Gilles Kraemer
Une histoire d’amour pour la photographie dans un lieu magique, la Villa Medicis Una storia d’amore per la fotografia in un luogo magico, la Villa Medici.
Pas tout à fait inconnue mais une presque inconnue, Gabrielle Hébert, née Gabriele von Uckermann (1853, Dresde, Allemagne - 1934, La Tronche, France) si l’on ne se souvient pas de l’'exposition Qui a peur des femmes photographes ? (1839-1945) que présenta en 2015, au musée d'Orsay, Ulrich Pohlmann, directeur de la collection photographique du Stadtmuseum de Munich et Marie Robert, conservatrice au musée d'Orsay, reconnaissance des femmes photographes dont les noms renaissaient
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Gabrielle Hébert (1853-1934), La façade du palais sous la neige, 16 janvier 1891. Aristotype à la gélatine, 8,2 x 11,2 cm.. Paris, musée national Ernest Hébert © photo : Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brand.
Le musée d'Orsay consacre une exposition à Gabrielle Hébert. Amour fou à la Villa Médicis, autour de ses photographies italiennes, commissariat de Marie Robert. Nous avions eu l’occasion de rencontrer cette dernière, à la Villa Medici – son directeur Sam Stourdzé fut directeur des Rencontres d’Arles – dans le cadre de sa résidence croisée Villa Médicis – Académie de France à Rome / musée d'Orsay, pour une recherche d'un an en histoire de la photographie, entre quête et enquête, collectant à Rome des milliers de clichés réalisés depuis cent quatre-vingt ans.
https://www.ldg-art.com/residence-dartistes-marie-robert/
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Denis Puech (1854-1952), Madame Ernest Hébert, 1893. Marbre de Carrare. La Tronche, musée Hébert © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orsay, exposition Gabrielle Hébert, janvier 2026.
Una storia d’amore, une histoire d’amour. Peintre amateur, Gabrielle épouse, en novembre 1880, alors qu’ils se sont rencontrés au printemps de la même année, le peintre Antoine-Auguste-Ernest Hébert (1817-1908). Coup de foudre. Amour passionné, fou, réciproque, mariage d’amour. 36 années la séparent de ce sexagénaire. Elle ajoutera un « l » à son prénom pour le franciser.
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Gabrielle Hébert (1853-1934), Ernest Hébert aquarelle l'arc du balcon de la Casa Poscia, Viterbe, août 1888. Aristotype à la gélatine, 9 x 12 cm. environ. Paris, musée national Ernest Hébert © photo : Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn.
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Gabrielle Hébert (1853-1934), Le jeune modèle Peppino sur l’un des lions de la loggia, 18 juin 1890 Aristotype à la gélatine, papier H. 9,6 ; L. 12,1 cm.. Paris, musée national Ernest Hébert © photo ; Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
Lui parfait produit du « cursus honorum » de l’artiste, cousin du Consul de France à Civita Vecchia, Henri Beyle, Stendhal en littérature. Couvert des honneurs de la monarchie de Juillet, du second Empire et de la IIIe République. Prix de Rome de peinture, pensionnaire de la Villa Médicis de 1840 à 1845 – les 5 années réglementaires à l’époque, aujourd’hui une année -, obtenant de prolonger son séjour italien de 2 ans pour terminer ses « envois » obligatoires à Paris. Directeur de l'Académie de France à Rome de 1867 à 1872. Familier de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III. Portraitiste recherché de la société parisienne du Second Empire puis de la IIIe République. Professeur à l'École des beaux-arts de Paris de 1882 à 1885. De 1885 à 1890, second directorat romain.
Élu le 21 mars 1874 au fauteuil XI à l’Académie des beaux-arts - l’actuel fauteuil de Nina Childress, dont l’épée est une baguette magique -. Élevé à la dignité de grand’croix de la Légion d'honneur, le 16 août 1900.
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Gabrielle Hébert (1853-1934), Ernest Hébert en majesté, 22 avril 1908. Aristotype à la gélatine, 9,3 × 9,5 cm.. Paris, musée national Ernest Hébert © photo : Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brand.
Dernière image captée de son mari. Gabrielle le photographie, en novembre 1908 sur son lit de de mort après avoir encore immortalisé Ernest le 22 avril 1908 dans son atelier, il a 91 ans
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Gabrielle Hébert (1853-1934), Éléonore d’Uckermann, le modèle Natalina, le prince Abamelek-Lazarev et le chien Farfaletta sur la terrasse du bosco, 5 janvier 1891. Aristotype à la gélatine, 8 x 10,8 cm.. Paris, musée national Ernest Hébert © photo : Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brand.
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Les années romaines. Giuseppe Primoli, Gabrielle Hébert avec sa caméra sur la piazzale de la Villa Medici, ca 1890 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orsay, exposition Gabrielle Hébert, janvier 2026.
Quand il arrive à Rome en 1885 pour son second directorat avec sa jeune épousée, elle a trente-deux ans, quasi l’âge des pensionnaires. Leur fille unique, Mathilde Ernestine est décédée à sa naissance le 25 novembre 1882. Sans héritier direct, Gabrielle Hébert adopte, en 1923, René Patris (1897-1992).
Que peut-elle faire sur le Pincio, dans ce palais, le plus bel endroit de Rome, cette institution prestigieuse. Réceptions, dîners, recevoir. Marie Robert aime à préciser que dans le cadre de sa résidence croisée, son immersion à la Villa lui a permis de mieux percevoir ce lieu magique, de ressentir ce que c’est que de vivre dans ce Palais dominant tout l’Urbs pendant des mois.
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Luigi Primoli (Paris 1858 - Rome 1925), Giuseppe Primoli et Gabrielle Hébert photographient dans les jardins de la Villa Medici, juin 1890. Epreuve sur papier albuminé. Paris, musée national Ernest Hébert © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orsay, exposition Gabrielle Hébert, janvier 2026. Pas reproduite dans le catalogue.
Lors de l'été 1888, elle acquiert un appareil photographique. Fréquente les Primoli, les comtes Giuseppe et Luigi, amateurs d’un usage mondain et amusé de la photographie. Grace à ces derniers, elle immortalise Sarah Bernhardt, en février 1893 à Rome.
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Gabrielle Hébert (1853-1934) Modèles ciociare sur les marches de la loggia, vers 1890. Aristotype à la gélatine, contrecollé sur carton, 8,3 x 11,3 cm.. Paris, musée national Ernest Hébert © photo : Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt.
La photographie est bien plus qu'un art, elle devient la description d'une vie, de vies. La Villa est pour elle un lieu d’exploration fascinant. Elle installe une chambre noire et se livre à l’usage de la photographie avec un pensionnaire, le peintre Alexis Axilette (arrivé en 1886). Son regard photographique est conversationnel, s’intéressant au personnel du Pincio, aux modèles – nus ou habillés -, à son époux peignant, aux pensionnaires dans leur atelier, à ses chiens, à des reconstitutions de tableaux, aux personnalités reçues, la Villa étant lieu de sociabilité. Deux mille négatifs.
Pratique assidue de l’écriture. Tenant des carnets, elle y chronique ses travaux et la vie de son époux « Mon Alles» (Mon tout en allemand). Elle ne cesse de regarder son amour, l’artiste dans sa création. Elle le saisit sans arrêt alors que lui ne l’aura portraituré que… deux fois… Elle se fait l’historiographe de son mari, construisant son image de son vivant.
Deux fois annulés en 1888 puis 1891, séjour d’un mois, avril-mai 1893, en Sicile, les Hébert étant invité dans les domaines du duc d’Aumale, son confrère de l’Académie des beaux-arts, membre libre, élu en 1880 au fauteuil III (celui de Hugues R. Gall de 2002 à 2024, déclaré vaquant mercredi 30 avril 2025 puis mercredi 17 septembre 2025. Manifestement très convoité car toujours pas attribué. L’intérêt de Philippe Bélaval, Stéphane Bern et Hervé Lemoine furent susurrés, trois personnalités proches du Château).
Séjour à Palerme chez d’Aumale puis découverte des grands sites archéologiques de l’île.
Dernier voyage, espagnol, en 1898, regard cinématographique au travers d’un appareil Kodak. Plus de 300 clichées, saisissant la vie de ce pays.
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Ernest Hébert, Le sommeil de l'Enfant Jésus, 1888-1892. Huile sur toile, 145 x 92,5 cm.. Paris, musée d'Orsay © Le Curieuxdes arts Gilles Kraemer, Orsay, exposition Gabrielle Hébert, janvier 2026.
Veuve à cinquante-cinq ans, sensible à la postérité de son époux, Gabrielle crée le musée monographique à La Tronche, inauguré en 1934. René Patris créera un second musés au 85 rue du Cherche-Midi à Paris (ouvert en 1978). Suite à une dégradation importante des structures de l'immeuble, il ferma en 2004 et face au coût des travaux fermera définitivement au début des années 2020.
Après six tentatives, Lucienne Heuvelmans (25 décembre 1881-1944) devient la première femme à remporter le Grand Prix de Rome de sculpture en 1911, lui ouvrant le portail de la Villa Médici. Elle y sera pensionnaire, de janvier 1912 à décembre 1914.
Marie Robert est correspondante de l’Académie des beaux-arts, section photographie, élue le 18 décembre 2024.
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Gabrielle Hébert - Amour fou à la Villa Médicis
28 octobre 2025 - 15 février 2026 - Musée d’Orsay – Paris
Musée Hébert, La Tronche - Isère, 7 mars au 7 juin 2026
Académie de France à Rome – Villa Médicis, février à juin 2027.
exposition co-organisée avec le musée Hébert de La Tronche & l’Académie de France à Rome – Villa Médicis.
commissariat Marie Robert, conservatrice en chef, chargée de la photographie et du cinéma, musée d'Orsay
Catalogue sous la direction de Marie Robert. 144 pages. Prix 29 € (en service de presse). Ouvrage imprimé à Vicenza, Italie
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https://villamedici.it/it/lalbum-della-villa/
https://album.villamedici.it/fr
Cet album participatif invite à pénétrer les coulisses de la Villa Médicis du point de vue de ceux qui l’ont habitée et fait vivre depuis deux siècles : pensionnaires, résidents, hôtes, équipes, passagers d’une nuit ou de toute une vie…