Gilles Kraemer
envoyé spécial
© Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris
Martial, Martial Raysse.
/image%2F0858828%2F20260822%2Fob_a3a059_vallauris-valllauris-raysse-20260612-1.jpeg)
Martial Raysse, Un théâtre ad-vitam, 2009. Huile sur toile et plastique peint. 127 × 202 cm. (tableau) ; 164 × 46 × 85 cm. (sculpture). Collection Fonds de dotation Martial Raysse et Templon, Paris – Brussels – New York © Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris
Martial, un prénom qui sonne, qui martèle l’espace, qui lui va bien, lui aux opinions tranchées. « Je n’aime pas Manet, c’est « ramollo » » lorsque l’on évoque, plutôt lorsque l’on se fourvoie à citer devant lui le nom du maître de la modernité en regardant sa peinture-sculpture Un théâtre ad vitam, la sculpture d’un jeune homme vêtu d’un pagne, la peinture de deux hommes assis entourant une jeune femme, l’un d’eux lui soulevant sa jupe. Balthusienne cette œillade. Une réinterprétation voyeuse du Déjeuner sur l’herbe (1863) inspiré du Concert champêtre (ca 1500 / 1525) de Tiziano Vecellio.
Quelques instants plus tard il dira « avoir des collègues dans les mouvements artistiques, un copinage » sans en savoir plus. Parole économe. Peut-être le vénitien Giorgione, celui de la poétique Tempesta dans laquelle les vicissitudes de la vie se décryptent souligne-t-il ?
1936, naissance à Golfe-Juan Vallauris de ce fils d’artisans céramistes de Vallauris.
2026. Quatre-vingt dix années plus tard, retour sur ses terres d’enfance, en terre profondément marquée par Picasso, pour la présentation de ses sculptures, un pan moins mis en avant d’une de ses pratiques, lui qui refuse de se laisser enfermer dans une démarche, revendiquant que « Dans ma vie, il y a toujours eu la peinture à côté de la sculpture, c’est comme la main droite et la main gauche ». Quarante et un numéros, prêts du Fonds Martial Raysse hormis Un théâtre ad vitam. Bronze brut ou peint, bois, carton, cire, papier maché, plâtre, résine ou terre cuite, dans des assemblages-téléscopages, parfois Rodin dans le raboutage de morceaux d’œuvres, technique que le maître de Meudon pratiquait.
/image%2F0858828%2F20260822%2Fob_e459a9_raysse-vallauris-musee-vallauris-expo.jpg)
Martial Raysse, Mon cœur percé. 2008. Bronze, feuilles d’or blanc et miroirs. 250 × 130 × 140 cm.. Atelier MR – Fonds Martial Raysse - Musée Vallauris Martial Raysse © François Fernandez © ADAGP Paris 2026
/image%2F0858828%2F20260822%2Fob_6a88d0_vallauris-raysse-20260612-102653-1.jpg)
Martial Raysse, La Feria, 2005. Bronze. 222 cm.. Atelier MR – Fonds Martial Raysse © Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris
Dans la cour deux bronzes, dans la pure tradition. D’une flèche mon cœur percé (2008), posé sur un socle de miroirs ? et La Feria (2005). « Avec le temps, je me suis aperçu qu’il faut se ranger dans l’obédience ». Humour ou réalité ? Faut-il vraiment prendre Raysse au mot ? Deux sculptures dans un classicisme fortement assumé, sinon revendiqué, au titre tellement poétique, tellement mallarméen dans sa concision pour la première, « renvoyant à l’universel du sentiment d’aimer, de l’amour ». Une manipulation de l’histoire cependant, Cupidon devenant une femme qu’il duplique la même année en résine, collier de fleurs de dérision sous le titre Basta ! dans une vision de « révolte », nous présentant largement son « origine du monde ».
La femme victorieuse et (est) non soumise.
/image%2F0858828%2F20260822%2Fob_28ce17_vallauris-raysse-20260612-112452.jpeg)
Martial Raysse, Actéonne, 2019. Bronze patiné. 228 × 84 × 50 cm.. Atelier MR – Fonds Martial Raysse // Arraches-toi !, 2016. Bronze. 80 × 42 × 33 cm.. Atelier MR – Fonds Martial Raysse © Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris
Martial sait les classiques, les auteurs antiques, les mythes, la mythologie narrant les invraisemblables histoires des dieux, des demi-dieux, des mortels dont Théogonie d’Hésiode est l’un des ouvrages. N’hésitant pas à manipuler les textes grecs, à les détourner. II les réécrit dans le bronze, dans ce métal censé traverser les siècles. Le mortel chasseur Actéon, pour avoir surpris au bain la chaste déesse de la chasse Artémis et ses suivantes sera condamné par cette sœur d’Apollon à être transformé en cerf et dévoré, vengeance ignominieuse de la fille de Zeus, par ses propres chiens. Un hallali, motif largement peint. Raysse, joueur de l’abracadabrantesque mue Actéon en Actéonne, nue, frontale, les bras levés, de jeunes bois sur la tête. Plus triomphante que victime, elle est La femme victorieuse.
Humour et cruauté sourde, toute l’ambiguïté de l’humain que Raysse met en forme
Le jeune fauve de La Feria portant une jeune femme nue se retrouve dans la triviale injonction Arraches-toi ! (2016) « dans un mouvement dynamique », comme une extraction dansante de la fange enserrant ses pieds.
/image%2F0858828%2F20260822%2Fob_c40e32_vallauris-raysse-20260612-104105.jpeg)
Martial Raysse, Salut les potes ! 2014. Bronze patiné, aimants et clous aimantés en couleur. 76 × 50 × 30 cm.. Atelier MR – Fonds Martial Raysse © Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris Ne pas toucher, bien que les clous soient aimantés !
Regard vers l’arrière, regard qui twiste et transforme en humour. Martial s’amuse vraiment du « monde bazar d’aujourd’hui ».
Qui êtes-vous Monsieur Raysse ? Avant tout un poète. Chaque nom de vos sculptures parle pour vous.
/image%2F0858828%2F20260826%2Fob_127d7c_vallauris-raysse-raysse-20260612-14050.jpeg)
Martiel Raysse, ReLeBainTurc d'après Ingres © Le Curieux des arts / Gilles Kraemer, été 2026, Vallauris
Alban Raysse, la reproduction de ReLeBainTurc dans le dos, néon en prêt au musée des Beaux-Arts de la ville d’Orléans depuis 2026. Martial Raysse s’invite dans le parcours de cette institution orléanaise avec le prêt exceptionnel de ReLeBainTurc, emblématique diptyque en néon de onze mètres de long réalisé d’après le chef-d’œuvre de Jean-Auguste-Dominique Ingres. L’artiste prolonge dans cette œuvre lumineuse son travail dans le Pop Art français, ne se contentant pas de citer Le Bain turc d’Ingres : il le réactive, le met sous tension et l’ancre dans notre présent. https://www.arctwenty.com/
/image%2F0858828%2F20260826%2Fob_c9ec2c_vallauris-raysse-1870-a-aujourdhui-c-m.jpg)
Martial Raysse au musée des Beaux-Arts d’Orléans dans le nouvel accrochage des salles de 1870 à aujourd'hui © Musées d'Orléans
D'une flèche mon cœur percé. Statues de Martial Raysse
13 juin au 28 septembre 2026
Musée Magnelli, musée de la céramique, Vallauris
Commissariat Céline Graziani, directrice du musée Magnelli, musée de la céramique & l’engagement et la collaboration attentive d’Alban Raysse, le fils de l’artiste.
Catalogue. 112 pages. Éditions SilvanaEditoriale.
https://www.vallauris-golfe-juan.fr/20753-le-musee-magnelli-musee-de-la-ceramique.htm
Également au musée Magnelli, musée de la céramique, dans un bâtiment annexe qui fut un cinéma, Anton Prinner – le ciel pour plafond (4 juillet - 28 septembre 2026). Dans les années 1950, Anton Prinner née femme en 1902 et qui se revendiquera homme en arrivant à Paris en 1927. Dans les années 1950, il s’installe à Vallauris, au sein de l’atelier du Tapis Vert fondé par Claire et René Batigne ; il y vivra et créera pendant quinze ans.
Née à Budapest en 1902, Anton Prinner arrive en France à 25 ans, où elle prend une identité masculine. Décédée en 1983, cet artiste a emporté avec elle son mystérieux secret. https://lagoradesarts.fr/Anton-Prinner-Mysterieux-sculpteur.html
Le mystère de cette personnalité complexe se protégeant derrière l’armure de la masculinité reste entier. Retour sur une exposition du 20 octobre au 30 décembre 2012, commissariat Sophie Cazé, au musée de l’Hospice Saint-Roch - 36105 Issoudun
Au musée national Pablo Picasso, La Guerre et la Paix, Pascale Marthine Tayou (4 juillet - 23 novembre 2026) autour d’un projet spécialement conçu pour la chapelle de Vallauris.