Gilles Kraemer
déplacement et séjour personnel à Biarritz
Le musée Bonnat-Helleu, rouvert en novembre 2025, après 14 années de fermeture pour rénovation et agrandissement, et la ville de Bayonne viennent d’annoncer le dépôt consenti, par M. et Mme Carlos Laborde Noguez de Yturbe, du portrait de Marie Leszczynska, reine de France et de Navarre, épouse de Louis XV.
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In situ dans l’une des salles du musée Bonnat-Helleu, Portrait de Marie Leszczynska, entourage de Jean-Marc Nattier, ca 1748-1759. Huile sur toile. Anciennement collection Pourtales. Collection Laborde-Noguez - Dépôt de M. et Mme Carlos Laborde-Noguez de Yturbe au musée Bonnat-Helleu, 2026 © remerciements musée Bonnat-Helleu.
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TOILE DE VERSAILLES Jean-Marc Nattier, Marie Leszczynska, reine de France, représentée en 1748 en habit de ville, coiffée d'une marmotte de dentelle et lisant les évangiles, 1748. Huile sur toile. H. : 146 cm. L. : 113 cm.. © Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot
Peint par Jean-Marc Nattier (1685 - Paris - 1766) en 1748, le portait original de Marie-Charlotte-Sophie-Félicité Leszczynska, fille du roi détrôné de Pologne, Stanislas Leszczynski, est conservé au musée national du château de Versailles. https://histoire-image.org/etudes/nattier-portrait-toute-intimite-marie-leszczynska
Polyglotte, protectrice des arts, Marie Leszczynska (1703-1768), la jeune reine vit de manière heureuse ses premières années versaillaises. Aimée de Louis, elle donne naissance à dix enfants, dont six mourront jeunes. L’impossibilité pour la reine de continuer à enfanter, ainsi que les tromperies de son époux, engendrent une lassitude au sein du couple.
En 1748, année de ce portrait, elle est âgée de quarante-cinq ans ; depuis quelques années déjà, la religion a pris une grande place dans son quotidien et elle aime s’entourer d’un cercle amical restreint mais loyal. Vêtue d’une robe rouge, rehaussée par des manchettes en dentelle, Marie Leszczynska est assise dans un fauteuil dont le tissu brodé de fleurs de lis rappelle discrètement le statut du modèle. Elle porte un bonnet de dentelle blanche retenu par une mantille de dentelle noire, symbole d’une félicité domestique étrangère à un portrait d’apparat. Seule la draperie bleue tendue derrière la reine confère une majesté certaine à l’arrière-plan, rythmé par des pilastres doriques ; d’autres objets discrets, tels les bijoux (boucles d’oreilles, collier en pierres précieuses orné d’une miniature représentant saint Jean Népomucène, le saint favori de la reine), apportent de l’élégance et de la grâce au modèle. Marie Leszczynska semble être tirée de sa lecture des évangiles par l’arrivée d’un de ses proches ; le sourire qu’elle esquisse à son approche détermine une certaine intimité et laisse apparaître le portrait d’une femme charmante.
Dernier tableau pour lequel Marie Leszczynska accepte de poser. Présentée au Salon de 1748, l’œuvre reçut des critiques enthousiastes tant pour la ressemblance du portrait que pour la « noble simplicité » qui émane de la figure. Cette toile livre un visage plus humain et plus intime correspondant à la personnalité de la reine et à son mode de vie que Nattier choisira de saisir.
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Gravure de Jacques Tardieu (1716-1791), 1755, d'après Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie Leszczynska © DR.
Le nombre important des copies issues de l’atelier de Nattier, du vivant de la reine, mais également de manière posthume, démontre sans ambiguïté le pouvoir de séduction de ce tableau ainsi que la popularité indéfectible de cette reine. Diffusé par la gravure dès 1755, le portrait perd sa fonction intime pour atteindre un statut iconique en tant que dernier portrait de cette reine.
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Entourage de Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie Leszczynska, ca 1748-1759 © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, février 2026.
Une autre image de la reine, saisie dans l’intimité de ses appartements, sans aucun attribut de sa position et de sa grandeur royale. Le succès de cette œuvre entraînera sa reproduction par nombre de copies par les peintres du Cabinet du roi. Offertes par la famille royale, ces « copies » étaient de véritables outils de diplomatie, d’indéniable propagande mais également d'amitié.
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Entourage de Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie Leszczynska, ca 1748-1759 © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, février 2026.
Par rapport à l’original et lui conférant son aspect inédit, la variante de la peinture de la collection Carlos Laborde-Noguez de Yturbe, en dépôt à Bayonne, réside dans l’ouvrage de philosophie se substituant à la Bible. Très beau détail, sur le côté droit de cette peinture, le pinceau du peintre a rendu très précisément un minuscule morceau de la peinture de la console ayant sauté, révélant la couche préparatoire blanche de ce meuble.
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Entourage de Jean-Marc Nattier, Portrait de Marie Leszczynska, ca 1748-1759 © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, février 2026.
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Déposé généreusement par M. et Mme Carlos Laborde-Noguez de Yturbe, cette huile fut probablement offerte, par la souveraine, au président Charles-Jean-François Hénault comme l’indique le cartel de son important cadre doré. Charles-Jean-François Hénault (1685-1770), président du Parlement de Paris, homme de lettres, fut membre de l’Académie française, élu au fauteuil 28, aujourd’hui celui de Jean-Christophe Rufin, dont le premier occupant fut Jean-Louis Guez de Balzac. Surintendant de la maison de la reine, il était l’un des confidents de celle-ci. Cette version « philosophique » souligne la complicité intellectuelle qui liait la reine à cet esprit du Siècle dit des Lumières.
Depuis son origine, les collections du musée Bonnat-Helleu ont été nourries par des collectionneurs attachés à son rayonnement, Léon Bonnat, Antonin Personnaz, Jacques Petithory, Paulette Howard-Johnston, fille de Paul-César Helleu.
Le dépôt de la famille Laborde Noguez de Yturbe, originaire d'Ustaritz, établi à Mexico City, continue intellectuellement cette longue histoire de générosité, de partage et de transmission en faisant entrer dans les collections du musée bayonnais une œuvre de tout premier plan. Celle-ci vient dialoguer avec les très nombreux portraits de toutes les époques léguées par Léon Bonnat, membre de l’Institut lui aussi, tout en enrichissant les collections de peinture française du XVIIIe siècle.
Elle est présentée dans l’une des salles du 1er étage du musée, en dialogue avec les portraits d’hommes et de femmes de la collection Gramont, dépôt du duc Antoine XIII de Gramont (1982) puis de la maison de Gramont « à titre d’attachement à perpétuelle demeure à la ville de Bayonne » (1986). (1)
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Trois peintures de la collection Gramont présentées pendant la conférence de presse, août 2025, quelques semaines avant la réouverture du musée Bonnat-Helleu © Photographie Mathieu Prat.
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Attribué à Sofonisba Anguissola (ca 1532 -1625 Palerme) ou à Juan Pantoja de La Cruz (Valladolil 1553 – 1608 Madrid), Diane d’Andois et sa fille, ca 1575. Huile sur toile. Collection Gramont © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, février 2026.
Trop longtemps "exilée" à Pau et invisible – sauf quelques toiles au musée Basque et de l’histoire de Bayonne -, la collection est enfin de retour sur les bords de l’Adour. Une dizaine de peintures de celle-ci sont présentées dans le parcours permanent du musée dont celui de « la belle Corisande », Diane d’Andois (1554-1621), qui fut maîtresse du roi Henri III de Navarre, futur Henri IV.
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Pierre Gobert (Fontainebleau 1662 - 1744 Paris). Portrait d’une duchesse se rendant au bal à Versailles, portrait présumé de la duchesse de Guiche, née Noailles, ou de la duchesse de Bourgogne née Savoie, 1698. Huile sur toile. Collection Gramont © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, Bayonne, musée Bonnat-Helleu, février 2026. Toile choisie en illustration de la couverture de l’ouvrage consacré à la collection Gramont par Olivier Ribeton.
Remerciements à la direction de la communication, du dialogue citoyen et de l’attractivité territoriale de la ville de Bayonne / Baiona.
https://mbh.bayonne.fr/actualites/portrait-de-marie-leszczynska-par-nattier/
(1) https://collectiongramont.fr/les-amis-de-la-collection/la-revue-de-presse.html
Olivier Ribeton, La collection Gramont. De Vallière à Bayonne. 216 pages. 2025. Éditions Cairn (34,50 €) https://www.editions-cairn.fr/
https://doc.amisdulouvre.fr/uploads/GG_73_020_021_TRIBUNE_pre_BAT_5c920673f8.pdf
Internet du musée https://mbh.bayonne.fr/