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LE CURIEUX DES ARTS

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Une Zaïde selon Raphaël Pichon, toute dans le respect de Mozart – Opéra-Comique hors les murs

Publié par Gilles Kraemer sur 12 Septembre 2026, 15:15pm

Catégories : #Opéra et Musique

Gilles Kraemer

 

 

Dix secondes de sidération absolue. Dix secondes de silence. Puis un tonnerre d’applaudissement pour cette re-création selon Raphaël Pichon de la Zaïde, singspiel de Mozart (1779-1780).

Sabine Devieilhe (Zaïde), Hugo Brady (Gomatz), Johannes Martin Kränzle (Allazim), Chœur Pygmalion © Stefan Brion Zaïde ou le chemin de lumière d’après W.A. Mozart dans le hall Eiffel du lycée Carnot – Paris 17ème

Rabouter, élaguer, créer l’incréé, terminer il non finito, supprimer, ajouter, rechercher. Extraire de l’obscur, de l’enfouissement. Sortir des bibliothèques, retrouver. Pratiques dans lesquelles le chef d’orchestre, le « Géo Trouvetou » Raphaël Pichon se plaît à développer les interrogations qu’il porte aux partitions du 18ème siècle.

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : / Polissez-le sans cesse et le repolissez ; / Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. » Art poétique, Nicolas Boileau, 1650.

Revisitation du Requiem de Mozart dans les images subtiles de Romeo Castellucci, reprise aixoise 2026 recevant un accueil très tranché selon les soirs (1). Samson d’après « un projet d’opéra » de Rameau sur un livret de Voltaire, une reconstitution dans des conditionnels réussis à Aix en 2024. (2)

Cette nuit parisienne de septembre 2026, 22h 50, dix longues secondes d’absolue sidération, après la dernière note. Dix longues secondes de silence. Puis un tonnerre d’applaudissement pour cette Zaïde de Mozart, opéra inachevé, dramatique turquerie qui ne fut jamais représentée du temps de son compositeur. Pour Paris, la re-création de ce spectacle donné à Salzbourg en août 2025.

L’Opéra-Comique est lieu important de découvertes aime à souligner le pétillant Louis Langrée, chef d’orchestre et heureux directeur de ce théâtre national. Et de fidélité ; Pichon et Sabine Devieilhe sont des compagnons de cette institution et de la programmation de cette saison 2025/2026 exceptionnellement extramuros, l’établissement lyrique étant fermé pour modernisation de sa cage de scène avec ses espaces dessous, son plateau et ses cintres. (3) 

Lieu élu pour ce fulgurant, étonnant, fascinant, intense singspiel, le lycée Carnot. Etablissement scolaire des plus strictes par son architecture, ayant formé nombre de futurs noms du Who's Who de la IIIme République, siècle à l’image de « la grande renonciation » pour le costume masculin.   

Lieu élu pour trois représentations, l’immense hall surmonté d’une verrière métallique conçue par les ateliers de Gustave Eiffel, espace plus proche d’un établissement pénitentiaire dans cette nuit parisienne. Une glaçante mise en condition pour accueillir cette œuvre qui parle de drame, d’espoir, de lutte, de réconciliation, occupant cette immense scène, ce plateau où cinq chanteurs, le chœur Pygmalion – tel une pétrifiante armée des Ombres sortie de l’Enfer, une armée de détenus, une armée de concentrationnaires - et l’orchestre côté jardin prenaient place.

de gauche à droite : Raphaël Pichon et l’orchestre Pygmalion, Xenia Puskarz Thomas (Persada), Chœur Pygmalion. En haut : Mattew Swensen (Soliman) © Stefan Brion Zaïde ou le chemin de lumière d’après W.A. Mozart dans le hall Eiffel du lycée Carnot – Paris 17ème

Aucun décor souhaité par Pichon, également concepteur scénique, les mouvements de masse du chœur sont eux-mêmes des décors qui se déplacent. Dans les lumières sublimes de Bertrand Coudère et ce pari incroyable de toute l’équipe de l’Opéra-Comique, de ses techniciens, de ses acousticiens, eux aussi grands contributeurs de la perfection de cette représentation.

Surgissant de la nuit, dévalant les gradins, Persada ou « cadeau des dieux », – personnage inventé par Pichon -, Xenia Puskarz Thomas, toute en volonté vocalement, pour laquelle Wajdi Mouawad a écrit un dialogue. Comme un prologue visuel de cet opéra cette survenance, cette recherche de ses origines, sa quête de cette mère, de cette « femme qui chante », qu’elle n’a jamais connue et qu’elle sait avoir été emprisonnée sur une île devenue aujourd’hui un musée. Elle y rencontre le vieux gardien Allazim / Johannes Martin Kränzle, à la présence physique majestueuse, voix émouvante et emplie de remords, qui fut gardien de l’ancienne prison et âme damné des basses œuvres du tyran Soliman / Matthew Swensen. Sous les interrogations et l’insistance de la jeune fille, la mémoire de ses souvenirs surgit et il lui racontera l’histoire de ce lieu carcéral et de ses parents. L’histoire de Zaïde, la prisonnière, pouvait commencer.

Johannes Martin Kränzle (Allazim), Mattew Swensen (Soliman), Chœur Pygmalion​​​​​​​​​​​​​​ © Stefan Brion Zaïde ou le chemin de lumière d’après W.A. Mozart dans le hall Eiffel du lycée Carnot – Paris 17ème

Méchant idéal, Soliman / Matthew Swensen, juste ce qu’il faut dans sa noirceur mais qui montrera son humanité lorsque Allazim lui demandera d’épargner Persada

Zaïde, divine Sabine Devieilhe, incarnation de l’espoir de tous les incarcérés, émotive, enflammée, refusant de succomber physiquement à son tortionnaire, tout à son amour pour son compagnon Gomatz / Hugo Brady, défendant jusqu’à son dernier instant, telle une lionne son enfant nouveau-né.

 Sabine Devieilhe (Zaïde), Hugo Brady (Gomatz), Xenia Puskarz Thomas (Persada) © Stefan Brion Zaïde ou le chemin de lumière d’après W.A. Mozart dans le hall Eiffel du lycée Carnot – Paris 17ème

Dernière image, celle de Persada, recouvrant de ses langes, le corps de ses parents morts étendus à ses pieds.

 

Point commun entre le Requiem, le Samson, la Zaîde ? L’avez-vous remarqué ? Pichon dirige… les pieds nus. Et les chanteurs aussi.

Pour cette production parisienne, osons les mots d’intensité, de prégnance, d’émotion. S’il est un soir où il « fallait y présent », la Zaîde de Pichon défendue par l’Opéra-Comique en fut la démonstration.

(1) https://www.lecurieuxdesarts.fr/2026/07/un-requiem-de-mozart-dans-le-montage-de-raphael-pichon-festival-d-aix-en-provence-2026.html

(2) https://www.lecurieuxdesarts.fr/2025/03/samson-de-jean-philippe-rameau-dans-des-conditionnels-d-un-opera-enquete-opera-comique.html

(3) https://www.lecurieuxdesarts.fr/2026/05/des-moments-forts-pour-une-saison-enchantee-2026-2027-avec-l-opera-comique.html

d’après Wolfgang Amadeau Mozart, Zaïde ou Le chemin de lumière, singspiel composé en 1779/1780

Création le 27 janvier 1886 à l’Opéra de Francfort

Raphaël Pichon et Pygmalion associent Zaïde à l’oratorio Davide penitente (1785) et Thamos, roi d’Egypte de Mozart

Re-création du spectacle donné lors du festival de Salzbourg en août 2025.

Conception musicale et scénique, direction musicale Raphaël Pichon

Chœur & Orchestre Pygmalion

Dialogues Wajdi Mouawad 

Lumières Bertrand Couderc    Dramaturgie Eddy Garaudel 

Chorégraphie Evelin Facchini    Costumes Silvia Costa

Zaïde, Sabine Devieilhe, soprano

Allazim, Johannes Martin Kränzle, baryton. On le retrouvera en octobre 2026 dans Le Crépuscule des dieux à la Bastille.

Persada, Xenia Puskarz Thomas, mezzo-soprano

Gomatz, Hugo Brady, ténor

Soliman, Matthew Swensen, ténor

Opéra-Comique hors les murs, Lycée Carnot, Paris 17ème -       9, 11 & 12 septembre 2026

 

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