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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


L’anglais inventeur de la haute couture à Paris : Worth – Petit Palais, Paris

Publié par Gilles Kraemer. Photographies Prodhomme sur 1 Août 2025, 20:27pm

Catégories : #Art de vivre - Lifestyle, #Expositions Paris

 

Gilles Kraemer

photographies Antoine Prodhomme

© photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. 

L’invention de la haute couture par un anglais ? De surcroit en France ! This is not possible ?

Unfortunately this is true. 

"Le diable s'habillait en Worth" dans le Paris du second Empire, celui de La Vie parisienneEn Charles Frederick Worth (Bourne, Lincolnshire 1825 - 1895 Paris). LE couturier de la "fashionable" Pauline de Metternich, épouse de Richard Klemens prince de Metternich-Winneburg, son oncle puisque demi-frère de sa mère, ambassadeur d’Autriche en France. C’est ce diplomate qui aidera Eugénie à fuir de France à la chute de l'Empire. Qu’en auraient pensé Napoléon Ier et le chancelier d’État autrichien, Klemens Wenzel von Metternich ? -.

au centre Worth & Bobergh (attribué à), Paletot de l’impératrice Eugénie, vers 1858-1860. Cannelé de soie blanc, broderies de fils métalliques or, paillettes. The Bowes Museum  //  à gauche Worth & Bobergh, Robe de ville, 1868-1869. Taffetas de soie vert, dentelle ivoire. Don de Mme Trotzy. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.           

Elle le présenta à l’impératrice Eugénie telle "une étoile qui se lève au firmament de la mode ! ". Prêt du Bowes Museum, en Angleterre, le Paletot de l’impératrice. Souvenirs de l’Empire qui fit sa carrière, Worth avait disposé, dans le jardin de sa propriété de Suresnes, des colonnes provenant du palais des Tuileries incendié pendant la Commune.

Les robes de la comtesse Greffhule. © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Robe du soir dite robe aux lys de la comtesse Henry Greffuhle, vers 1896.  Velours de soie noir, incrustations de satin de soie duchesse blanc ivoire en forme de branche de lys bordées d’un cordonnet de fils d’argent doré. Broderies de perles, paillettes, strass et fils métalliques d’argent doré. Don du duc de Gramont. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Robe de cérémonie dite robe byzantine portée par la comtesse Henry Greffulhe au mariage de sa fille Elaine avec le duc de Guiche le 14 novembre 1904, 1904. Tulle de coton écru brodé de perles, paillettes et cannetilles en verre et métal ; lamé or ; fourrure de lapin (moderne) ; doublure en taffetas de soie beige. Don du duc de Gramont. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris© photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Robe d’intérieur ou Tea-gown de la comtesse Henry Greffuhle, vers 1896-1897. Soie façonnée à fond en satin vert et motifs en velours coupé bleu, dentelle de coton mécanique, doublure en taffetas de soie changeant vert et bleu. Don de la famille Gramont. Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Tassinari & Chatel, Gouache du patron 6932, velours ciselé, tissé à plusieurs reprises de janvier 1896 à octobre 1897. Crayon graphique et gouache. Paris, fonds de la manufacture Tassinari & Chatel, maison Lelièvre © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais. Ce patron a connu des variantes vert et marine, maïs et blanc, gris et blanc, rose et blanc, turquoise et marine, lilas et blanc, violet, blanc pur, gris, cerise et prune. En tout, près de 600 mètres furent tissés. 

Pour être habillée par lui, encore eût-il fallu que sa clientèle soit admise par le maître, ne craigne surtout pas la dépense, se livrant à lui en toute confiance car il décidait pour elle.

Sauf l’inspiratrice de la duchesse de Guermantes, Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Henry Greffulhe, " s’occupant de la mode pour ne pas la suivre, l’ayant donnée ". Pour elle, sortiront des ateliers la Robe du soir, dite robe aux lys (ca 1886).  Peut-être que ce très fragile chef d’œuvre sur lequel le service de radiologie du C2RMF s’est penché - l’on apprend dans la lecture du catalogue que l’atelier de restauration du MET ne fut pas très à la hauteur lors de son prêt à New York est-il présenté pour l’ultime fois ?. La Tea-gown (robe d’intérieur) (1896-1897) en velours ciselé vert et marine au motif stylisé de la grenade, coupe princesse (sans couture à la taille), 26 mètres de tissu ayant été spécialement produits par la maison Tassinari & Chatel dans cette combinaison de couleurs. Le manteau d’apparat en Boukhara offert par le tsar Nicolas II, remanié en Cape du soir (1904). Et la Robe de cérémonie, dite robe byzantine (1904) dans laquelle la comtesse éclipsa sa fille Elaine le jour de son mariage à l'église de la Madeleine.

Le britannique traversa l’English Channel en 1846, débuta comme commis chez Gagelin, un marchand renommé, avant de fonder en 1858 la maison " Worth & Bobergh " avec le Suédois Otto Gustav Bobergh, au premier étage du 7 rue de la Paix jusqu’à la séparation à la chute de l’Empire. Maison en perpétuel agrandissement, jusqu’à huit niveaux, du sous-sol au septième étage, avant qu’elle ne s’installât au 120, rue du Faubourg Saint-Honoré en 1936.

Worth fut vendue à Paquin en 1954 et la maison Paquin-Worth ferma en 1956. Fin d’une maison de mode pendant quatre générations qui eut jusqu’à 1 200 personnes dans ses ateliers au début de la IIIe République..

Armoiries de Charles Frederik Worth, années 1870-1880. Assiette en porcelaine, Haviland © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Corsage de mariée, fin des années 1880. Ruban de taille en sergé de soie avec "la griffe" © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais. 

Après sa mort en 1895, elle ne pouvait plus être celle du grand, du flamboyant, du maître de la mode, s’octroyant des armoiries de fantaisie – un gantelet tenant une serre d’aigle - et la devise « obtenir et tenir » apposées sur ses objets personnels, inscrivant sa signature manuscrite sur sa griffe à la fin des années 1880, façon d’affirmer qu’il n’était plus nécessaire de préciser l’adresse, LE nom suffisant pour indiquer le faiseur des robes de bals costumés – toute une salle est consacrée à ces costumes de travestissement -. Son petit-fils, Jean-Charles aura, en 1929, l’idée vulgaire d’apposer son monogramme ou ses initiales sur quelques modèles.

Marcello (Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna, dite, 1836-1879), La Pythie, entre 1870 et 1879. Marbre. Musée Carnavalet, Histoire de Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, printemps 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais. Merci Annick Lemoine.

Marcello (Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna, dite, 1836-1879), dessins dans le cadre d'une correspondance avec la maison Worth relative à une commande, décembre 1875. Fribourg, Fondation Marcello © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Le maître des robes de ville, de visite, de jour, du soir, 24 heures dans la vie d’une femme présentées autour du buste de La Pythie (ca 1870-1879), ancienne collection du couturier, marbre de Marcello (Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna). Copie du bronze placé sous le grand escalier à double révolution de l’opéra Garnier, après la rotonde des abonnés, dans le bassin – plus en eau aujourd’hui - éponyme.

Cliente fidèle de la maison, elle souhaitera être inhumée dans une robe de son très onéreux couturier dont elle discutait les prix et auquel elle instillait son desideratum. L’anglais l’écoutait; deux dessins de celle-ci figurant la tournure d’une robe accompagnent une correspondance au sujet d’une commande en décembre 1875.

 

Les vingt-quatre heures d'une femme © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

La section des vingt-quatre heures d’une femme s'agrémente des peintures d’Une soirée (1878) et de L’Escalier de l’opéra (1877) de Jean Béraud (1878), du Buffet de Jean-Louis Forain (1884) et d’Armenonville, le soir du Grand Prix d’Henri Gervex (1905).

Le portrait d’Alexandre Cabanel de Louise van Loon-Borski (1887) (Amsterdam, Museum Van Loo) est mis en relation avec sa Robe du soir (ca 1886) portée sur le tableau (premier plan à gauche) © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

D’autres toiles s'insèrent dans le parcours chronologique dont le Portrait de Worth par Émile Friant (1893) et de son épouse Marie Vernet par Jules de Vignon (1845), interlocutrice primordiale des clientes comme de son époux, jouant un rôle fondamental dans l’établissement et le développement de la maison. Le portrait d’Alexandre Cabanel de Louise van Loon-Borski (1887) est mis en relation avec sa Robe du soir portée sur le tableau ; le velours de soie bleu cyan éclatant a viré avec le temps en un vert plus foncé dans l’instabilité des teintures.

Worth, Robe de mariée, 1878. Satin de soie ivoire damassé, tulle de soie ivoire. Museum of the City of New York © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Robe de cour de Lady Curzon, vers 1900. Corsage, jupe et traîne crêpe de Chine, broderie zardozi en fils métalliques argentés et dorés. Fashion Museum Bath, Royaume-Uni © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

La robe de mariée, la robe de présentation, le manteau de cour et la robe de cérémonie figurent parmi les spécialités de la maison. La maison crée les garde-robes des tsarines, pour les couronnements d’Alexandre III, en 1883, et de Nicolas II, en 1896. Les liens avec les cours d’Espagne et du Portugal sont étroits. L’aristocratie britannique affectionne les créations de la maison Worth qui ouvre un bureau londonien en 1897 puis fort opportunément une succursale avec ses propres ateliers en 1902, au moment des préparatifs du couronnement d’Édouard VII et de la reine Alexandra.

Comme Callot sœurs, Paquin, Gabrielle Chanel, la maison présente ses collections à Biarritz, pendant la Grande guerre, jouant de la proximité de l’Espagne, pays neutre dans le conflit, nombre de familles de l’aristocratie et de la bourgeoisie possédant une résidence dans cette région. Ouvert en 1921, l'établissement biarrot ferme en 1935, la préférence étant donnée à Cannes ouvert en 1926

Worth, Travesti parapluie, 1925. Toile de coton vert, gros-grain noir, taffetas de soie crêpé rose, satin de coton écru. Don de Mme Bertaux-Rheims. Palais Galliera, musée de la Mode de Paris © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Robe de mariée, 1921. Satin de soie écru, mousseline de soie écrue. Don de Mme Charles de Bartillat © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Worth, Ensemble du soir Altesse, automne-hiver 1954-1955. Velours de coton et fibres artificielles noir, satin de fibres artificielles rose. Don de M. Pruvost. Palais Galliera, musée de la Mode © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

Ses fils Jean-Philippe (1856 - 1926) créateur et Gaston (1853 - 1924) gestionnaire,  poursuivent son œuvre en 1895 ; apprentissage de Paul Poiret de l’hiver 1901 à 1903. C’est de la branche de Gaston que naîtront la 3ème génération, celle de Jean-Charles le couturier (1881 - 1962) et de l’administrateur Jacques (1882 - 1941), époux en premières noces de Suzanne Cartier. Puis la 4ème avec le couturier Roger (1908 - 1984) et son frère Maurice (1913 - 1985), administrateur.

Worth, Ensemble Dans la Nuit, 1924. Flacons de parfum, lotions et boite. Verre patiné bleu ou blanc. Flaconnage René Lalique et son atelier. Collection Benjamin Gastaud, Paris © photo Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, été 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais.

De la maison ne resteront plus que les parfums. Dans la nuit (1924) dans sa sphère bleue constellée d’étoiles, le bleu couleur emblématique de la maison. Vers le jour (1925) dans son flacon jaune et ambré jusqu’à Imprudence (1938), tous dans des flacons dessinés par René Lalique. Auquel succédera son fils Marc. L’ultime fragrance sera Worth pour homme en 1981. En 1986, la famille cède les Parfums Worth.  

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, printemps 2025. Exposition Worth. Inventer la haute couture, musée du Petit Palais. Merci Miren Arzalluz.

Worth Inventer la haute couture

7 mai au 7 septembre 2025

Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

https://www.petitpalais.paris.fr/

Catalogue. 228 pages, 270 illustrations. Les vêtements ne sont pas tous reproduits. Belle mise en page, subtilité du « bleu Worth » pour la première de couverture mais quel dommage de n’avoir pas songé à une tranche du même bleu. Éditions Paris Musées. Prix 45 € (en service de presse). Y lire absolument la nouvelle de Ludovic Halévy Histoire d’une robe de bal [entre Empire, Commune et début de la IIIème République], encore l’histoire d’une diablesse fashion qui s’habillait en Worth et qui n'avait pas payé "son fournisseur" depuis dix-huit mois.

Commissariat général : Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais & Miren Arzalluz, directrice du Musée Guggenheim, Bilbao, directrice honoraire du Palais Galliera

Commissariat scientifique : Sophie Grossiord, conservatrice générale, département mode, 1ère moitié du XXe siècle au Palais Galliera, Marine Kisiel, conservatrice du patrimoine, département mode, XIXe siècle au Palais Galliera & Raphaële Martin-Pigalle, conservatrice en chef du patrimoine, département des peintures modernes (1890-1914) au Petit Palais. Assistées d’Alice Freudiger et de Jacqueline Dumaine.

Scénographie Eva Helft & Gaspar Pinta.

 

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