Gilles Kraemer
envoyé spécial
Il est des approches dessinées de la littérature qui durent des années avant de se concrétiser. Illustrer un auteur est-il un défi !
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Georges-Antoine Rochegrosse, gouache et aquarelle sur papier, ca 1907, illustration du frontispice de La Tentation de saint Antoine. Cette composition sera gravée en couleur par E. Decisy, éditions André Ferroud, 1907. Musée Flaubert et d’Histoire de la médecine © Musées de la Métropole Rouen Normandie – Photo Yohann Deslandes.
« Jamais moi vivant, on ne m’illustrera, parce que : la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin. » Flaubert à Ernest Duplan, 12 juin 1862. Puis, le 12 juin, au même : « Une femme dessinée ressemble à une femme, voilà tout. L’idée est dès lors fermée, complète. Toutes les phrases sont inutiles, tandis qu’une femme écrite fait rêver à mille. ». Sollicité par son éditeur Michel Lévy, Gustave Flaubert (1821-1880) écartera toute idée de l’illustration de Salammbô qui sera publiée, sans image, le 24 novembre 1862.
Cinq années après le décès de l’auteur, Albert Fourié - dont l’on connaît sa peinture La Mort de Madame Bovary, 1883, conservée au musée des Beaux-Arts de Rouen – transgressera le vœu de l’écrivain, illustrant de douze images Madame Bovary.
Le musée Flaubert et d’Histoire de la médecine de Rouen consacre une exposition-dossier au peintre et dessinateur Georges-Antoine Rochegrosse (1859-1938), illustrateur majeur de l’œuvre de Flaubert : Dessiner Flaubert : Rochegrosse.
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Rochegrosse, Cabinet de travail de Flauber à Croisset, 1874. Aquarelle et crayon. Croisset, Pavillon Flaubert © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2026. En 1844, la famille Flaubert s’installe à Croisset dans la propriété acquise par le père de l’écrivain. C’est ici, qu'il écrira son œuvre. C’est là qu’il décèdera le 8 mai 1880. De la propriété détruite en 1881, seul subsiste le pavillon du bord de l’eau et son jardin. Racheté par souscription, il devient musée en 1906, appartenant à la Routes des maisons d’écrivains.
Formé dans la tradition académique, Rochegrosse conjugue monumentalité, orientalisme et illustration. Beau-fils du poète Théodore de Banville (1823-1896), il grandit dans un cercle littéraire fréquenté par Victor Hugo, Verlaine, Mallarmé… et Flaubert lui-même. En 1874, à quinze ans, grâce à son beau-père, il rencontre Flaubert, dans son cabinet de travail à Croisset, ; une aquarelle en est le souvenir.
Vingt illustrations de Rochegrosse, gravées à l’eau-forte par Decisy, enrichiront l'édition parue chez Ferroud en 1904 des 20 sonnets de Les Princesses de Banville.
https://ilab.org/assets/catalogues/catalogs_files_3246_banville_rochegrosse_med_v_1_1.pdf De Banville à Rochegrosse...de père en fils.
L’exposition met en lumière le dialogue artistique que Rochegrosse entretient avec Flaubert à travers ses interprétations puissantes de son œuvre. Transgressant l’interdit de Flaubert, il aura illustré trois de ses romans : Hérodias, extrait des Trois contes en 1892, Salammbô en 1900 et La Tentation de saint Antoine en 1907.
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Georges-Antoine Rochegrosse, La Tentation de saint Antoine © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2026.
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Georges-Antoine Rochegrosse, La Chimère et le Sphinx (p. 200-201), gouache et aquarelle sur papier, ca 1907, illustration de La Tentation de saint Antoine. Cette composition sera gravée en couleur par E. Decisy, éditions André Ferroud, 1907, Musée Flaubert et d’Histoire de la médecine © Musées de la Métropole Rouen Normandie – Photo Yohann Deslandes.
Point d’orgue du parcours, une édition rare, sur papier vélin d’Arches, de La Tentation de saint Antoine, acquise, en ventes aux enchères, par la Métropole Rouen Normandie. (1) Cette édition de luxe est illustrée de 32 compositions de Rochegrosse gravées à l'eau-forte en couleurs par Eugène Decisy, dont 26 dans le texte et 6 hors texte. À cela s'ajoutent une vignette de titre et huit encadrements différents destinés à chaque partie, reproduits en gris. Cet exemplaire unique, contient tous les dessins originaux de Georges Rochegrosse, superbes dessins à l’aquarelle, rehaussés à la gouache et signés sur papier vélin fort des 32 eaux-fortes, le dessin en couleurs avec variantes de la vignette de titre et le dessin à l’encre de Chine des 8 encadrements sur papier cartonné, soit au total 41 dessins originaux. A cela s’ajoute une double suite des eaux-fortes (premier état en noir et état terminé en couleurs avec remarques), le bon à tirer de la suite en couleurs avec remarques des 32 eaux-fortes, sur papier vélin, chaque épreuve étant justifiée et signée par l’artiste, certaines comprenant des indications autographes et le prospectus de parution.
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En haut, à gauche, Rochegrosse, Salammbô et le serpent, 1921. Huile sur toile / À droite, Yvonne Clarinval (1874-1979), Salammbô, 1910. Aquarelle / En bas, Adrien Adolphe Bonnefoy (1855(1912), Salammbô invoquant Tanit, la déesse lune, 1881. Huile sur toile © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2026.
Présentée dans la nouvelle salle d’exposition temporaire du musée, cette sélection d’œuvres (dessins, gouaches, tableaux et ouvrages illustrés) manifeste le lien très fort tissé entre Rochegrosse et l’œuvre littéraire flaubertienne. De ouvrages illustrés par d’autres artistes démontrent la puissance et l’influence que Flaubert eut sur eux.
Transgressant l’interdit de Flaubert, Rochegrosse aura illustré trois de ses romans : Hérodias, extrait des Trois contes en 1892, Salammbô en 1900 et La Tentation de saint Antoine en 1907.
L’exposition constitue pour le musée Flaubert et d’Histoire de la médecine une occasion privilégiée de présenter une sélection d’ouvrages illustrés, en regard des propositions de Rochegrosse, qui montrent combien « dessiner Flaubert » est une entreprise souvent couronnée de succès
(1) Gustave Flaubert – Georges Rochegrosse, La Tentation de Saint Antoine, Paris, Librairie des Amateurs, A. Ferroud, F. Ferroud Successeur 1907, in-4 relié par G. G. Levitzky, ancienne collection Brigitte et Roland Broca, Ader Nordman, 19 juin 2024 (14 533 €).
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Jean-Baptiste Chantoiseau © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2026.
Dessiner Flaubert : Rochegrosse
5 décembre 2025-18 mai 2026
Musée Flaubert et d’Histoire de la médecine – Rouen
Commissariat : Jean-Baptiste Chantoiseau, conservateur-directeur des musées littéraires, Métropole Rouen Normandie, Sophie Demoy, responsable des collections du musée Flaubert et d’Histoire de la médecine, Emma Mallein, référente du service du Développement des publics.
Catalogue Saison Dessins, commun avec les expositions du musée des Beaux-Arts et du musée industriel de la Corderie Vallois.. SilvanaEditoriale. Prix 12 € (en service de presse)
Les Musées de la Métropole Rouen Normandie mettent le dessin à l'honneur dans une Saison Dessins, du 5 décembre 2025 au 18 mai 2026, avec 5 expositions présentées dans 2 autres de ses musées.https://rouen.fr/musees
Au musée des Beaux-Arts de Rouen : Les 50 ans de la donation Henri et Suzanne Baderou, en hommage à ce fonds unique de 6 000 dessins, du XVe au XXe siècle, légué au musée; et en partenariat avec l’École du Louvre & Jamais trop Rococo une exploration du style rocaille au XVIIIe siècle à travers près de 200 dessins et objets d'art & Des cendres ont fleuri en joie et en beauté, invitation à l'artiste Olivier Kosta-Théfaine, qui propose une relecture du dessin à travers des créations réalisées à la flamme, à la boue ou au métal, en lien avec le paysage. Au musée industriel de la Corderie Vallois : Du dessin au tissu, une exploration des différentes pratiques du dessin dans l’industrie textile, et la présentation d'une toute nouvelle installation de la plasticienne Juliette Green.
Maison natale de l’écrivain qui y vécut 25 ans, logement de fonction de son père, chirurgien-chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen, le musée rouannais Flaubert est sur la Route des maisons d’écrivains.
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Philippe Drouillet, Salammbô, collection de la Cité internationale de la tapisserie, Aubusson. Carton de Mathilde Claude, feutres à l'eau sur intissé © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Cité internationale de la tapisserie, Aubusson janvier 2026.
Flaubert se tisse à Aubusson, plus exactement dans l'atelier de Françoise Vernaudon à Nouzerines, village à côté de Boussac, dans le nord du département de la Creuse. https://www.tapisserie-aubusson-vernaudon.fr/latelier.html
Commande publique soutenue par le ministère de la Culture et la baronne Benjamin Rotschild. Cette œuvre, de grand format, 380 x 300 cm., est tissée en basse lice par les lissières Françoise Vernaudan, Ines Herlin, Anne Bossau et Emélie Gilson, les laines venant de Nadia Petkovic, teinturière-coloriste. https://teinture-aubusson.com/fr La tombée de métier de cette tapisserie et son dévoilement est fixée au 26 juin 2026, sa présentation au public le lendemain .