Gilles Kraemer
Une pirate de l'art entre à l'Académie des beaux-arts sous les applaudissements. Sabre au clair, Tania Mouraud s'installe pacifiquement sous la Coupole du Palais de l'Institut de France.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_d4be9a_academie-resized-20251105-165504-14318.jpg)
Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_d7027f_academie-installation-tania-mouraud.jpg)
Remise par Hélène Guenin de l’épée d’académicienne à Tania Mouraud © photo Édouard Brane, novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_cb8cb4_academie-resized-20251105-162124-14315.jpg)
Installation de Tania Mouraud sabre au clair © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France
Sabre au clair, Tania Mouraud s'installe pacifiquement sous la Coupole du Palais de l'Institut de France, dans les ors de la République, ce gris mercredi 5 novembre 2025, accompagnée par la Garde républicaine en grande tenue.
Huissiers en noir, gants blancs pour celui qui présentera l’épée – un sabre - remise à cette artiste par Hélène Guenin, commissaire de sa rétrospective au Centre Pompidou-Metz en 2015, directrice de la Fondation Yves Klein depuis ce printemps. Allure très IIIème République pour un autre huissier, comme sorti d’un tableau de mon cher bayonnais Léon Bonnat (1833 - 1922), membre de l'Institut, comme je le fis remarquer à une bayonnaise présente, Alexia Fabre, nommée directrice du Centre Pompidou Francilien – Fabrique de l’art – après avoir été débarquée abruptement des Beaux-Arts de Paris par l’actuelle locataire de la rue de Valois, ne supportant pas qu'on lui désobéisse.
À la tribune, le Secrétaire perpétuel Laurent Petitgirard, pince sans rire dans ses remarques – rappelant à l’un des impétrants de l’année 2025 que cinq ans c’est un temps d’attente trop long pour être installé, sans doute la faute de son tailleur -, Coline Serreau, présidente pour l’année 2025. Absent, le vice-président Jean Gaumy, remplacé par Adrien Goetz, qui vient d'être réélu directeur de la Bibliothèque et de la Villa Marmottan.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_0e3fba_academie-resized-20251105-150237-14292.jpg)
Nina Childress avec son épée lumineuse, Catherine Meurisse, Bianca Li © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Tania Mouraud – puisqu’il s’agit d’elle, la reine de cette installation -, assise à côté de sa consœur la sculptrice Éva Jospin au visage botticellien. La peintre Nina Childress, toujours très sérieuse-malicieuse avec ses lunettes à grande monture, installée brillamment par Catherine Meurisse en juin 2025. Le discours de Nina Childress, en hommage à Arnaud d’Hauterives, fut joyeux et empli de sensibilité, heureuse de son épée, une baguette magique dessinée par Jean-Luc Verna, vraiment magique puisque l’étoile s’éclaire et des LED ultraviolet font briller les olives et les étoiles brodées sur sa tenue d’académicienne avec du fil phosphorescent. Deux confrères pour immortaliser par leurs dessins ce chaleureux après-midi, le sculpteur Jean Anguerra et le bédéiste Emmanuel Guibert. Parmi les correspondants, Florence Viguier-Dutheil, directrice du musée Ingres Bourdelle de Montauban qui offrit ses salles d’exposition à Anne et Patrick Poirier en 2023 puis à Jean-Michel Othoniel en 2024. Son exposition Ingres et la mode, à l’été 2026, est attendue avec impatience, sujet inédit du rapport spécifique entretenu par le peintre avec la mode, n’ayant jamais fait l’objet d’une exposition à part entière, co-commissariat assuré avec Alexandra Bosc.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_344d62_academie-resized-20251105-161151-14308.jpg)
Installation de Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Sous la Coupole, assis avec leurs pairs, Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France, membre de l'Académie française ainsi que Bernard Stirn, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques. Derrière eux, Edith Canat de Chizi et Philippe Garel.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_85faf2_academie-resized-20251105-150822-14297.jpg)
Bianca Li - Installation de Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Laurent Le Bon, directeur de 2008 à juin 2014 du Centre Pompidou-Metz, établissement qui consacra à Tania Mouraud La rétrospective en 2015, en grande et constructive conversation avec Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine et du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. Bonne fée de ce magnifique endroit en bordure du Loire, elle y a présenté 240 artistes et photographes depuis 2008 Elle exposa, dans le cadre de Chaumont-Photo-sur-Loire 2021/2022, De Natura, cinq séries de Tania Mouraud nous mettant aux prises avec la beauté blessée du monde et questionnant les transformations qui s'opèrent dans la relation qu'entretiennent l'humanité et la nature dont la série Balafres. Série évoquée par Bianca Li, en habit Chanel, dans son beau discours d’installation de sa consœur qu’elle qualifia de photographe-peintre du XXIe siècle et dont l’œuvre s'est construite comme un refus de l'immobilisme, de l'oubli et du silence. Dans cet art millénaire qu’est la peinture qu’elle a réussi à réinventer de mille façons avec une créativité sans cesse renouvelée, en faisant de l'espace votre toile et du monde votre modèle.
Frank Lamy du MAC VAL, pertinent commissaire de l’exposition AD NAUSEAM à l’automne 2014 autour de la destruction par l’Homme de sa propre histoire, représentée par l’élimination massive de livres. Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, évoquant l’exposition Alberto Giacometti & Salvador Dalí. Through and Beyond Surrealism s’ouvrant le 15 novembre à Saint-Petersburg… États-Unis. Béatrice Salmon, directrice du Centre national des arts plastiques. Antoine Laurentin, de la galerie éponyme parisienne du quai Voltaire. L’artiste Jean-Luc Verna à côté d’ORLAN, toute de blanc vêtue, très assidue de la Coupole – j’aime beaucoup son slow Je suis au soleil sur une musique de l’académicien et compositeur Régis Campo.
Aucune des deux anciennes locataires de la rue de Valois, toujours assises au premier rang, face aux habits verts.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_d8db5e_academie-resized-20251105-154405-14304.jpg)
Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Discours sensible et de grande humilité de Tania Mouraud en hommage à Guy de Rougemont auquel elle succède au fauteuil VIII. Rappelant toute la générosité de celui-ci, qui met son savoir-faire technique au service de la contestation étudiante [en 1968], faisant en sorte que l'art devienne l’un des outils d’une transformation sociale et le véhicule d'un message politique.
Guy de Rougemont a marqué l’art contemporain par son audace et son engagement. Pour ce « rebelle en tweed » tel qu’il aimait se qualifier, l’art n'était pas une question de reconnaissance sociale, mais une nécessité vitale, un moyen d'explorer et de révéler la beauté du monde.
Je le remercie pour ces formes qu’il nous a offertes et qui continueront longtemps encore à enchanter nos regards et nos rues, mais aussi pour avoir montré qu'un héritier de l'aristocratie pouvait consacrer sa vie à démocratiser l’art, et qu’un homme de tradition pouvait être un révolutionnaire de la couleur.
Ce mot « merci » qu’elle ne cessera de prononcer tout au long de cet après-midi.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_dd80bc_academie-resized-20251105-145553-14284.jpg)
Installation de Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Une personne de qualité et de profond humaniste me fit remarquer l’une des correspondantes de l’Académie. Une grande artiste est entrée sous la Coupole, avec humilité, très reconnaissante à l’égard de la République, de ses confrères, ne cessant de remercier amis, proches, famille et surtout avec la tendresse émue d’une grand-mère ses petits-enfants, naturellement sages comme des images pendant toute la cérémonie.
L’humilité en permanence, de quoi faire oublier une installation, à la première personne du singulier... .
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_10af24_academie-resized-20251105-161522-14311.jpg)
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_77edbd_academie-resized-20251105-165518-14319.jpg)
L’épée de Tania Mouraud © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France.
Sabre dessiné par Tania Mouraud, réalisée dans les ateliers d’une maison portant le nom d’un des membres de l’Académie des beaux-arts. Sur la poignée I HAVE A DREAM. Sur le pommeau NEKOME, terme yiddish signifiant Nemesis. Lame portant les prénoms de ses six petits-enfants et de ses trois arrière-petits enfants.
/image%2F0858828%2F20251114%2Fob_3ac0a9_academie-resized-20251105-150854-14300.jpg)
Clic clac, le photographe de cette installation Édouard Brane © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 5 novembre 2025, Palais de l’Institut de France