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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer.   

Dove sono i bei momenti / Di dolcezza, e di piacer ?

 

© photographie François Benedetti

Réponse commune à tous les marchands, face à cette crise imprévue, aux lourdes conséquences dans le domaine de la culture, que nous avons pu " rencontrer " à la veille du vernissage virtuel du Salon International du Livre Rare qui aura lieu demain jeudi 23 avril à 17h. Ils sont tous unis et confiants (1). À l’instar de Jacques Desse de Les Libraires associés (avec Alban Caussé) qui a " maintenu la vente en ligne avec un marché assez actif. Il n'y a pas de signe de "déprime", ce qui est déjà énorme ".

Les libraires du livre ancien montrent depuis bien longtemps une belle capacité d'adaptation et ils sauront se relever de cette crise. Aucun doute là-dessus.

 

Entretien avec quelques libraires qui participeront à ce vernissage virtuel du Salon International du Livre Rare, sous la verrière virtuelle du Grand Palais. Tous derrière votre écran, demain, à 17h.

 

Comment vous organisez-vous, en cette période sans précédent, depuis un mois et demi ?

Anne Lamort vit le confinement en dehors de Paris " sans accès à mes livres et cela limite beaucoup mes possibilités. J’avance des travaux annexes, repoussés depuis trop longtemps, rédaction d'articles, comptabilité, fichage…" Un confinement vécu de façon identique à Belmesnil (76) par Thierry Neveux de la Bouquinerie Aurore, lui permettant " de rédiger un catalogue, de ranger mes réserves et de rédiger des fiches pour les livres en retard afin de les mettre sur Internet.".

Pour Hervé Valentin, de la Librairie Walden, " nous travaillons en effectif réduit et beaucoup plus à distance avec nos bibliophiles qu’à l’ordinaire où nous allons régulièrement à leur rencontre. L’heure est au tout virtuel, avec des outils dont nous nous servions déjà avant le confinement. ".

Henri Vignes " répond aux commandes et procède à l'envoi de quelques livres précieux, bizarrement surtout à l'étranger. Le report du Salon nous permet de peaufiner deux catalogues biographiques, consacrés à André Gide et à François Mauriac, dont la parution est reportée à septembre. " . (2)

 

© photographie François Benedetti.

Cette crise, risquant de perdurer, favorisera-t-elle l'émergence d'une nouvelle façon de travailler ? Bien que depuis longtemps, les libraires travaillent par Internet, éditant leurs catalogues sous le format papier mais aussi sous le format PDF ? Et, de nombreux sites permettent d'acheter par Internet tels livre-rare-books.com ou Abebooksfr ou .....

" Je ne le crois pas vraiment, souligne Anne Lamort. Il y a depuis maintenant des années deux types de clients et la cloison est assez étanche entre eux. Ceux qui préfèrent gagner du temps en consultant Internet (majoritaires), ont finalement plus d'opportunité en ce moment pour regarder dans les sites de livres anciens. Ceux pour qui un achat signifie une conversation avec le libraire, sont évidemment très frustrés actuellement. Mais ils reviendront sur la scène, « affamés », sans avoir pour autant changé leurs habitudes. Bien sûr ils continuent de lire les catalogues PDF et retiennent des livres, mais pour eux, l'acte d'achat est nécessairement lié à une rencontre physique, avec le livre et avec le libraire. ".

Pour Hervé Valentin, " en effet ces habitudes sont déjà prises pour nombre de libraires et je ne pense pas que cette crise influe sur leur manière de travailler. En revanche, pour ceux de nos confrères qui travaillent en grande partie grâce aux salons et aux simples « déballages » réguliers, il est évident qu’ils traversent une vraie crise d’où, personne n’est devin, devrait sortir une nouvelle façon de travailler au risque de souffrir très sérieusement de cette parenthèse forcée. ".

La question ne se pose pas pour Thierry Neveux, celui-ci n’ayant plus de boutique physique depuis 2009. " Je travaille depuis cette date uniquement sur les salons du livre ancien et sur Internet (Livre-rare-book, Abebooks, site perso et Ebay).".

Pour Henri Vignes son activité de vente en ligne de livres de lecture ou de documentation basée en Limousin bat son plein,"  le nombre des commandes ayant presque doublé depuis un mois ! Nos clients sont très demandeurs, et nous allons d'ailleurs leur envoyer depuis Eymoutiers le catalogue (papier) de la bibliothèque de Raymond Josué Seckel, qui fut directeur à la Bibliothèque nationale du département de la Recherche bibliographique, avec plus de 400 livres.".

Quelles conséquences pour les libraires qui ont un magasin ? Pour les libraires "en chambre" ?

" Il est certain que les librairies sur rue sont doublement désavantagées : elles perdent à la fois une partie de leur clientèle et les frais liés à la location d'une boutique. Tandis que les libraires en chambre semblent reconnaître un maintien, voire une augmentation de leurs ventes. Il faut toutefois à tout prix conserver la visibilité du livre en ville. Que deviendra la bibliophilie une fois que toutes les boutiques auront disparu ? Ce sont elles qui, inconsciemment, forment la colonne vertébrale de cette spécialité " souligne avec justesse Anne Lamort.

Pour Hervé Valentin, " c’est un peu comme pour ceux qui font des salons et des marchés : seul le web est la voie du salut ! Mais il est évident qu’un libraire qui a une boutique aujourd’hui, ou encore plus qui travaille « en chambre » est déjà présent sur le net. D’une manière ou d’une autre, il avait déjà ces outils avant la crise. ".

Thierry Neveux  le plus grand manque actuel est le non-échange physique avec les clients " pour Thierry Neveux. 

Pour Henri Vignes dont la librairie se trouve dans le quartier latin, " les librairies anciennes ayant pignon sur rue offrent l'occasion de multiples découvertes et rencontres, et leurs devantures attisent la curiosité et parfois l'émerveillement des chalands. La crise actuelle plonge la clientèle dans un profond désarroi, portant un grave préjudice à notre activité. ".

Cette crise aura-t-elle un impact sur le monde du livre et des bibliophiles comme on le craint très fortement pour le marché de l'art contemporain  menacé par la fermeture de très nombreuses galeries ?

" Très franchement, selon Hervé Valentin je ne le pense pas. Peut-être déjà parce que le livre, confinement ou pas, continue de voyager. En effet, l’autre sujet majeur est celui de la Poste et autres services de transport. En ce moment, les choses sont très compliquées, en particulier pour ceux qui n’utilisent exclusivement que les services de la Poste. Cependant rien n’est complètement arrêté, fort heureusement et il y a aussi les transporteurs type UPS, TNT etc. qui travaillent et prennent la relève de la Poste le cas échéant. D’autre part, et c’est peut-être aussi une différence importante avec le marché de l’art, les livres sont un objet facile à reproduire : je veux dire qu’un bibliophile qui ne peut plus voir et toucher un exemplaire peut le voir en photo et lire une description précise du libraire. Il y a pour le monde de la librairie une vraie tradition à ce sujet, je veux parler des catalogues de libraire. ".

Réponse toute positive et dynamique d’Anne Lamort. " Un impact financier temporaire, certainement. Pour le reste, je n'y crois pas. Pas plus que je ne crois au "monde d'après" qu'on nous vend à longueur de journée. Il sera comme le monde d'avant. Les gens, les institutions, les nations, les choses ont une boussole. Passé le coup de vent, toutes les voiles se remettront dans leur direction propre."

Conclusion toute en interrogation pour Thierry Neveux, Obligatoirement, mais dans quelle mesure ??? ".

 

(1) Un vernissage virtuel pour le Salon International du Livre Rare 2020 - Paris  http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/04/un-vernissage-virtuel-pour-le-salon-international-du-livre-rare-2020-paris-i.html

(2) Anne Lamort et Henri Vignes furent présidents du Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM). Hervé Valentin, librairie Walden à Orléans, est l’actuel président.

 

Le rédacteur de cet article est membre du Comité d’honneur du Salon International du Livre Rare.

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