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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer.

 

Enfin. Au bout de quatre-vingt ans, quatre-vingt ans après l'acquisition par Josef Mueller des sept Barbus, le mystérieux sculpteur  de ces têtes vient d'être démasqué ! Une enquête entre Suisse et Auvergne.

 

Lorsque Jean Dubuffet vit ces têtes, elles n’étaient que sept et appartenaient au collectionneur Josef Mueller. Présentées comme des pierres celtiques vendéennes, elles furent acquises le 7 juillet 1939 auprès de Mademoiselle Vignier sur le marché de l’art parisien, pour 3 200 francs. Ce collectionneur suisse les fit socler par Kichizô Inagaki (1876 - 1951), le socleur d’Élie Faure, de Louis Carré, de Charles Ratton. Excellent choix.

Quatre autres, aussi singulières, appartenaient à Charles Ratton. Une au sculpteur Saint Paul. Trois à Henri-Pierre Roché. La 16e au museum d'histoire naturelle de Lyon - aujourd'hui au musée des Confluences - suggérait une provenance antillaise. (1).

L’une, de la collection Mueller, était un homme barbu. Qu’à cela ne tienne ! Leur sobriquet était tout trouvé : les Barbus Müller. Jean Dubuffet (1901 - 1985), dans le fascicule qu’il consacra à ces seize têtes, en 1947, décida ainsi de surnommer cet ensemble. Et, c’est ainsi que les Barbus entrèrent dans l’histoire, dans la grande histoire de l’art, dans l'histoire de l’Art Brut.

 

Antoine Rabany (1844 – 1919) ? Sculpture Barbu Müller. France, Auvergne, Chambon-sur-Lac ? Fin XIXe- début XXe siècle. Roche volcanique (trachyte). 39,5 x 29 x 17 cm.. Ancienne collection Josef Mueller, acquise en 1939 de Mme Vignier, Paris. Inv. 104-6. Musée Barbier-Mueller, photo Luis Lourenço.

Mais, sous quelle gradine, sous quel ciseau, naquirent-elles ? C’est à ce moment que l’histoire commence. Il restait à découvrir quel sculpteur se cachait derrière ?

Jean Dubuffet, observateur, très observateur, avait quelques idées. Il y vit pour plusieurs " l’œuvre du même homme ". Émettant qu’il aurait pu être " bourguignon ou auvergnat ".

 

Préscience ? Il était sur la bonne piste... sans le savoir... . Réponse dans le catalogue de l’exposition Les Barbus Müller. Leur énigmatique sculpteur enfin démasqué ! que le musée Barbier-Mueller consacre aux onze Barbus Müller du musée Barbier-Mueller - puisque Jean Paul Barbier-Mueller en acquit quatre autres -, aux huit Barbus Müller d'autres collections, aux sept Dubuffet de Josef Mueller, œuvres mises en dialogue avec 22 sculptures des arts lointains de l’institution génevoise.

 

Vue de l’exposition Les Barbus Müller. Leur énigmatique sculpteur enfin démasqué ! © Luis Lourenço (Abm-archives, Barbier-Mueller). Au premier plan, le grand visage encadré d'une couronne rayonnante, ancienne collection Henri-Pierre Roché, acquis par Jean Paul Barbier-Mueller. 

Cet énigmatique sculpteur, Bruno Montpied, non un historien de l’art mais un peintre et un chercheur autodidacte, l’auteur du Gazouillis des éléphants, l’a démasqué (2). Il s'agit d'Antoine Rabany dit "le zouave", parfois dénommé "Père Rabagny", né en 1844, décédé le 2 janvier 1919. Les sculptures provenaient de Chambon-sur-Lac, région de Murol, dans le Puy-de-Dôme. Le Puy-de-Dôme… en Auvergne, Dubuffet ne s’y était pas trompé. Les pierres ? Une roche volcanique ; l’on est bien loin de la Vendée.

Une enquête policière de Bruno Montpied, à lire dans Faux art roman ou art brut populaire, les Barbus Müller retrouvent leur père, texte du catalogue de cette exposition [non vue]. Une enquête qui l'a conduit en Auvergne, pour vérifier ses suppositions puis les confirmer, à Chambon-sur-Lac, jusqu’à l’ancienne maison d’Antoine Rabany. Une surprise devait l’y attendre : une tête sculptée, incrustée dans le mur de l’appentis de sa maison.  Une de plus à ajouter au corpus de ce sculpteur.

 

Antoine Rabany (1844 – 1919) ? Sculpture Barbu Müller. France, Auvergne, Chambon-sur-Lac ? Fin XIXe- début XXe siècle. Roche volcanique (trachyte). 69,5 x 31 x 16 cm.. Anc. coll. Charles Ratton et Tristan Tzara . Acquise par Jean Paul Barbier Mueller de Pierre Amrouche en 1988. Inv. 104-13. Musée Barbier-Mueller, photo Luis Lourenço.

 

Les Barbus Müller. Leur énigmatique sculpteur enfin démasqué !

3 mars – 27 septembre 2020. Prolongation jusqu’au 1e novembre 2020

Musée Barbier-Mueller - Genève – Suisse

www.barbier-mueller.ch/

Catalogue. Baptiste Brun, une réflexion sur la catégorisation des arts ; Sarah Lombardi, la rencontre de Jean Dubuffet et des Barbus Müller ; Bruno Montpied et l’identification de l’auteur de plusieurs Barbus Müller. 104 pages. 120 illustrations. Éditions in fine. 29 € / 32 CHF. L’ouvrage s’accompagne de la réédition du fascicule I [jamais distribué] des Cahiers de L’ART BRUT Les barbus Müller et les autres pièces de la statuaire provinciale de Jean Dubuffet, 1947.

 

Jean Dubuffet, Galeries Lafayette, 8 mai 1961 Gouache sur papier. 49 x 66 cm.. Don de M. et Mme Jean Dubuffet en 1968. Musée  des arts décoratifs, ParisPhoto : © MAD, Paris / Jean Tholance // 2020, ADAGP, Paris. 

Dans le cadre d’un partenariat entre le musée Barbier-Mueller et le MEG, un Barbu Müller de la collection Barbier-Mueller prendra ses quartiers dans l’exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe après avoir été exposé au musée Barbier-Mueller. Jean Dubuffet, un barbare en Europe met l’accent sur la visite de l’artiste dans la Suisse de l’après-guerre, notamment au Musée d’ethnographie de Genève, voyage déterminant pour sa définition de l’Art Brut. Avant même la donation de sa collection d’Art Brut à la ville de Lausanne en 1972, à l’origine de la création du musée du même nom en février 1976, Jean Dubuffet entretient des rapports privilégiés avec la Suisse. Il séjourne en territoire helvète du 5 au 22 juillet 1945, accompagné de Jean Paulhan, son épouse Germaine, et de l’architecte Le Corbusier.

Jean Dubuffet, un barbare en Europe

8 septembre 2020 - 28 février 2021

MEG – Genève - Suisse

www.ville-ge.ch/meg/

 

Jean Dubuffet – Rétrospective

3 décembre 2020-13 juin 2021

Fondation Pierre Gianadda – Martigny -Suisse

En collaboration avec le Centre Pompidou, Paris. Commissariat Sophie Duplaix. Celle-ci fut co-commissaire de l’exposition rétrospective du centenaire de la naissance de Jean Dubuffet, au Centre Pompidou, à l’automne 2001.

La Fondation a consacré une exposition à cet artiste, au printemps 1993, commissariat Daniel Marchesseau.

www.gianadda.ch/

 

Fondation Dubuffet www.dubuffetfondation.com/

(1) www.museedesconfluences.fr/fr/ressources/statuette-3?destination=search/general/barbu%20muller

(2) Bruno Montpied, Le Gazouillis des éléphants : tentative d’inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, excentriques, loufoques, brindezingues, ou tout simplement inventifs, passé, présents et en devenir, en plein air ou sous terre (quelquefois en intérieur), pour le plaisir de leurs auteurs et de quelques amateurs de passage. Paris : Éditions du Sandre, 2017. 926 pages. Prix 29 €.

 

 

 

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