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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer.

  

La consultation des catalogues, mémoire in fine des expositions, est parfois fort édifiante. Elle éclaire, le lecteur attentif, sur le monde très feutré des prêteurs privés ou institutionnels, les relations entre ceux-ci et le commissaire, les longs échanges qu’il aura fallu pour l’obtention des prêts.

La lecture des remerciements est enrichissante, très enrichissante. Celle de l’erratum, un feuillet volant, que la Fondation Giacometti a glissé dans le catalogue de l’exposition Alberto Giacometti. L’Homme qui marche, est étonnante. L’opposé d’un remerciement, une remise en place diplomatique. Manifestement nous n’avons trouvé aucun écho, dans les articles de la presse française relatant cette exposition, de l’attitude de l’UNESCO à l’égard de la Fondation à laquelle elle avait originellement consenti un prêt. Avec un volte-face de dernière minute.

 

Vue de la salle de l’Homme qui marche.  De droite vers la gauche. Alberto Giacometti, Homme qui marche, 1947. Bronze unique. 170 x 23 x 53 cm.. Alberto Giacometti-Stiftung, Zurich  //  Homme qui marche I, 1960. Bronze. 186,5 x 29,1 x 112,2 cm.. Fondation Giacometti, Paris  //  Homme qui marche II, 1960. Plâtre. 188,5 x 29,1 x 112,2 cm. Fondation Giacometti, Paris. Photo Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti.

Procédé pas très gracieux de l’UNESCO, implantée à Paris, dont la directrice générale Audrey Azoulay, fut conseillère culturelle du président de la République François Hollande de septembre 2014 et février 2016, puis ministre de la Culture et de la Communication de 2016 à 2017.

Devant " le coût des conditions de prêt hors des usages et prohibitives exigées " pour l’Homme qui marche I (1960) de la part de cette institution, cette statue ne figure pas à l’exposition. Elle aurait dû être présentée dans le petit patio, dans un dialogue avec Femme qui marche I (1932). " L’UNESCO, créditée dans ces remerciements, a renoncé à quelques jours de l’exposition au prêt consenti de l’Homme qui marche de leur collection. ". Comme l'erratum le souligne encore, " La Fondation déplore ce manque de solidarité de la part d’une institution à laquelle Annette Giacometti avait consenti la fonte exceptionnelle de ce tirage hors commerce. ". Pour mémoire, ce bronze fut fondu, par Susse Fondeur, en 1970, à l’initiative de René Maheu, directeur général, avec l’autorisation et le concours d’Annette Giacometti.

 

Alberto Giacometti, Homme qui marche I, 1960. Bronze. 186,5 x 29,1 x 112,2 cm.. Fondation Giacometti, Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition. 

 

Contactée, Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti et présidente de l’Institut Giacometti, nous a apporté les précisions suivantes, développant cet erratum.

" Une semaine avant le début de l’installation de l’exposition, l’UNESCO a pris la décision de refuser ce prêt, parce que nous ne pouvions pas réunir l'énorme budget dû à leurs conditions hors de tout usage .". Délai extrêmement court, d’ultime minute, une attitude inhabituelle dans la pratique. Alors que l’emplacement de la statue était fixé, le catalogue imprimé avec les remerciements d’usage pour les prêteurs.

Où irions-nous si tous les prêteurs adoptaient une telle attitude ? Concevoir une exposition se prépare trois années ou plus à l’avance dans la recherche des pièces, leurs localisations, les échanges de correspondances, l’accord final, la rédaction des fiches de prêts, le transport, la scénographie, la mise en place. Une pièce venant à manquer peut même troubler le propos du commissaire.

" L’Institut Giacometti ne pouvait assurer financièrement les conditions imposées par l’institution internationale. En premier remplacer Homme qui marche I par une autre statue dans les locaux de l’UNESCO en assurant toutes les charges. Secondement, payer une prime d’assurance fondée sur une déclaration de valeur correspondant au top atteint par une œuvre de ce sculpteur (100 millions d’euros) alors que leur tirage de l’UNESCO est un exemplaire hors commerce, marqué UNESCO, tiré après la mort de l’artiste grâce à l’autorisation exceptionnelle de sa veuve Annette Giacometti. Même dans des circonstances différentes, les œuvres ne sont jamais assurées pour de telles valeurs car cela rendrait impossible les expositions.".

 

Si une autre institution ou un musée en demandait le prêt, en sera-t-il de même, pour l'une des 700 œuvres appartenant à l’UNESCO ?  

Construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes proclame le bandeau du site Internet de l’UNESCO.

 

 

Alberto Giacometti. L’Homme qui marche

4 juillet – 29 novembre 2020

Institut Giacometti – Paris

Commissariat de Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti et de Thierry Pautot, attaché de conservation auprès de la Fondation Giacometti.

Catalogue. Textes de Catherine Grenier, Vincent Blanchard, Franck Joubin. 162 pages. 100 illustrations. Français/anglais. Co-édition Fondation Giacometti / FAGE éditions. 24 €.

 

 

 

 

 

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