Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Pour Paul Poiret, la mode est une fête – Musée des Arts décoratifs

Publié par Gilles Kraemer & photographies Antoine Prodhomme sur 21 Août 2025, 20:29pm

Catégories : #Expositions Paris

Gilles Kraemer

Antoine Prodhomme (photographies)

 

Paul Poiret, la mode est une fête. Titre à la Ernest H. Le musée des Arts décoratifs consacre une exposition, de plus de six mois, à Paul Poiret (1879 – 1944), figure de la haute couture parisienne du premier quart du XXème siècle. Mais la mode n’est pas toujours une fête ; créée en 1903, cette maison fermera en 1932, Poiret était trop flamboyant.

"Griffe" Paul Poiret sur le boléro de la danseuse Nyota Inyoka, 1920-1930 © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Paul Poiret, 1920-1930. Boléro de la danseuse Nyota Inyoka. Soie, application de cordonnets de fils dorés et métalliques, tulle et passementerie © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Sous le nom de scène de Nyota Inyoka, Aïda Étiennette Guignard (1896 – 1971), d’origine indienne, fut  danseuse et chorégraphe.

Worth, Robe d’intérieur ou Tea-gown, vers 1895, ayant appartenu à Élisabeth de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffuhle. Velours de soie fond satin à grands motifs de roses. Paris, musée des Arts décoratifs, dépôt UFAC. Don du duc de Gramont © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

De la comtesse Henry Greffulhe, « s’occupant de la mode pour ne pas la suivre, l’ayant donnée », et à laquelle le musée du Petit Palais rend hommage à travers l’exposition Worth. Inventer la haute couture, le musée des Arts décoratifs présente une Robe d’intérieur ou Tea-gown (vers 1895). Création de la maison Worth, taillée dans un velours de soie fond satin à grands motifs de roses, elle ne peut éclipser celle imaginée par la même maison de la rue de la Paix, vers 1896-1897, soie façonnée à fond en satin vert et motifs en velours coupé bleu, dans une pièce de tissu imaginée uniquement pour la comtesse, par les soyeux Tassinari & Chatel. (1) Paul Poiret rejoindra de l’hiver 1901 à 1903 la maison Worth, rue de la Paix, dirigée depuis 1895 par Jean-Philippe créateur et Gaston gestionnaire, les deux fils du fondateur Charles Frederick. Expérience lui conférant l’impulsion nécessaire pour établir sa propre maison de couture en 1903.

Chéruit, Robe du soir, vers 1900. Tulles de soie brodée de paillettes. Paris, musée des Arts décoratifs, dépôt UFAC. Don M. & Mme Wormser © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Paul Poiret fournira quelques dessins à la maison de haute couture de Louise Chéruit, installée place Vendôme, à droite du Ritz.

Paul-César Helleu (1859-1927), Louise Chéruit au col de fourrure, vers 1901. Pointe sèche signée en bas à gauche. Musée Bonnat-Helleu, musée des Beaux-Arts, Bayonne. Don Paulette Howard-Johnston, fille de l’artiste © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Louise Chéruit (1866-1955) dirigera sa maison Chéruit de 1902 à 1914, place Vendôme. Le lieu, après fermeture de la maison Chéruit, sera repris par Elsa Schiaparelli.

Louise habillera Alice Helleu, "à la flamboyante chevelure rousse" écrivait le comte Robert de Montesquiou – ayant inspiré le baron Charlus chez Marcel Proust -.

Rencontrée plusieurs fois, madame de La Brosse m’évoquera sa grand-mère qui habillait Alice mais aussi les enfants du peintre. Paul-César – Elstir de La Recherche - gravera d’elle une cinquantaine de pointes sèches qu’elle conservait dans un album. Je ne sais son devenir. (2)

Léon Baskst (1866-1924), Caryathis, 1920. Lithographie. Paris, musée des Arts décoratifs. Don Suzanne Léon- Tézenas, 1978 © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Élise – son prénom était Élisabeth (1888-1971) -, la future madame Marcel Jouhandeau (1888 – 1979) – qui regardait plutôt les garçons -. La Belle Excentrique ou L’Altesse des hasards. Elle publiera Enfance et adolescence, Joies et douleurs d’une belle excentrique et Le spleen empanaché. Couple amour-passion-dispute, Élise apparaît de nombreuses fois dans les ouvrages de son époux, personnage digne des Chroniques maritales.

Paul Poiret en uniforme militaire, ca 1914. Tirage gélatino-argentique. Paris, musée des Arts décoratifs © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Pas très souriant Paul Poiret lorsqu’il est filmé… mais très élégant posant dans son costume d’officier, pendant la Grande guerre. Tournure étudiée pour faire oublier la rotondité corporelle de sa personne.

André Derain (1880-1954), Portrait de Paul Poiret, 1915. Huile sur toile. Musée de Grenoble, achat auprès de la Galerie Pierre Loeb en 1934 © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Man Ray (1890-1976), Peggy Guggenheim dans une robe de Paul Poiret, 1924. Tirage d’exposition © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Delphi, Denise Poiret portant la robe Mythe ou Faune de Paul Poiret, 1919. Tirage gélatino-argentique. Musée des Arts décoratifs © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025.

Cliente de Paul Poiret, la riche héritière Peggy Guggenheim (1898 – 1979), posant devant le photographe Man Ray a choisi une robe-culotte, collection automne-hiver 1924. Elle achètera au couturier, très dépensier, Maïastra (1910-1918) du sculpteur Constantin Brancusi (1976-1957). Sculpture maintenant au Palazzo Venier dei Leoni, abritant la Collection Peggy Guggenheim.

L’on retrouve cette sculpture en laiton sur son socle en calcaire sur une photographie représentant l’épouse de Paul Poiret en 1919.

Sept autres versions de Maiastra ont été identifiées et localisées : trois sont en marbre et quatre en bronze. L’exemplaire de Peggy Guggenheim a apparemment été moulé à partir d’un plâtre retravaillé. (3)

Maurice de Wlaminck (1876-1958), Boutons, ca 1910. Faïence stannifère. Ancienne collection Loïc Allio © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs  //  Maurice de Wlaminck (1876-1958) & André Metthey (1871-1920), Boutons, 1906 - 1910. Faïence stannifère. Paris, musée du Louvre, legs Solange Prével-Vlaminck, fille du peintre, à l’État, 1978. En dépôt au musée des Beaux-Arts de Chartres © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris,

Cet ensemble de boutons naquit de la rencontre entre le peintre Maurice de Wlaminck et le céramiste André Mettehey dans l’atelier de ce dernier à Asnières. Vlaminck, à la demande de Paul Poiret, dessine ces boutons aux couleurs pures, vives et contrastées.

Louis Vuitton, Malle chapeaux en toile Monogram, 1911. A appartenu à Paul Poiret. Collection Louis Vuitton © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Une des malles de Paul Poiret pour parcourir l’Europe à l’hiver 1911-1912 et les États-Unis d’Amérique en 1913.

Paul Poiret, ensemble Bacchus, 1912. Tunique en crêpe de coton, galon en fils métalliques or ; perruque en connetille en fils de métal doré. Palais Galliera – musée de la Mode de la Ville de Paris © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Henri Manuel (1874-1947), Paul et Denise Poiret pour Les Festes de Bacchus, 1912. Tirage d’exposition d’après la photographie conservée au département des Estampes et de la Photographie, bibliothèque nationale de France © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Paul Poiret, Mariano Fortuny (1871-1949), ensemble Bacchante, 1912. Sandales en peau. Couronne en feuilles de taffetas, glands en verre doré, fils lamé or, cordonnet de soie. Tunique en mousseline de soie imprimée filigranée. Palais Galliera – musée de la Mode de la Ville de Paris © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Le 20 juin 1912, les Poiret donnent une fête au pavillon du Butard, Yvelines, placée sous le signe de l’antiquité grecque. 300 invités. La tunique de Denise est coupée dans un châle Knossos de Mariano Fortuny.

Création célèbre de Fortuny, l'écharpe en taffetas de soie imprimée, inspirée de motifs crétois, minoens et hellénistiques, Knossos (450 x 110 cm.), fut lancée d'une façon spectaculaire à Berlin, en novembre 1907, lors d'une matinée présentée par le poète Hugo von Hofmannsthal avec une danseuse accompagnée d'un violoncelliste, présentant les différentes façons de porter cette étoffe. Terriblement "fashionable" avant l'heure ! Choisir l'Allemagne et non Paris, la capitale de la mode, quel "super plan" médiatique ! (4) Le plissé Fortuny ! L'histoire d'Henriette, muse de Mariano Fortuny. Ritratto di una musa

Paul Sérusier (1864-1927), Madame Sérusier à l’ombrelle, 1912. Technique mixte sur papier marouflé sur toile. Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

En 1911, Paul Poiret ouvre l’école d’art décoratif Martine, du nom d’une de ses filles, accueillant de jeunes élèves. Marguerite Sérusier, l’épouse du peintre, les encadre. Raoul Dufy leur enseigne l’impression textile. Certaines pièces sont éditées par l’Atelier Martine dirigé jusqu’en 1914 par Guy-Pierre Fauconnet.

Menu de l’inauguration de la péniche Délices, 24 avril 1925. Imprimerie Coquemer. Paris, bibliothèque du musée des Arts décoratifs © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

A l’occasion de l’Exposition internationale des arts industriels et décoratifs de 1925, Paul Poiret décore trois péniches amarrées sur les quais de Seine : Amours, Délices et Orgues. Délices devient un restaurant de cet épicurien, un des fondateurs du club des gastronomes : le Club des Cent. Poussé vers la sortie de cette institution pour avoir critiqué l'un des vins servis, il fonde en 1928 le Club des Purs Cent.

Paul Poiret, En habillant l’époque, 1930. Éditions Grasset, Paris  //  Paul Poiret, Revenez-y, 1932, 3ème édition. Librairie Gallimard, Paris  //  Paul Poiret, Art et phynance, 1934. Éditions Lutétia, Paris © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Paul Poiret & Pierre Fau (1888-1960), Pôpolôrepô. Morceaux choisis par un imbécile et illustrés par un autre, 1927. Éditions Jonquières, Paris  //  Pan, Annuaire du luxe à Paris. An 1928, 1927. Editions Devambez, Paris, 1927  //   Paul Poiret & Sébastien Voirol (1870-1930), illustrations de Marie Alix, 107 recettes ou Curiosités culinaires recueillies par Paul Poiret, président honoraire du Club des Purs Cent, suivie de quelques pages du publicité gratuite. Paris, Éditions H. Jonquières, 1928 © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

 

(1) Worth https://www.lecurieuxdesarts.fr/2025/08/l-anglais-inventeur-de-la-haute-couture-a-paris-worth-petit-palais-paris.html

(2) Fermé depuis avril 2011 pour des travaux urgents de rénovation et un agrandissement, réouverture prévue en 2019 puis en 2021, le musée Bonnat-Helleu rouvrira en novembre 2025 sous l’impulsion très dynamique de son directeur Barthélemy Etchegoyen-Glama ayant pris ses fonctions en février 2025.

https://www.lecurieuxdesarts.fr/2025/05/le-musee-bonnat-helleu-de-bayonne-c-est-un-vrai-roman-dominique-de-saint-pern.html

(3) https://www.guggenheim.org/artwork/669

(4) Le plissé Fortuny ! L'histoire d'Henriette, muse de Mariano Fortuny. Ritratto di una musa

https://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/02/le-plisse-fortuny-l-histoire-d-henriette-muse-de-mariano-fortuny-ritratto-di-una-musa.html

 

in situ Paul Poiret. La mode est une fête © photo Antoine Prodhomme, Musée des Arts décoratifs, été 2025. Paris, musée des Arts décoratifs.

Paul Poiret.  La mode est une fête

25 juin 2025 – 11 janvier 2026

Musée des Arts Décoratifs - Paris

Commissariat Marie-Sophie Carron de la Carrière, conservatrice en chef du patrimoine en charge des collections mode et textile 1800-1946.  Assistée de Marie-Pierre Ribère, attachée de conservation, collections mode et textile & d’Astrid Novembre, assistante d’exposition

Direction artistique Anette Lenz, designer graphique

Scénographie ludique PAF atelier, Christopher Dessus, dans des clins d’yeux appuyés à Daniel Buren

Lumières parfaites dans un parcours chrono-thématique lisible.

Cartels bien détaillés mais placés beaucoup trop bas, ne se lisant qu’accroupi. C’est la tendance actuelle de presque toutes les expositions : gymnastique obligatoire pour les visiteurs.

Catalogue consulté à la boutique du MAD – vrai caverne d’Ali Baba pour ses objets très tentateurs -, dans une mise en page colorée en voulant jouer d’une forte présence du rose. Coédition Gallimard / MAD (45 €). N’a pas l’intemporel du catalogue de l'exposition Worth au Petit Palais.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents