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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer (déplacement et séjour à titre personnel à Biarritz)

 

Bonnet de marin miki, tee-shirt noir, tablette avec sa partition, barbe de trois jours mais chaussures vernies. Entretien avec Thomas Valverde à l’issue de son concert donné - applaudissement debout - avec trois sonates de Ludwig van Beethoven.

 

Thomas Valverde © photographie Cyrielle Balerdi

Gilles Kraemer : Thomas Valverde, installé au Pays Basque depuis 21 ans, vous êtes le créateur et le directeur artistique du Biarritz Piano Festival qui fête en 2020 sa 11e édition. N’êtes-vous pas aux avant-postes de ce que nous allons vivre pendant un an, deux ans ou plus, avec ce festival musical marqué par la pandémie du Covid-19 obligeant à des règles sanitaires strictes pour qu’il puisse avoir lieu cette année ?

Thomas Valverde : L’avenir peut seul nous le dire mais je crains que la situation soit la même pour l’an prochain, pour la prochaine édition de ce festival.

Face à 200 personnes au lieu des 600 que l’Espace Bellevue contient habituellement, comment ressentez-vous ce moment, cet instant, cette ambiance dans l’immense rotonde aux hautes fenêtres, ouverte sur la ville, la Grande Plage, le phare et l’océan, des images emblématiques de Biarritz ?

Ambiance plus calme, nous ne sommes plus dans un chaudron mais comme dans un salon face à ce public disposé en cercle autour de moi, par petits groupes. Le rapport avec lui n’est plus le même, puisque nous entrons dans un temps de la rareté, de la décélération. Pour l’instant. Et, après le concert, le public s’en va de suite puisqu’aucune rencontre ni échange ne peut avoir lieu entre lui et moi, plus de signature du programme ou de disques.

 

Concert Thomas Valverde © photographie Édouard Brane / Hans Lucas, 9 août 2020, Biarritz.

Public réduit mais aussi public masqué pendant le concert !

On apprend très vite à ressentir différemment, les applaudissements sont très significatifs. L’attention du public aussi, cette communion, ce silence. Il ne reste pas immobile sur son siège, tous les mouvements du corps sont une expression de sa perception.

Le même concert, d’une durée d’une heure, une heure quinze, selon le programme, se joue deux fois, à 18h 30 et à 21h. Quel est votre sentiment après ce double concert que vous venez de donner ce soir ?

Deux perceptions totalement différentes. Alors que le premier concert se déroule dans la lumière du jour, le second va dans la journée qui décline, dans une ambiance crépusculaire jusqu’à la nuit noire. Mon interprétation est totalement portée par ces deux temps différents.

 

Concert Thomas Valverde © photographie Édouard Brane / Hans Lucas, 9 août 2020, Biarritz.

Votre concert, cette interprétation de trois sonates de Beethoven, s’est déroulé d’un seul tenant, dans une continuité, sans temps d’arrêt, entrecoupé par vos interludes de création. Pourquoi ?

Un concert est un voyage d’un seul tenant. L’on embarque le public et j’embarque avec eux, d’un point A vers un point B. Cette continuité ininterrompue maximise les émotions.

Merci Thomas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concert du soir cette fois-ci pour d'autres ressentis, dans cette temporalité que nous impose la Covid-19 à laquelle les arts des Muses doivent se soumettre s'ils veulent continuer (1).  Celui de Marie-Ange Nguci était dans la lumière solaire de 18 h 30, celui de Thomas le sera dans la lumière crépusculaire (2). Commencé à 21h, dans ce temps de basculement du jour, dans cette avant-nuit, dans une salle éclairée de rouge et de bleu, il devait se terminer au Clair de lune de Beethoven en cette nuit nous enveloppant doucement

Trois concerti de Ludwig van Beethoven dans cette commémoration des 250 ans de sa naissance. Pathétique toute en émotion, en effeuillage des notes comme si Thomas les faisait sourdre de ses doigts puis en rapidité. Sonate 31 dans des instants de présentation, d'affirmation, de développement pour se terminer en une joyeuse synthèse. Sonate Clair de lune bien nommée, la nuit ayant décidé de se montrer à cet instant précis pour s'égrener sous le clavier dans un dernier mouvement prodigieusement électrique. Applaudissements chaleureux comme l'écrivent nos amis italiens. Et public debout.

Souvenirs de joie mais aussi de tristesse, songeant à cette une soirée pour happy few, pour trop peu de mélomanes, dans un temps où toute anticipation ne peut se programmer. L'atmosphère n'est plus la même, la communion est totalement différente entre l'artiste et le public, dans un dialogue plus viscéral et émotionnel.  A chaque fois, l'impression d'avoir été le témoin d'un moment privilégié, d'être irrémédiablement stendhalien. Qu'en sera-t-il dans quelques mois ? 

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, est venue assister au concert d’Alexandre Kantorow, le 7 août. Deux photographies sur les réseaux sociaux.

 

Concert Thomas Valverde © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 août 2020, Biarritz.

 

11e Biarritz Piano Festival

3 – 11 août 2020

Espace Bellevue - Biarritz

www.biarritzpianofestival.com/

Thomas Valverde / dimanche 9 août 2020 / 18h30 & 21h / Soirée Ludwig van Beethoven

Sonate n°8, opus 13, dite Pathétique

Interlude, Thomas Valverde

Sonate n° 31 en la bémol majeur, opus 110

Interlude, Thomas Valverde

Sonate n°14 opus 27 n°2 dite Clair de lune

En bis Interlude, Ad libitum, Thomas Valverde

 

(1) Artistes vivant en France pour des raisons de déplacement. Une seule salle. Six concerts au lieu des 15 de l'année passée. Un budget chutant de 200 000 euros à 70 000.

(2)  http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/08/marie-ange-nguci-au-11e-biarritz-piano-festival-le-festival-des-pouces-verts.html

 

 

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