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Quel peut-être le rapport entre Jheronimus Bosch et la Sérénissime ? Réponse avec l'exposition Jheronimus Bosch a Venezia au palais des Doges, commissariat de Bernard Aikema. Venise est l'unique ville italienne à posséder six œuvres de celui-ci : le triptyque du Martyre de sainte Ontocommernis ou sainte Liberata, le triptyque des Trois saints ermites et les quatre panneaux des Visions de l'Au-delà. Œuvres qui furent restaurées dans le cadre des 500 ans de la mort de cet artiste, financées par le Bosch Research and Conservation Project et la Fondation Getty de Los Angeles. www.lecurieuxdesarts.fr/2016/03/les-tableaux-venitiens-de-jheronimus-bosch-restaures.

Les justifications d'une telle exposition ? Bernard Aikema (professeur d'histoire de l'art moderne à l'université de Vérone) s'en explique dans la préface du catalogue scientifique et d'une grande lisibilité accompagnant cette exposition splendide - à peine médiatisée outre-Alpes - comme le sont pratiquement toutes celles se tenant dans cette ville. La Fondation des Musées de la ville de Venise et les Galeries de l'Accademia de Venise se sont unies pour présenter 53 œuvres. Le propos n'était pas de réunir - et de les déplacer encore une nouvelle fois - de nombreuses peintures du corpus de Jheronimus van Aken (vers 1450 - 's-Hertogenbosch - 1516). Les expositions du printemps 2016 au Het Noordbrabants Museum de 's-Hertogenbosch (Bois-le-Duc) au Pays-Bas et à l'été 2016 au Prado pour El Bosco. La exposición del V centenario permirent largement de regarder une nouvelle fois l'œuvre peint et dessiné de cet inclassable artiste.

Jheronimus Bosch, Paradis et Enfer (Visions de l'Au-delà). Quatre panneaux de bois. Vers 1505-1515. Venise, Gallerie dell'Accademia. Ces quatre panneaux furent présentés au Palais Ducal jusqu'en 1885, à l'Accademia jusqu'en 1935, de nouveau au Palais Ducal jusqu'en 2010, au Palazzo Grimani et aujourd'hui à l'Accademia. Dans leur dernière présentation, les panneaux étaient inversés, les deux panneaux de l'Enfer étant à gauche, présentation identique aussi lors de l'exposition néerlandaise © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

En clôture de la riche année boschienne 2016, la volonté vénitienne était autre, plus modeste, mais plus étonnante, ouvrant de nouvelles pistes avec une exposition-dossier mettant en son centre les peintures vénitiennes de Bosch naturellement, avec un focus très approfondi, une première, un coup de projecteur subtil sur la figure de Domenico Grimani, certes homme de l'Église mais intellectuel, collectionneur de livres et d'œuvres d'art. Une personnalité importante de la Renaissance dans sa diffusion du savoir. La volonté aussi de présenter, plutôt de faire découvrir la personnalité de Daniel van Bomberghen, homme d'affaires flamand vivant à Venise, marchand d'art, introducteur de l'art flamand en Vénétie, fournisseur du cardinal en peinture. Pour terminer ce parcours en sept courtes mais intenses sections sur les influences boschiennes au Seicento.

Marcontonio Michiel (1484 - Venise - 1552). Notizia d'opere di disegno, vers 1521-1543. Venise, Biblioteca Nazionale Marciana © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

Première mention de l'existence d'œuvres de Bosch dans les collections italiennes, celle du patricien vénitien Marcantonio Michiel (1484-1552) qui décrivant en 1521 les collections vénitiennes du cardinal Domenico Grimani, fils du doge Antonio, à côté des peintures flamandes d'Hans Memling, Joachim Patinir ou d'Albrecht Dürer, notait dans son carnet Notizia d'opere di disegno relatif aux œuvres d'art publiques et privées vues en Vénétie, trois œuvres de Bosch, décrites très succintement de monstres, incendies et visions de rêve. Trésors que le cardinal, à sa mort en 1523, laissera à la Sérénissime avec d'autres peintures et sculptures. Devenir de tout ceci ? Des caisses où les peintures restèrent, conservées dans les souterrains du Palais Ducal jusqu'en 1615, date à laquelle certaines furent présentéees dans les appartements du doge.

Jheronimus Bosch, Triptyque du Martyre de sainte Ontcommernis, vers 1495-1510; TrIptyque des Trois saints ermites, ver 1495-1505 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.   

En l'état actuel des recherches, comme le souligne Bernard Aikema dans le catalogue, les trois œuvres du peintre de ’s-Hertogenbosch conservées à Venise semblent correspondre à celles de la collection de Domenico Grimani : "Jheronimus Bosch a Venezia. Tra "sogni" e "meraviglie". 

Buste en marbre dit Vitellio Grimani, 1er moitié du IIe siècle;  tableau de Jacopo Palma il Giovane (?), Les cardinaux Domenico et Marino Grimani, 1578; buste en marbre dit Antinous Grimani, 1er moitié du IIe siècle © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.    

Du fastueux prince de l'église, Domenico Grimani (1461-1523) tel qu'un tondo - autrefois une toile rectangulaire - de Jacopo Palma il Giovane (?) nous le présente en compagnie de son neveu l'ecclésiastique Marino, Rosella Lauber dresse un fabuleux portrait "Per il cardinale Domenico Grimani. Tra eccelenza e "materia della fantasia ". Collectionneur d'antiquités que l'on retrouve maintenant dans le Museo Archeologico (au sein du Museo Correr) ou dont l'on peut imaginer la magnificence de sa demeure  en visitant aujourd'hui le Palazzo Grimani di campo Santa Maria Formosa. Comment ne pas rester ébloui devant la somptuosité du Bréviaire Grimani, vers 1515-1520, aux 110 miniatures dont celles de Simon Bening et Gerard David, manuscrit conservé à Venise, à la Marciana.

Au premier plan, Isaac Nathan ben Kalonymus, première édition de Bible rabbinique en hébreu, écrite vers 1437-1445, éditée par Jacob ben Hayyim ibn Adoniah, imprimeur Daniel van Bomberghen, 1523. Venise, Biblioteca Nazionale Marciana © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

Isabella di Leonardo, dans "Gli scambi artistici tra le Fiandre et Venezia : Daniel van Bomberghen e Domenico Grimani", à travers cette passionnante étude, aborde la personnalité de Daniel van Bomberghen, installé à Venise dans les années 1515, homme d'affaires, marchand d'art, introducteur de l'art flamand dans les collections des familles nobles de la République lagunaire. Il est fort possible qu'il ait acheté des tableaux de Bosch dans l'atelier du peintre après son décès et qu'il les ait vendus au cardinal. Il fut également éditeur de livres en hébreu et en araméen, ce qui lui permit d'entrer en relations par l'intermédiaire de son traducteur hébreu Abrahàm ben Meir de Balmes, avec le prince de l'Église. Ce dernier ayant lui-même comme médecin personnel ce savant hébraïque.

Au premier plan, Lampe en forme de dragon greffé sur une patte de rapace, atelier padouan, premier quart du XVIe siècle. Bronze, 22 x 18,5 x 14 cm.. Venise, Musée Correr, legs Pier Domenico Tironi, 1853. Au second plan, Jheronimus Bosch, revers du Paradis et de l'Enfer (Visions de l'au-delà). Vers 1505-1515. Huile sur bois. Venise, Museo Nazionale delle Gallerie dell'Accademia © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

De la restauration des peintures de Bosch, les Galeries de l'Accademia en montrèrent les conclusions, à l'hiver 2016, en une minuscule et trop confidentielle exposition-dossier dans l'espace de l'ancienne église Santa Maria della Carità. Cartels et un film présentant ce travail. http://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/03/les-tableaux-venitiens-de-jheronimus-bosch-restaures.html mais aucun catalogue ou plaquette. Le texte de Giulio Bono et de Maria Chiara Maida : La campagna di conservazione e restauro sulle opere veneziane di Bosch comble cette absence, traitant longuement de l'intervention de restauration conservatrice et de l'étude technique de ces peintures dont la première restauration date de 1689, campagnes fréquemment reprises en 1951, 1992, 2012-2013. 

Au premier plan marbre grec Petite Aphrodite anadyomène, moitié du IIe siècle d'après un modèle hellénistique du Ier siècle avant J.-C.. Venise, Musée Archéologique Natioanal.  Au fond, Quentin Massys (Louvain vers 1465 - 1530 Anvers), Ecce Homo, vers 1529. Huile sur bois, 96 x 75 cm.. Venise, Palais Ducal © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017. 

La seconde partie de ce beau catalogue, mis en page remarquablement, est consacrée à la description très documentée et argumentée de toutes les pièces présentées, toutes photographiées. Ouvrage indispensable clôturant, dans cette belle prolongation, l'année boschienne.

Gilles Kraemer (déplacement et séjour à Venise à titre personnel)

 

 

Détail de Quentin Massys (Louvain vers 1465 - 1530 Anvers), Ecce Homo, vers 1529. Huile sur bois, 96 x 75 cm.. Venise, Palais Ducal © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017. 

 

Bréviaire Grimani, Ghent/Bruges, vers 1515-1520. Manuscrit de 832 feuillets, 280 x 195 mm. Maître de Giacomo IV de Scovia, Maître du Premier Livre d'Heures de Maximilien, Maître de la Scène de David du Bréviaire Grimani, Simon Bening et Gerard David. Venise, Bibliothèque Nationale Marciana © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

Jheronimus Bosch e Venezia / Jheronimus Bosch et Venise.

Venise, Palazzo Ducale, Appartement du Doge

18 février – 4 juin 2017

palazzoducale.visitmuve.it/it/mostre/mostre-in-corso/mostra-bosch/2017/01/17792/jheronimus-bosch-e-venezia/

Catalogue. Sous la direction de Bernard Aikema. 240 pages. 215 illustrations. Marsilio Editori, Venezia. 35 euros. Punto focale di questo catalogo sono le tre opere pittoriche dell'artista, tuttora conservate a Venezia (Palazzo Grimani, Palazzo Ducale) e il loro rapporto con il mondo del collezionismo privato veneziano, cui appartenne Domenico Grimani, di fatto il primo collezionista di Bosch, figura che questo libro ricostruisce puntualmente. Queste tavole sono state oggetto di un intervento di conservazione e restauro recente, che non solo ha restituito leggibilità alle opere stesse, ma che ha portato alla luce una serie di nuovi indizi fondamentali per riguardare e ripensare le molte questioni rimaste in sospeso sulle origini, il significato, ma anche sull'impatto di queste opere sull'arte italiana.

 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Jheronimus Bosch e Venezia, Palais des Doges, Venise, mai 2017.

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