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LE CURIEUX DES ARTS

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Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Le cénacle barcelonais de Francis Picabia

Publié par Gilles Kraemer sur 1 Juillet 2026, 09:36am

Catégories : #Expositions France

Geneviève Nevejan

     Picabia, Méditerranée. Picasso, Delaunay, Laurencin… Le musée d’Art moderne de Céret se propose d’explorer le rôle de la Catalogne sur Picasso, Man Ray ou Marcel Duchamp, entre autres personnalités que Picabia côtoie pendant les années à la fois troubles mais aussi, paradoxalement créatives de la Première Guerre mondiale.

Otho Lloyd (1885-1979), (de gauche à droite) Francis Picabia, Juliette Roche, Otto von Wätjen, Marie Laurencin, Gabrielle Buffet, Olga Sacharoff, (assis) Albert Gleizes, Dagoussia-Mouat, Béla Szilárd et Andrée Compère, Tossa de Mar, 1916. Crédit photographique : Galerie 1900-2000, Paris.

Le prolifique Francis Picabia (1879-1953) a tout expérimenté, l’écriture, la peinture, la performance, et ce, jusqu’à la création d’une revue. Il a en outre traversé plusieurs mouvements pas toujours compatibles comme l’impressionnisme, le fauvisme et le cubisme. Sous l’égide du dadaïsme, il deviendra le grand négationniste de l’histoire de l’art désavouant l’art, y compris le sien avec humour, désinvolture et un goût marqué pour la provocation. Barcelone alors en paix dans le contexte de la guerre mondiale constitue une parenthèse presque enchantée pour lui et quelques artistes exilés mais avides de créer quoi qu’il advienne.

De l’impressionnisme au nihilisme dadaïste

Au lendemain de son voyage new-yorkais de 1913, Picabia est déjà en rupture de ban avec le paysagiste sincère et consciencieux qui « cherchait, prétendait-il en 1907, à reproduire l’émotion que lui fait éprouver la nature sans le moindre souci de facture. Mon école c’est le ciel, la campagne désolée ou pittoresque, les chemins, les vallons, la vie en plein air. Le soleil, voilà le maître ! » L’artiste va pourtant rapidement refuser de se cantonner à cette peinture impressionniste, en dépit du succès commercial qu’il lui devait. 

 Francis Picabia (1879-1953), Embarras, 1914. Aquarelle et crayon sur papier collé sur carton. 53,8 x 64,7 cm.. Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid. Crédit photographique : Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid.

Dès 1907, il confie à son épouse Gabrielle Buffet vouloir se dédier à un art « de pure imagination », ce que conforte son voyage new-yorkais. Témoin dans l’exposition Embarras (1914), peinture radicalement abstraite qui dialogue avec les œuvres de Marcel Duchamp, Man Ray, Albert Gleizes, artistes qui, comme lui se sont temporairement exilés. La presse américaine célèbre celui qui deviendra un dissident impénitent, objet d’une véritable consécration dans le New-York Times qui perçoit en lui « le leader du cubisme, le rebelle venu défendre le nouveau mouvement ».

À New-York, le noyau dur de l’avant-garde se cristallise au sein de la galerie 291 fondée par Alfred Stieglitz, véritable catalyseur de la modernité. Picabia lui rendra d’ailleurs hommage en créant la revue 391 publiée d’abord à New-York puis à Barcelone et dans laquelle paraissent les portraits mécanomorphes de l’artiste.

Barcelone, même cénacle, autre monde 

La Catalogne est l’autre terre d’exil d’Albert Gleizes, Marie Laurencin, Robert et Sonia Delaunay mais aussi des plus confidentiels Serge Charchoune, Hélène Grünhoff, Olga Sacharoff et Otho Lloyd, que le musée exhume de l’oubli. Le ralliement de Picabia à l’abstraction ne fut ni entier ni définitif. Né d’un père cubain lui-même de souche espagnole, l’artiste embrasse l’hispanisme alors en vogue.

Francis Picabia (1879-1953), Espagnole, 1922. Gouache et graphite sur papier. 64,5 x 49 cm. Collection Fundación Mapfre, Madrid. Crédit photographique : Fernando Maquieira.

Le peintre se lance dans une intense production de portraits d’Espagnoles dans un métier on ne peut plus traditionnel et d’une conception banalement figurative. S’illustrent dans cette veine, indistinctement Picasso, d’origine espagnole, de même que la Russe Natalia Gontcharova avec Espagnole à l’éventail. Plus que jamais, Picabia démontre son aisance virtuose et déconcertante à évoluer d’un style à l’autre, au risque de paraître insincère auprès de ses camarades dadaïstes que scandalisent ses gages et emprunts à La Belle Zélie d’Ingres.

L’hispanisme est endémique et emporte dans une dynamique fiévreuse les Danseuses espagnoles (vers 1920) de Marie Laurencin. Albert Gleizes, son épouse Juliette Roche ou Sonia Delaunay succombent aux charmes d’une Espagne conservatrice de ses traditions. Leurs œuvres composent un hymne détonnant de légèreté en ces temps belliqueux. Aucun cependant n’oublie ses racines, ses convictions esthétiques et sa volonté de rompre avec le passé. Sonia Delaunay évoque le flamenco au travers du prisme de l’orphisme et Gontcharova donne aux femmes ibériques des attitudes de Vierge à l’Enfant conformes au canon des icônes russes.

Labellisée « d’intérêt national », cette exposition bénéficie de prêts du musée de l’Orangerie, du Centre Pompidou, du Palais princier de Monaco, du Centro de Arte – Museo Reina Sofía, du Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, ou encore des musées Picasso de Paris et de Barcelone.

Picabia, Méditerranée. Picasso, Delaunay, Laurencin…

27 juin - 29 novembre 2026

Musée d’Art moderne – 66 400 Céret

Francis Picabia (1879-1953), La Sainte Vierge II, 1920. 43,6 x 53,6 cm.. Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris. Crédit photographique : Suzanne Nagy.

Prolongeant la visite et la découverte des multiples aspects du travail de Picabia, le musée diffuse le film Entr’acte. Son scénario, écrit par l’artiste, est accompagné d’une musique d'Erik Satie. Il constitue l’entracte d’une représentation des ballets suédois proposé au Théâtre des Champs-Élysées à partir du 4 décembre 1924. Film singulier où apparaissent de nombreux artistes comme Duchamp et Man Ray, œuvre cinématographique phare du mouvement dada.

Le musée d’Art moderne de Céret dévoile jusqu’au 27 septembre 2026, au sein du cabinet graphique, une proposition dédiée à la danse. Des œuvres tels que Danses à l’Ermitage de Consolation, à Collioure d’Albert Marquet (1908) ou La Sardane de la Paix de Pablo Picasso (1953) rapprochent les gestes des artistes et des danseurs. Entre sardane, twist ou majorettes, cet accrochage propose un regard sur plus de 40 œuvres de Juan Gris, de Manolo, de Marc Lafargue, d’André Eulry ou de René Guisset parmi une sélection d’artistes des collections.

La danse. Du 4 avril au 27 septembre 2026

Man Ray (1890-1976) Dancer ou Danger (L’impossible), 1920/1969, Exemplaire n°25/30, édition Georges Visat, sérigraphie sur plexiglas, 66,5 x 43 cm, collection particulière. Crédit photographique : Marc Domage. Courtesy Association Internationale Man Ray, Paris

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