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Gilles Kraemer

Chœur Pygmalion © Stefan Brion.

L’Autre voyage, une « re-création » d’un opéra de Franz Schubert (1797-1828), tel était le pari de Raphaël Pichon à la double casquette de chef d’orchestre et de concepteur musical, sur des orchestrations additionnelles et des arrangements de Robert Percival, des extraits de livrets réécrits en partie ou dans leur totalité, en collaboration avec la dramaturge Raphaëlle Blin. Réussite unanime, musicalement et vocalement, à l’issue des 105 minutes de cet opéra re-créé mais paraissant écrit dans une continuité, dans une cohérence alors qu’il n’est qu’assemblages, raboutages.

Stéphane Degout (L’Homme), Siobhan Stagg (L’Amour), chœur Pygmalion © Stefan Brion.

Stéphane Degout (L’Homme), chœur Pygmalion © Stefan Brion.

La mise en scène de Silvia Costa, qui a souhaité mettre en image « une introspection et le voyage d’une vie », souffre d’une juxtaposition entre moments soutenus et dilués. Retenir des images fortes façon Annette Messager lorsque les aides du médecin légiste agitent leurs combinaisons blanches qui semblent voler dans l’espace, vêtements empilés façon Monumenta Christian Boltanski sur le lit de l’enfant mort, l’Homme dans le noir craquant des allumettes, les armoires bougeant, le drap brandi par les parents sur lequel s’inscrit la silhouette de l’enfant mort, L’Enfant derrière le piano. Grand-guignolesque de la dissection et des vêtements ensanglantés, organes extraits du cadavre et accrochés aux murs, les religieuses jouant avec un grand et un petit squelette – celui du père et du fils -. Belles lumières de Marco Giusti.

Mixe d’œuvres patrimoniales ou création, où se place L’Autre voyage d’après Franz Schubert, composé de « tableaux lyriques sur des musiques » de ce compositeur autrichien ? Vingt-six sources puisées dans des œuvres de Schubert, de son Ouverture en do mineur (1811) à une Messe allemande (1827), des opéras Adrast (1819-1820) à Rosamonde, princesse de Chypre (1823). De ses 20 opéras, trois furent créés de son vivant et deux en 1988 sous la baguette de Claudio Abbado. L’inachèvement est la caractéristique de l’œuvre de cet artiste, mort à 31 ans des suites d’un mal d’amour, qualifié français ou napolitain.

La trame de cette histoire, de ce nouveau voyage schubertien, commence par le prologue d’une femme à son rouet, surgissant de l’obscurité, parque filant puis coupant le fil rouge tendu en oblique, fil que l’on retrouvera dans la dernière image de cet opéra. L’histoire peut débuter, celle d’un médecin légiste, L’Homme pensant autopsier son cadavre puis assister à ses funérailles puis revoyant sa vie et la mort de son fils.

Traversant et portant cette histoire, L’Homme, Stéphane Degout, éclaire cette soirée par sa présence, sa retenue, sa puissance, son phrasé éblouissant, toute la palette des sentiments à l’égard de son épouse et de son fils chez cet homme hanté par la mort. Épouse, amour, Siobhan Stagg, dès le prologue nous éblouit par la pureté de son timbre, sachant passer de la tristesse à la colère. Laurence Kilsby, l’ami de la famille, joue dans la simplicité et la sensibilité de sa voix.

Siobhan Stagg (L’Amour), Chadi Lazreq (L’Enfant), Stéphane Degout (L'Homme) © Stefan Brion.

Triomphateur de la soirée, Chadi Lazreq, 12 années sur ses épaules pour endosser les habits de L’Enfant. Silence absolu dans la salle pendant toute la représentation et encore plus lorsqu’il est sur le plateau qu’il traverse avec une aisance absolue. Comment ne pas être dans le syndrome stendhalien après sa romance Der Vollmond strahlt extraite de Rosamonde. Et de chaleureux applaudissements pour le chœur d’enfants maison, celui de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique. La relève est présente.

L’ Autre voyage d’après Schubert © Le Curieux des arts Gilles Kraemer.

Dirigeant cet intense plateau, Raphaël Pichon, à la tête de l’orchestre et du chœur Pygmalion, nous offre une direction équilibrée et constante de cet assemblage d’œuvres de Schubert dont il est l’un des magiciens de cette soirée.

Succombez aux vingt-quatre lieder de Winterreise avec Stéphane Degout, Alain Planès jouant sur un Pleyel de 1837. Le 14 février à l’Opéra-Comique.

Le raboutage, le mixe, Raphaël Pichon le maîtrise dans des chemins de traverse qu’il affectionne. Attendu, il le sera à Aix-en-Provence, en juillet pour la création mondiale de Samson, une libre création avec le metteur en scène Claus Guth sur un opéra perdu de Rameau et un livret censuré de Voltaire. Festival d’Aix-en-Provence 2024, indubitablement la défense de la musique française

 

 

 

L’Autre voyage d’après Franz Schubert

Tableaux lyriques sur des musiques de Franz Schubert

Opéra-Comique – Paris - 1er au 11 février 2024 - https://www.opera-comique.com/fr

Auditorium – Dijon – 6 & 8 mars 2024 - https://opera-dijon.fr/

Direction et conception musicale Raphaël Pichon

Édition, orchestrations additionnelles et arrangements Robert Percival  

Orchestre et chœur Pygmalion

Chœur d’enfants Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique direction artistique Sarah Koné

Mise en scène et décors Silvia Costa            Dramaturgie Antonio Cuenca Ruiz

Adaptation des textes Raphaëlle Blin           Costumes Laura Dondoli

Lumières Marco Giusti                                 Réalisation vidéo Laura Dondoli*

*En collaboration avec et à partir des images fournies par Home Movies - Archivio Nazionale del Film di Famiglia - Italie   

L’homme Stéphane Degout, baryton

L’amour Siobhan Stagg, soprano

L’amitié Laurence Kilsby, ténor

L’enfant Chadi Lazreq, soprano enfant

Opéra enregistré par France Musique et diffusé le samedi 9 mars 2024 à 20h. 

Production Théâtre national de l'Opéra-Comique - Coproduction Opéra de Dijon.

 

 

Tag(s) : #Opéra et Musique
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