Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer.   

 

Vue de la salle de l’Homme qui marche.  De droite vers la gauche. Alberto Giacometti, Homme qui marche, 1947. Bronze unique. 170 x 23 x 53 cm.. Alberto Giacometti-Stiftung, Zurich  //  Homme qui marche I, 1960. Bronze. 186,5 x 29,1 x 112,2 cm.. Fondation Giacometti, Paris  //  Homme qui marche II, 1960. Plâtre. 188,5 x 29,1 x 112,2 cm. Fondation Giacometti, Paris. Photo Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti.

 

Photographie d'Annette Giacometti, Homme qui marche I d'Alberto Giacometti, bronze peint. Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence, 1964. Archives de la Fondation Giacometti, Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition.

Au mur de la Fondation, une photographie en plan serré de Homme qui marche I visible dans la cour de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, prise par Annette en 1964. Étonnant ce visage avec ces rehauts de peinture si l’on y prête attention. Un aspect méconnu d’Alberto Giacometti (1901 – 1966), sauf si l’on regarde attentivement ses plâtres dans cette relation avec l'art ancien, les sculptures peintes de l'Antiquité. Ceci pourrait être le thème d'une future exposition : Giacometti et la sculpture peinte ? À suivre.

En rappel – précédent papier avec droit de réponse de l'UNESCO (1) -, il manque une statue à cette exposition comme le souligne l'erratum glissé dans le catalogue. Devant " le coût des conditions de prêt hors des usages et prohibitives exigées " pour Homme qui marche I (1960) de la part de l’UNESCO, cette statue n’est pas à l’exposition ". Elle aurait dû être présentée dans le petit patio, dialoguant avec Femme qui marche I (1932). Dommage, d'autant plus rappelons le qu'Annette Giacometti, avait consenti la fonte exceptionnelle de ce tirage hors commerce à cette Organisation.

 

De gauche à droite. Alberto Giacometti. La Nuit (première version), fragment, 1946. Plâtre et traces de couleurs. 21 x 26,5 x 7,9 cm..  // La Nuit (deuxième version), fragment, 1946. Plâtre. 47,8 x 43 x 9,8 cm.. Toutes les deux Fondation Giacometti, Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition.

Après la guerre, Alberto Giacometti rentre à Paris et retrouve son frère Diego. Il reçoit la commande de deux monuments de personnalités. L’un par la ville de Paris, à la mémoire de Jean Macé, le promoteur de l’école laïque ; elle sera refusée. Peut-être s’agissait-il de La Nuit, de cette grêle jeune fille qui tâtonne dans le noir  selon l'artiste. L’autre par le Parti communiste français, une figure masculine, en l’honneur du résistant Gabriel Péri ; elle non plus n’aboutira pas. Une autre commande, en novembre 1958, une œuvre en plein air, au pied de la Chase Manhattan Bank de New York, ville où il ne s’est jamais rendu, lui est demandée; il imagine trois sculptures de nature différente qui dialogueront : une femme immobile, un homme qui marche et une tête. Cette commande, visible à l'exposition sous la forme d’un projet de 10 centimètres de haut, n’aboutira pas également. Une nouvelle fois, l’optimisme de l’artiste laissait place au doute.

Dans le catalogue, Catherine Grenier revient sur ces essais réalisés pour ces commandes [qui] sont  un laboratoire d’idées pour des œuvres nouvelles [....] Le succès de l'Homme qui marche nous démontre qu'avec cette représentation emblématique, Giacometti a atteint à la fois le style et la vérité. Pour Thierry Pautot, Alberto Giacometti ne fait jamais marche arrière dans ses doutes. Ses moments d’abattements ne sont jamais aussi prêts de ce vers lequel il tend.  

La constante recherche de son œuvre sculpté sera  la recherche de la schématisation, d'ôter en permanence le détail pour ne garder qu’une ligne générique, un signe dans l’espace.

 

Au fond, Alberto Giacometti, Femme qui marche I, 1932. Bronze. 150,3 x 27,7 x 38,4 cm.. Fondation Giacometti. Au premier plan Trois hommes qui marchent, 1948. Bronze. 76 x 32,7 x 34,1 cm.. Fondation Giacometti, Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition. 

Cette statue masculine, qui deviendra l’une des icônes de l’art du XXe siècle, fut au départ une femme, une figure en marche. L’avenir de l’homme est la femme pour le poète, la femme est l’avenir de l’homme pour le chanteur. Une Femme qui marche I (1932), toute en inspiration égyptienne, sans tête ni bras, les deux pieds bien fixés au sol, le pied gauche en avant dans l’attitude dite de la " marche apparente ". Dans un abandon de la fixité pour devenir mobilité, dans ce travail sur la silhouette et la vérité de la perception.

 

Alberto Giacometti, Figurine entre deux maisons, 1950. Bronze peint. 12,7 x 2,5 x 7 cm.. Collection privée, Paris © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition.

 

Alberto Giacometti, La Place II, 1948. Bronze. 23 x 63,5 x 43,5 cm.. Museum Berggruen, Berlin © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition.

La femme en mouvement, il y reviendra en 1950 avec Figurine entre deux maisons, image emblématique puisqu’elle est le visuel de la Fondation. Son premier Homme qui marche, celui de 1947, ne sera tiré qu’en un exemplaire unique, le plâtre original ayant été endommagé lors de la fonte. Viendront Homme qui marche I et Homme qui marche II en 1960. Entre eux, Trois hommes qui marchent et La Place II en 1948, des gens qui se croisent, leurs grands pieds ancrés dans le sol, mais qui ne s’atteindront jamais. L’on vit ensemble mais, l’on ne se voit pas. Cette ignorance n'est-elle pas troublante ajoute Thierry Pautot, cette vie sans se côtoyer ?

 

Tous masqués pour la présentation presse © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020.  

Qu’aurait pensé Alberto de la population mondiale presque entièrement masquée et soumise à des distanciations physiques pour éviter la pandémie de la Covid-19 ? Qui se croise et s'évite.

Ce quelque chose vers lequel l’on avance tous, inéluctablement, c’est la mort !

 

In situ,  la salle des trois Homme qui marche © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, juillet 2020, présentation presse de l’exposition.  

 

Alberto Giacometti. L’Homme qui marche

4 juillet – 29 novembre 2020

Institut Giacometti – Paris

Commissariat de Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti, présidente de l'Institut Giacometti et de Thierry Pautot, attaché de conservation auprès de la Fondation Giacometti.

Catalogue. Textes de Catherine Grenier, Vincent Blanchard, Franck Joubin. 162 pages. 100 illustrations. Français/anglais. Co-édition Fondation Giacometti / FAGE éditions. 24 €.

 

(1) Prêt non consenti par l’UNESCO de l’Homme qui marche à la Fondation Giacometti www.lecurieuxdesarts.fr/2020/08/pret-non-consenti-par-l-unesco-de-l-homme-qui-marche-a-la-fondation-giacometti.html

Droit de réponse de l’UNESCO suite à l’article (II)  www.lecurieuxdesarts.fr/2020/08/droit-de-reponse-de-l-unesco-suite-a-l-article-pret-non-consenti-par-l-unesco-de-l-homme-qui-marche-a-la-fondation-giacometti-ii.htm

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article