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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Picasso, Morandi, Parmiggiani, la Vie tranquille des natures mortes – Biennale Arte 2026 - Venezia - Venise - Venice (V)

Publié par Gilles Kraemer sur 15 Juin 2026, 07:13am

Catégories : #Biennales, #Entretien à 210 km-h, #Expositions à l'étranger, #Italie, #Musées, #Venise

Gilles Kraemer

Déplacement et séjour personnel à Venise

Première et seconde salle de “Picasso, Morandi, Parmiggiani. Still Lifes”, Istituzione Fondazione Bevilacqua La Masa, Venice, May - July 2026 (Raw Footage) Video: Alessandro Betti. La salle de la grammaire des objets puis celle du Cubisme.

Venise, Biennale de l'art 2026, désastreuse et polémique où aucun artiste italien n'est présenté à l'exposition centrale des Giardini et de l'Arsenal.

En ville, place  Saint Marc, à côté de chez Nardi, une exposition muséale, un parcours et une réflexion autour de la nature morte par trois maîtres : Picasso, Morandi, Parmiggiani, un voyage autour de l’objet et de sa représentation dans cette confrontation historique souligne Cécile Debray, présidente du musée national Picasso-Paris, commissaire de cette exposition. Quarante-six œuvres, en majorité du musée parisien Picasso, nombreuses collections privées, des fondations italiennes et le Centre Georges Pompidou. Confrontation précise-t-elle devant Michele Casamonti, fondateur de Tornabuoni Art Paris, rendue possible grâce à cette galerie organisatrice de l'exposition et à l’aide de la Fondation des musées de la ville de Venise. Trois approches picturales magistrales de l’objet.

Cécile Debray devant Pablo Picasso, Nature morte au pichet et pommes, olio su tela. Musée national Picasso, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Dialogue entre ses trois artistes dans ces multiplications des représentations, dans ces répétitions des variations, dans ces imaginations des disparitions. Si l’on connait bien les regards portés par Claudio Parmiggianini (1943) sur Giorgio Morandi (1890-1964), le défi était Pablo Picasso (1881-1973) dans cette observation et cette reconstruction de la réalité, à partir de la mise en scène de l’objet dans ce laboratoire-atelier de l’artiste.

Le questionnement est celui de l’objet, de la nature morte, de cette "still life, de cette "natura morta" entre l’objet inanimé et l’artiste dans ce lieu expérimental où il travaille. Une approche visuelle ou spirituelle – à la façon d’un "Memento Mori"-, dans des regards en mémoire vers Francisco de Zurbarán, Jean Siméon Chardin (1699-1779) ou Paul Cézanne. Dans cette confrontation-dialogue, Cécile Debray propose un parcours poétique et non une analyse, une promenade parmi des citations qu’elle a inscrites sur les murs. Celles de Picasso, 1964 "Tutte le immagini che abbiamo della natura le dobbiamo ai pittori", de Michel Leiris, 1930, "Ogni nuovo oggetto, ogni nuova combinazione di forme che egli ci presenta è un nuovo organo che aggiungiamo a noi stessi".…

Première section, celle de la Grammatica di oggetti / de la Grammaire des objets. Une Senza titolo récente de Parmiggiani, 2026, dans sa technique « delocazione », c’est-à-dire empreintes-ombres de fumée et de suie sur une toile, cinq objets du quotidien, du banal, des bouteilles. Deux natures mortes de Morandi, 1920 et 1921, avant qu’il ne fonde son vocabulaire que l’on connaît. Une confrontation avec un Picasso de 1919 revenant à une disposition très cézanienne avec trois objets placés sur une commode recouverte d’un tissu après le cubisme d’une Nature morte au vase et à l’étoffe verte, 1908.

Pablo Picasso, Verre, 1914, ferro biancco ritagliato e dipinto, chiodi e legno. Musée national Picasso- Paris  //  Sur le mur Claudio Parmiggiani, La lampada di Kafka, 1985, vetro, tempera e cartapesta su tavola. Collezione Maramotti, Reggio-Emilia © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Le cubisme, la rupture, salle d'une composition en hauteur rarissime de Morandi, Natura morte, 1914, confrontée à une sculpture en fer torsadé de Picasso, un Verre de la même année et à l’énigmatique Parmiggiani Senza titola (La lampada di Kafka), 1985, un minuscule verre émergeant d’un papier mâché, celui d’un journal.  

Les objets de l’atelier de Giorgio Morandi, Bologne © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Comprendre Morandi, c’est pénétrer dans son atelier de la via Fondazza à Bologne, ville où il naquit et mourut, la reconstitution de son studio, celui d’une vie monastique, le placement de ses objets présentés ici. Le côté palpable de la chose qui me plaît, ces petits riens qui sont tout et qui sont grandeur. Approche de la Vanité, ce thème tellement éternel, le temps, la fuite, la mort, l’interrogation, ces objets qui donnent à  réflexion. Toujours dans un renouvellement de ce genre sous les mots de 1919 de Blaise Cendrars : « il pittore taglia, fora, segna, pugnala, squarta, lacera / le peintre taille, perce, marque, poignarde, découpe, lacère ».

Pablo Picasso, Nature morte : buste, coupe et palette, 1932, olio su tela. Musée national Picasso-Paris  //  Claudio Parmiggiani, 1985, tele nere, barattolo di vetro, pigmento, gesto. Archivio Claudio Parmiggiani © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Pablo Picasso, Crâne de chèvre, bouteille et bougie, 1951-1953, bronzo dipinto, fusione a cera pera Valsuani  //  Crâne de chèvre, bouteille et bougie, 1952, olio su tela. Musée national Picasso-Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Lampe à huile et papillons insérés dans un bois chez Parmiggiani (1985) ou son questionnement du pigment pur – ici jaune- dans un flacon de pharmacie disposé devant une toile noire (1985).  La palette du peintre, le compotier de pommes [bonjour Monsieur Cézanne] et le profil de son amante du moment, Marie-Thérèse Walter chez Picasso (1932) ou sa sculpture – Crâne de chèvre, bougie allumée – tous les poncifs éternels de la vanité (1951-1953) dans un dialogue avec une toile, duplicat de ces mêmes objets, de 1952.

Cécile Debray devant Senza titolo, 2026, fumo e fuliggine su tavola. Archivio Claudio Parmiggiani © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Autour d’un genre anti-albertien, celui de la Perspective artificielle développée par Leon Battista Alberti, en 1435 dans De pictura. Selon Norman Bryson, 1990, « la natura morta è in un certo senso il genere anti-albertiano per eccellenza ». Des jeux de rencontres dans cette 5ème salle.

Claudio Parmiggiani, Senza titolo, 2013, fumo e fuliggine su tela, candelabro. Archivio Claudio Parmiggiani © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Pablo Picasso, détail de Guitare, 1926, corde, carta di giornale, straccio e chiodi su tela dipinta. Musée national Picasso-Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Un bougeoir noirci devant une toile blanche avec la trace de la flamme d’une bougie selon Parmiggiani (2013), une Natura morta de Morandi (1963) avec la projection de l’ombre de trois objets, une rarissime toile de Picasso (1926) que l’on ne peut toucher, sa Guitare étant parsemée de clous très perturbants.

Claudio Parmiggiani, Senza titolo, 2026, fumo e fuliggine su tavola. Archivio Claudio Parmiggiani / Pablo Picasso, Nature morte au pichet et pommes, olio su tela. Musée national Picasso, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Cécile Debray devant Giorgio Morandi, Natura morta, 1944, olio su tela. Centre Pompidou, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Salle dans laquelle Morandi règne en maître, avec sept toiles de 1944 à 1958, développement de son langage de la "Vie tranquille". Face à "l’ingresque" picassien d’une Nature morte au pichet et pommes (1918) accroché à côté d’une delocazione de Parmiggiani (2026) avec un pichet à eau presque identique à celui de Picasso.

Giorgio Morandi, Natura morta di vasi su un tavolo, 1931, incisione su rame. Collezione privata, Italia  // Claudio Parmiggiani, Senza titolo, 2026, fumo e fuliggine su tavola. Archivio Claudio Parmiggiani © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Ultime salle, la disparition de l’objet, une petite gravure sur cuivre de Morandi, le jeu du noir et du blanc de cette estampe (1931), les silhouettes de cinq flacons disparus et une immense delocazione de Parmiggiani spécialement créée pour cette exposition – 575 x 240 cm. en cinq panneaux – des flacons posés sur cinq hauteurs. La bibliothèque de sa démarche qui ne se renierait pas dans une exposition aux Stanze del Vetro sur l’île de San Giorgio.

In occasione della 61. Esposizione Internazionale d’Arte - La Biennale di Venezia, l’Istituzione Fondazione Bevilacqua La Masa accoglie, in collaborazione e con il supporto della Fondazione Musei Civici di Venezia, Picasso, Morandi, Parmiggiani. Still Lifes, mostra ideata e organizzata da Tornabuoni Art, con la partecipazione del Musée national Picasso-Paris, e curata da Cécile Debray, presidente del museo. Tre maestri della pittura moderna, tre approcci all’oggetto. A partire da una selezione estremamente ponderata, rigorosa ed essenziale di nature morte di Pablo Picasso, Giorgio Morandi e Claudio Parmiggiani (Luzzara, Reggio-Emilia, 1943), la mostra propone una riflessione attorno alla questione della rappresentazione, tra l’osservazione e la ricostruzione del reale a partire dalla messa in scena dell’oggetto nel laboratorio dell’atelier dell’artista.

Giorgio Morandi, Natura morta, 1957, olio su tela. Collezione privata © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026.

Picasso, Morandi, Parmiggiani. Still Lifes

7 mai - 25 juillet 2026 / 7 maggio – 25 luglio 2026

Galleria di Piazza San Marco, Istituzione Fondazione Bevilacqua La Masa (juste à côté de Nardi, Il Gioielliere di Venezia depuis 1925, connu pour sa Broche Moretto, le maure de Venise d'ébène, or et pierres précieuses..

Avec le support / Con il supporto Fondazione Musei Civici di Venezia - Organisation / Organizzazione Tornabuoni Art - Avec la participation / con la partecipazione Musée national Picasso - Paris

Commissariat / mostra a cura di Cécile Debray, présidente du musée national Picasso - Paris

Catalogue publié sous la direction de Cécile Debray, assistée de Elizabeth de Bertier (Tornabuoni Art), textes de Cécile Debray, Lorenzo Balbi, directeur du Museo d’Arte Moderna di Bologna (MAMbo), et Bruno Corà, président de la Fondazione Burri. Il reprend le parcours de l’exposition. 184 pages. Forma Edizioni (en service de presse). Dans le parcours de l'exposition et la section du catalogue Una grammatica di oggetti, ce n’est pas l’œuvre de Parmiggiani, page 71, qui y est présentée mais celle reproduite page 140.

Michele Casamonti, galeriste, directeur de Tornabuono Art © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, mai 2026. Galeries Tornabuoni Art à Florence (lieu de naissance de la galerie, Lungarno Benvenuto Cellini), Milan, Fonti di Marmi, Rome, Crans-Montana, Londres, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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