Gilles Kraemer
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Au premier plan Alberto Giacometti (Stampa, Suisse 1901-1966), Portrait de Pierre Josse, 1950. Huile sur toile. Collection Pinault // au second plan Maria Martins (Brésil 1894-1973), Brouillard noir, 1949. Bronze. Collection Pinault // au troisième plan, Germaine Richier, L’Eau, 1953-1954. Bronze © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Enfin ! Il aura fallu cette 18ème exposition à la Bourse de commerce pour découvrir, un peu, parcimonieusement ce que François Pinault (né en 1936) collectionne vraiment. Très peu ont eu un aperçu de la flamboyance de sa collection secrète.
Le campogérosien a prêté quelques clefs à Emma Lavigne, conservatrice générale de la Collection Pinault, qui en dévoile parcimonieusement la pertinence dans cette exposition Clair-obscur au titre suggérant plusieurs lectures. Du dossier de presse " A travers une sélection d'une centaine d'œuvres de la Collection Pinault, et pour la première fois certaines modernes ", ne retenons que " pour la première fois " car c'est bien là que réside la puissance de cette exposition avec cette révélation de la collection muséale de François Pinault.
José Alvarez, en octobre 2028, alors éditeur d'art et fondateur des Éditions du Regard, écrivain, dans François Pinault, artiste contemporain avait-il révélé le Janus ou le Mercure du breton ? Les deux, indiscutablement, peut-être ou pas du tout pour cet homme entrepreneur de l'art contemporain. Ombres et lumières. Comme dans l'arène qu'est finalement le monde de l'art actuel. Condottiere ou corsaire ?
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Punta della Dogana. Depuis lundi 4 mai 2026, premier jour de la semaine presse de la Biennale de l'Art, à côté du drapeau de Venise, flotte le drapeau de la Bretagne © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, 4 mai 2026
Cela devait plaire à François Pinault ce titre de condottiere que José Alvarez avait octroyé à ce breton corsaire qui fait monter les couleurs de sa province à la façade du Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana lorsqu'il est vénitien.
En tout cas, indubitablement funambule glissant sur le fil métallique de l'art, positionnant son balancier d'influenceur auto-proclamé ou proclamé de l'art de notre temps. Qui est François Pinault, avant tout un homme d'affaires et qui le reste lorsqu'il se passionne pour l'art de son temps, achète et revend des œuvres de sa collection. Qui est cet homme, se complaisant à tisser ou à laisser tisser le halo du mystère, se glissant dans les habits d’un sphinx ?
https://www.lecurieuxdesarts.fr/2018/11/condottiere-ou-corsaire-qui-est-francois-pinault.html
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Yves Tanguy (1900-1955), Sans titre, 1947. Gouache. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
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Les Yves Tanguy de la collection Pinault en dialogue avec Pierre Huyghe (1962, Paris) et Œil de l’esprit (L), 2021, reconstruction matérialisée d’une deep image, agrégat de matières synthétiques et biologiques, 100 × 175 × 82 cm. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Qui est-il, celui qui commença sa collection avec Paul Sérusier et l'école de Pont-Aven avant l'étape fondamentale, celle de « l'acquisition aux enchères d'un Piet Mondrian en 1990 pour 8 millions de $, conseillé par Marc Blondeau ». Ce Piet n’est pas montré à la Bourse mais d’autres merveilles. En premier, les honneurs d’une seule salle pour Yves Tanguy (1900-1945) ce breton d’origine qui ne pouvait que plaire au costarmoricien dans la section Germinations, une mini rétrospective de sept œuvres toutes désirables et de qualité muséale. La dernière exposition Tanguy à Paris, c'était en été 1982 au Centre Georges Pompidou. Elles sont un éblouissement qu'il faut avoir vu. Rien que pour elles, il faut se précipiter à la Bourse du commerce.
Autres choix de l'occhio.
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Jean Dubuffet (Le Havre 1901-1984 Paris), Monsieur Macadam, 1945. Pâte, oxyde de plomb, goudron er gravier. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
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Jean Dubuffet (Le Havre 1901-1984 Paris), Le Maestro, 1954. Eponge sur base de pierre. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
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à gauche, Germaine Richier (1902-1959), Don Quichotte, 1950-1951. Bronze. Collection Pinault // Maria Martins (Brésil 1894-1973), Brouillard noir, 1949. Bronze. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Un brouillard noir d’où surgirait cet être indéfinissable, à la fois poisson, oiseau, humain et plante.
Jean Dubuffet (1901-1985) un temps négociant en vins, Alberto Giacometti (1901-1966), Germaine Richier (1902-1959), Maria Martins (1894-1973), dans la section Ombres.
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Bill Viola (1951-2024), Fire Woman, 2005, installation vidéo / sonore : projection vidéo haute définition couleur ; quatre canaux audio avec caisson de basses (4.1), 580 × 326 cm (écran), 11 min. 12 sec. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Cette vaste installation vidéo fait partie de « The Tristan Project », une série inspirée de l’opéra de Richard Wagner, Tristan und Isolde, dans une mise en scène devenue iconique que Peter Sellars en avril 2005 imagina pour l’Opéra Bastille, conspuée à l’origine, et une vidéo de Bill Viola. Dans la fosse, cette année, la direction enflammée d’Esa-Pekka Salonen et dans le rôle titre, le duo incandescent de Ben Heppner et Waltraud Meier.
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Salle des Louis Soutter (Morges, Suisse 1871-1941 Baillaigues, Suisse). Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
«Dans un art pariétal archaïque». Enfermé dans un hospice de vieillard, l’arthrose articulaire contraint l’oublié Louis Soutter (1871-1941) à peindre avec les doigts, lui qui fut premier violon de l’orchestre philharmonique de Genève de 1907 à 1905. Dans la section Incandescence, il dialogue avec une vidéo de Bill Viola.
Tout est dans l’obscur et non dans le clair avec cette 18ème exposition de la Bourse, dans son titre à décrypter : Clair-obscur. Je pencherai vers la poétique de l’appelation Avant-jour, ce temps précédant le matin. Et si cette exposition n’était que le reflet du collectionneur Pinault, acceptant de se dévoiler un peu ?
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Sigmar Polke (1941 - 2010). Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
« Dans un chapelle hallucinée » selon le dossier de presse.
D’un côté le clair, le visible de l’iceberg. Sept toiles de Sigmar Polke (1941-2010) présentées dans la grandiloquence d’une salle-chapelle, dans une sacralisation des surfaces de sensibilité exacerbée devant lesquelles l’on devrait s’incliner comme durent le faire les visiteurs de la 52ème Biennale de l’art de Venise, 2007, lorsque ces Axial Age (2005-2007) furent présentés. Eteintes ici, malgré un éclairage réglé au couteau, elles avaient une autre dimension, une autre force, une autre puissance, en avril 2016, au Palazzo Grassi, dans l’atrium du palazzo, dans la lumière naturelle vénitienne. A Paris, elles ne sont qu’à demi présentées, un seul côté, alors que cette œuvre totale, indissociable, joue du dedans et du dehors, Polke montrant le devant et l'envers du support pictural ce qui était visible à Grassi de printemps à automne 2016.
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Sigmar Polke (1941 - 2010). Deucalion's Flood, 2007. Résine artificielle, pigment sec sur tissu, trois panneaux 480 x 900 cm. ensemble. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juin 2016. Exposition Sigmar Polke, palazzo Grassi, Venezia
Peindre la transparence, le rêve de tout peintre. L’alchimiste Polke l'a fait. L’accrochage parisien l’a ignoré. Mais qui le perçoit sinon celui qui se souvient de sa rétrospective à Venise ?
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James Lee Byars (Détroit 1932-1997), Byars Is Elephant, 1997, corde, tissu doré, dimensions variables. Pinault Collection aristide.pluvinage@finnpartners.com
Au premier plan, « un clou doré présenté dans une vitrine d’acajou devient une œuvre d’art. ». « Une référence au supplice du Christ, mais aussi une réflexion sur notre propension à fétichiser les objets. ».
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Victor Man, Titireteros, 2023. Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Les autres noms : Frank Bowling / James Lee Byars / Bruce Conner / Trisha Donnelly / Robert Gober / Pierre Huyghe / Saodat Ismailova / Laura Lamiel / Victor Man (1974, Roumanie) / Jean-Luc Moulène / Fujiko Nakaya / Bruce Nauman / Philippe Parreno / Carol Rama / Alina Szapocznikow / Wolfgang Tillmans / Rosemarie Trockel / Danh Võ / Mary Wigman
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Présentation presse devant un toile de Polke © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris
Clair-obscur
04 mars – 24 août 2026
Collection Pinault – Bourse de Commerce – Paris
Attention, exposition en découpage : rotonde - Pierre Huyghe jusqu’au 22 mai // Galerie 2 - Sigmar Polke jusqu’au 9 août 2026 // Passage / salle des machines – Laura Amiel « Ça fait un bruit d’ailes, de feuilles, de sable » jusqu’au 21 septembre 2026
Commissariat général, Emma Lavigne, directrice générale et conservatrice générale de la Collection Pinault
Commissariat de Jean-Marie Gallais, conservateur, Collection Pinault pour Victor Man [galerie 3] // Commissariat d’Alexandra Bordes, responsable de projets curatoriaux, Collection Pinault pour Laura Lamiel [passage, salle des machines]
José Alvarez, François Pinault, artiste contemporain. 234 pages. Octobre 2018. Éditions Albin Michel. 23 €.
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Yves Tanguy (1900-1955). Collection Pinault © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 10 mars 2026, exposition Clair-obscur, Bourse du commerce, Paris.
Au printemps, deux nouvelles installations investissent la rotonde de la Bourse de Commerce. Renaud Auguste-Dormeuil, lors de la nuit européenne des musées, samedi 23 mai avec I Will Keep a Light Burning autour de milliers de bougies. Puis Cloud #07156, surprenante sculpture de brouillard de Fujiko Nakaya du 4 juin au 14 septembre.
https://www.pinaultcollection.com/fr/boursedecommerce