Vanessa Wagner, Biarritz © Crédit photo : Jean-Louis Hupé
Biarritz. 2 août 2026. Ce soir, Ariane – Vanessa Wagner – déroulait le fil des notes pour Thésée – Philip Glass-. Ce soir, Pénélope recomposait son tissage pour Ulysse.
« La caresse de l’écume, le chahut des vagues et la musique insaisissable d’un piano posé sur une plage de Biarritz », face à un Océan de concerts, face aux vagues de compositeurs et de leurs interprètes, c’est ainsi que se présente cette 17ème édition de Biarritz Piano Festival, rendez-vous pianistique incontournable dès sa fondation en 2010 par l’infatigable Thomas Valverde, pianiste et compositeur profondément ancré dans le territoire basque. Dans une ville où la culture était loin, très loin d’être une des priorités de l’ancienne maire Maider Arostéguy remplacée ce printemps par Serge Blanco, manifestement plus impliqué.
Festival dans des lieux en phase avec le territoire voulus par Valverde, un festival à ciel ouvert. Sur les marches de la Côte des Basques - Zsigmond Gerlóczy -, au pied du phare - Noé Huchard trio - , sur le toit de la Cité de l’Océan, à oublier architecturalement - Marius Nitzbon -. Ou encore, plus improbable, le skatepark de Biarritz pour une performance de Thomas Valverde.
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Vanessa Wagner, Biarritz © Crédit photo : Jean-Louis Hupé
Dans un endroit plus classique, ce soir, l’Espace Bellevue, l’ancien casino de la cité balnéaire, pour un programme avec 13 Études de Philip Glass (1937) choisies par Vanessa Wagner, sylphide à la robe lamée argent et aux chaussures dorées, petit tatouage sur l’épaule gauche.
Impériale. Diaphane Pénélope dans le déroulé du fil d'Ariane.
Trois jours auparavant, vendredi 31 juillet, dans le lieu incontournable de La Roque d’Anthéron, 46ème Festival International de piano, elle avait donné l’intégrale des Études de l’étasunien, 20 compositions initiées dès 1991. Incroyable marathon artistique.
Biarritz. Choix de 13 Études dans l'ordre de leurs numérotations – elle n’est pas craintive de ce chiffre -, pour une plongée en apnée dans les abysses des sons jusqu’à toucher le fond pour une remontée victorieuse. Et son bras gauche élevé, suspendu, comme si sa main continuait à toucher le clavier pour capter la dernière note d’Étude n°20, pour inscrire la partition dans l’espace, cette magistrale étude synthétisant cette musique trop qualifiée de minimaliste et répétitive. Sidération du public pendant quelques secondes comme si ce temps suspendu de communication, ce temps sans entracte prenait trop vite fin pour cette salle qu’elle avait emmenée avec elle pendant ses fulgurantes 90 minutes tellement denses.
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Vanessa Wagner, Biarritz © Crédit photo : Jean-Louis Hupé
Silence absolu, comme un regret de quitter cette communion. Silence avant la libération des applaudissements. Moment rare d’une quadrature du cercle parfaite dans ce ressenti tellement stendhalien. Le syndrome fut présent dans des yeux humides de bonheur.
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Vanessa Wagner © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2 août 2026, Biarritz
Dit-on de Mark Rothko qu’il est minimaliste et répétitif avec ses rectangles de couleurs flottant dans l’espace, lorsque l’on entre dans la lumière émanant de ses couleurs, lorsque la lumière pénètre la fine couche de peinture frappant les particules de pigments et revenant vers la surface ? Toujours le même tableau, jamais le même tableau. (1)
Glass, toujours la même musique, jamais la même musique.
Rothko, Glass, je les voyais réunis ce soir, dans une même communion, une intériorité religieuse, un silence, le regard magnétisé par la peinture, l’oreille sensible à la succession d'infinitésimales variations.
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Vanessa Wagner, dans la nuit tombante de Biarritz © Crédit photo : Jean-Louis Hupé
Programme construit architecturalement. Répétition qui n’en est pas une mais un surgissement dès l’Étude n°1. Toujours la même impression mais qui n’est jamais la même dans cette musique physique qui vous attrape, vous capte. Tressaillement. Intériorité soudainement entrant dans une virevoltante violence jusqu’à l’assagissement et le lâcher qui semble un lâcher- prise mais qui n’en est pas un. Tout semble facile mais tellement difficile. Rapidité, accélération, sauts des notes. Jusqu’à cet abandon émotionnel dans Étude n.20 avec le bras gauche élevé, suspendu, comme si sa main continuait à toucher le clavier pour en extraire la dernière note.
Remerciements à Thomas Valverde & Thierry Messonnier
(1) https://www.lecurieuxdesarts.fr/2026/07/mark-rothko-dans-la-florence-des-strozzi-et-des-medicis.html
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Vanessa Wagner © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2 août 2026, Biarritz
Vanessa Wagner, Études 1, 2, 3, 6, 7, 8, 11, 12, 13, 15, 16, 18, 20 de Philip Glass
Dimanche 2 août 2026 - Espace Bellevue – Biarritz
17ème édition du Biarritz Piano Festival du 27 juillet au 7 août 2026.
https://www.biarritzpianofestival.com/
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Vanessa Wagner © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2 août 2026, Biarritz