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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Italia, febbraio 2021, riapertura a Venezia – Museo di Palazzo Grimani – Réouverture du Palais Grimani à Venise, février 2021 (IV)

Publié par Gilles Kraemer sur 12 Février 2021, 19:10pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions à l'étranger, #Italie, #Musées, #Patrimoine, #Venise

Gilles Kraemer.           

 

Autre lieu rouvert, à Venise, le trop méconnu Palazzo Grimani di Santa Maria Formosa [pour ne pas le confondre avec le Palazzo Grimani di San Luca], à quelques mètres de la Fondation Querini Stampalia, avec son exposition sur la reconstitution de La Tribuna des Grimani. Inaugurée en mai 2019 lors des trois journées presse de la Biennale de l'art, cette exposition est heureusement visible jusqu'à fin mai 2021.

Emergeant de l'ombre, Buste de femme, milieu du IIe siècle. Marbre. 30 cm.. Musée archéologique de Venise © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019

Domus Grimani 1594 - 2019 célèbre, quatre siècles après, le retour temporaire [que l’on ne souhaiterait pas temporaire tellement cette reconstitution est exceptionnelle] de la collection des antiques de Giovanni Grimani (1501- 1593), patriarche d’Aquilée (province d’Udine).

Conservée dans le palais familial de Santa Maria Formosa jusqu’à la fin du XVIe siècle, cette collection statuaire commencée par Domenico Grimani (1461 – 1523) sera poursuivie par Giovanni avant qu’il ne l’offrit à la Sérénissime République en 1587.

 

 

La Tribuna © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Cette exposition est souhaitée comme la reconstitution de l’un des moments importants de la muséologie européenne : la Tribuna du patriarche Giovanni Grimani vide jusqu’à présent de ses sculptures, hormis Ganymède enlevé par l’aigle [son amant Zeus], fin du IIe siècle largement restaurée au XVe siècle que j’ai toujours vue suspendue à la lanterne. Cette reconstitution s’accompagne dans les salles précédents la Tribune de la présentation d’objets recréant l’ambiance d’une maison aristocratique au XVIème, une restitution mise en scène par les deux commissaires dans l’esthétique d’une fascinante maison-musée. " Affascinante " comme aiment le dire nos amis italiens. 

Pour Daniele Ferrara, directrice du Pôle muséal de la Vénétie, co-commissaire, cette exposition est le corolaire des travaux d’aménagement du Vestibule de la bibliothèque Marciana [prévus pour deux ans]  où ces sculptures sont habituellement présentées. Ceci a permis cette reconstitution au palais Grimani, cette façon dont ce prélat imagina le placement des statuts dans cette Tribune.

Au premier plan, Statue de Silène, torse du dernier quart du IIIe siècle. La tête et les autres paries du corps restaurées sans doute par Tiziano Aspetti. Marbre. 179 cm.. Musée archéologique national de Venise © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Conçu par Sansovino, le Vestibule de la Marciana fut transformé par Vincenzo Scamozzi pour devenir le Musée de la statuaire de la République, suite à la donation du patriarche Grimani en 1587. Après son décès, en 1593, les marbres furent transférés à la Marciana en 1594. Scamozzi installa des niches, des frontons, des corniches pour donner à ce lieu une ambiance antique, digne d’accueillir cette collection d’antiques. Le plafond en trompe-l’œil de Cristoforo et Stefano Rosa, incluant la toile de Titien, La Sagesse (1560) fut conservé.

Selon Toto Bergamo Rossi, co-commissaire et directeur de la Fondazione Venetian Heritage, cette exposition rend visible ce que pouvait être une collection au XVIe, une collection importante, pour un cercle d’initiés.

Le parcours de l’exposition restitue le parcours en enfilade de salles en salles jusqu’à arriver à la Tribuna ou Camerino delle antichità accessible par une seule porte. C’est là que le cardinal recevait ses plus illustres visiteurs après un parcours dans les salles présentant d’autres merveilles - tapisseries, tableaux, objets précieux -, une progression savamment orchestrée et graduée, de stupéfactions en émerveillements, pour arriver à l'acmé de son " Kunstkammer des sculptures " ouvert à certains privilégiés. Plus tard, la Tribune perdra cet aspect magique de conclusion d’un parcours rituel en étant modifiée par l’ouverture d’une grande fenêtre et d’une porte. Le charme était rompu. Avec la recréation de deux niches architecturales temporaires, cet espace retrouve son aspect originel, son écrin avec toutes ces statues. Vision magique qui nous projette cinq siècles en arrière avec cette collection retrouvant ses origines.

Attribué à Andrea Briosco dit il Ricco, Buste d'Antonio Grimani, première moitié du XVIe siècle, bronze, Musée du Palais Grimani © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Fils de Girolamo et neveu du doge Antonio, Giovanni Grimani fut nommé patriarche d’Aquilée en 1545 ; c’est à cette époque qu’il décida des transformations du palais et de la création de la Tribune afin de présenter sa précieuse collection.  

Attribué à Ludovico Lombardo, Buste de Sabine en Cérès & Buste d'Adrien, XVIe siècle, bronze, © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Grace aux accords entre la Fondazione Musei Civici di Venezia [ces musées appartiennent à la ville] et le Polo museale del Veneto dépendant du ministère de la Culture [et possédant, outre Grimani, la Galleria Giorgio Franchetti alla Ca d'Oro, le musée archéologique national inclus dans le musée Correr et le musée d'art oriental inclus dans la Ca'Rezzonico. C'est comme si le Petit Palais dépendant de la ville de Paris était au sein du Centre Georges Pompidou !] et à la générosité de la Fondazione Venetian Heritage, une cinquantaine d’objets des musées de la ville, restaurés pour l’occasion, sont présentés. En ouverture, magistraux, de chaque côté de l’entrée de la Camaron d’oro (chambre d'or tirant son nom des tapisseries tissées d'or, de laine et de soie qui ornaient les murs), deux bustes de bronze attribués à Ludovico Lombardo, XVIe siècle, celui d’Adrien, celui de l'impératrice Sabine en Cérès.

Ateliers de Nicola Karcher, Résurrection, ca 1553. Laine, soie, fil d'or, fil d'argent, 227 x 233 cm.. Dépôt du Palais Mocenigo. Cette tapisserie est placée dans un cadre de bois doré, fin du XVIe début du XVIIe siècle © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Une tapisserie, prêt du Palazzo Mocenigo, tissée vers 1553, d’après un carton de Francesco Salviati; cette Résurrection, manifestement commandée par les Grimani, est présentée ici, pour la première fois depuis sa restauration.

Sur la table, bronze de Jacopo Tatti Saint Jean le Baptiste, de Tiziano Aspetti, Mars, d'un sculpteur du XVIe siècle Laocoon et ses fils. Au fond,  d'un sculpteur du XVIIIe siècle, Laocoon et ses fils, plâtre © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019. 

Pomponio Amalteo, Samson, XVIe siècle (détail). Huile sur toile, 123 x 231 cm.. Dépôt du Musée Correr © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Parmi les autres œuvres importantes enrichissant ce parcours, une toile de Pomponio Amalteo représentant Samson endormi auquel Dalila vient de couper les cheveux, une copie d’après Michel-Ange de Léda et le cygne (ca 1540-1550) ou un minuscule fragment en tapisserie de laine, soie et fils d’or et d’argent représentant le doge Antonio Grimani de profil d’après un carton d’Andrea Schiavone, ca 1553-1554, tissée pour l’autel majeur de la basilique de Saint Marc sur les métiers du licier des Médicis : Johan Rost [exposée lors de la rétrospective Schiavone au musée Correr à l’automne 2015 - printemps 2016 http://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/02/schiavone-chi-venise-souleve-le-voile-sur-andrea-meldola-dit-schiavone-entre-parmigianino-tintoret-et-titien-splendeurs-de-la-renais​​​​​].

Venant de la Galleria Giorgio Franchetti, plus connue sous le nom de Ca' d’Oro, des bronzes Vénus & Adonis de Girolamo Campagna, Mars de Tiziano Aspetti, sculpteur et restaurateur de Giovanni Grimani, ayant son atelier dans ce palais ainsi que la grande table de presque quatre mètres de long de la fin du XVIe siècle.

 

Au premier plan Vase, IIe siècle, marbre, Musée archéologique de  Venise // Meuble pour pièces de monnaie ou bijoux, fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle. Bois. Dépôt du Musée Correr // Dans la cheminée, Vénus & Adonis de Girolamo Campagna, XVIe siècle. Bronze. Galleria Franchetti alla Ca' d'Oro © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Plateau de marbres antiques, pierres dures et lapis-lazuli. 112 x 150 cm.. Collection privée © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

 

  • Salle aux feuillages décorée par Camillo Mantovano  © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019

Dans la Sala dei Fogliami, tirant son nom de son plafond orné d’une fresque luxuriante d'arbres, d'animaux et de fleurs, est présenté le plateau d’une table de la fin du XVIe siècle, constitué de marbres antiques, de pierres et de lapis-lazulis des ateliers florentins. Elle fut vendue en 1829 par Michele Grimani à Henry Greville, III Comte dei Warwick puis en 2015, mise en vente chez Sotheby’s, elle fut acquise par un collectionneur privé. Presque deux-cents ans après, la voici de retour pour quelques mois dans le palais où elle était conservée.

Acquis en 1981, par le Ministère pour les biens et les affaires culturelles, le Palazzo Grimani fut ouvert au public, 27 années plus tard, en décembre 2008 après d’importants travaux.

 

Domus Grimani 1594 - 2019. Venezia, Museo di Palazzo Grimani. Tribuna. Su concessione del Ministero per i beni le attività culturali - Polo museale del Veneto. Ph. Matteo De Fina. 

 

 

 

 

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, 6 mai 2019.

Suspendu, Le rapt de Ganymède par l'aigle, fin du IIe siècle, d'après un original hellénique du Ier siècle avant J.-C., comporte de nombreuses restaurations du XVIe siècle. Il s'envole vers la lanterne, seul éclairage naturel de cette pièce. 

Domus Grimani 1594 - 2019. Venezia, Museo di Palazzo Grimani. Tribuna. Su concessione del Ministero per i beni le attività culturali - Polo museale del Veneto. Ph. Matteo De Fina.

Domus Grimani 1594 - 2019. Venezia, Museo di Palazzo Grimani. Tribuna. Su concessione del Ministero per i beni le attività culturali - Polo museale del Veneto. Ph. Matteo De Fina.

 

(1) Domenico Grimani possédait trois Jheronimus Bosch et le Bréviaire dit Bréviaire Grimani, vers 1515-1520, aux 110 miniatures dont celles de Simon Bening et Gerard David; ils sont toujours à Venise, à la Marciana pour le livre, à l’Accademia pour les peintures [dans un accrochage actuel sans intérêt car plaqués contre les murs; ils étaient largement mieux présentés dans l'église Santa Maria della Carità incluse dans l'Accademia],  

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2017/06/jheronimus-bosch-e-venezia-jheronimus-bosch-et-venise.html

(2) http://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/03/les-tableaux-venitiens-de-jheronimus-bosch-restaures.html 

(3) Venise et le sacre des morts - Luigi Pericle et Helen Frankenthaler - 58ème Exposition Internationale d'Art - Biennale de Venise - Biennale di Venezia 2019 (III) - (lecurieuxdesarts.fr) 

 

Domus Grimani 1594 - 2019. La collezione di sculture classiche a palazzo dopo quattro secoli

Museo di Palazzo Grimani

7 mai 2019 - 30 mai 2021

Castello 4858/A – Venise

https://polomusealeveneto.beniculturali.it/musei/museo-di-palazzo-grimani

Un conseil pour la visite : la fin de la matinée pour la lumière dans la Tribune.

Toto Bergamo Rossi, directeur de la Fondazione Venetian Heritage © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Palazzo Grimani, présentation presse 6 mai 2019.

Pertinente publication approfondissant l’histoire de la collection Grimani, en révèle l’extraordinaire beauté par le biais d’une importante campagne photographique réalisée à cette occasion. Un seul bémol sera la description succincte des objets présentés dans la Camaron d’oro, la Sala a fogliami et l’anti-chambre de la Tribune. Éditions Marsilio.

 

 

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