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Impériale Tefaf 2015 Maastricht (acte III). Comme un Cabinet des merveilles ou Kunstkammer

Anonyme néerlandais, Le Monde sur un pied avec les sept péchés capitaux, après 1567. Huile sur bois, 47,5 x 33,5 cm.. Galerie Salomon Lilian, Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer

La Tefaf est toujours l'endroit d'étranges découvertes. Direction le stand de Salomon Lilian, non pour l'huile sur panneau du très sévère portrait de l'empereur Servius Sulpicius Galba par Peter Paul Rubens qu'il présente mais pour une mystérieuse huile sur panneau Le Monde sur un pied avec les sept péchés capitaux. Titre étrange pour ce tableau d'un anonyme néerlandais, après 1567. La seule indication qui pourrait nous aider à sa compréhension est inscrite en bas de ce panneau : De Werelt is op eenen goeden voet gestelt / Maer daer is noch eene exterooge die haer quelt (Le Monde est posé sur un beau pied / Mais il y a toujours quelque chose qui le perturbe).

Que représente-t-il ? Un globe impérial surmonté d'une croix en or posé sur un pied droit, très propre, aux ongles soigneusement coupés. Sur le globe figurent un ours, un chien, un sanglier, un âne et une chèvre entourant un paon faisant la roue et tout en bas un crapaud. Sept animaux donc mais, quelle peut en être l'explication ? Seraient-ils ceux de l'arche de Noé ? Ceux du Jardin d'Eden ? Pourquoi ce paon faisant la roue au milieu de la composition ? Pour notre regard contemporain, l'hermétisme total face à cette étrange composition dont l'on ne perçoit pas la signification, le pourquoi de ce lien entre un pied et un globe. La solution est à chercher dans des ouvrages du temps, renvoyant à des symboles, symboles connus de tous à cette époque.

Voici donc les clefs de cet mystérieuse œuvre. Le globe, la souveraineté universelle. Surmonté d'une croix, c'est l'un des insignes des empereurs germaniques. Ici cette sphère renvoie vers l'art religieux lorsqu'elle est placée dans la main du Christ ou de Dieu le père. Le paon, l'orgueil, se tenant au milieu des animaux ou Superbia ; il fallait bien qu'il trône. Le chien l'envie ou Invidia. L'ours, la colère ou l'Ira. Le cochon, la gourmandise ou Gula. Le crapeau, l'avarice ou Avaritia. L'âne, la paresse ou Acedia. Et la chèvre, la luxure ou Luxuria.

 

Impériale Tefaf 2015 Maastricht (acte III). Comme un Cabinet des merveilles ou Kunstkammer

La Chasse au sanglier ou Décembre, h. 320 cm x l. 423 cm. Laine et soie. Tapisserie de la « Tenture des Chasses de Maximilien » de Meersburg, d’après des cartons réalisés par Bernard van Orley. Bruxelles, vers 1550-1570. Remerciements à la Galerie J.Kugel, Paris

Cette œuvre a toute sa place dans un Cabinet des curiosités dont je verrai volontiers les murs tendus de merveilleuses tapisseries présentées par Alexis et Nicolas Kugel, sur leur stand, comme d'habitude éblouissant. Ils ont choisi de donner toute son importance à la tenture des « Chasses de Maximilien » de Meersburg (acquises vers 1758 par Franz Konrad von Rodt, prince-évêque de Constance, pour sa future résidence à Meersburg sur le lac de Constance), tenture de sept tapisseries en laine et soie, d'une longueur de plus de 23 mètres, d’après des cartons réalisés par Bernard van Orley, Bruxelles (vers 1550-1570). Elle est disposée sur les murs d'une pièce avec des bronzes de Giuseppe Piamontini (vers 1713) et d'Hubert Gerhardt (1580) et un plateau en marqueterie de bois fruitiers figurant les victoires de l'empereur Charles V (vers 1556-1560).

Que représentent-elles ? Le Départ de la chasse ou Avril, La Collation dans la forêt ou Juin, Le Rapport ou Juillet, La Curée ou Octobre, Le Repas avant l’attaque ou Novembre, La Chasse au sanglier ou Décembre et Le sanglier vaincu ou Janvier. Pour l'élaboration de ces sept pièces, le cartonnier et le lissier se sont inspirés de la tenture communément appelée Les Chasses de Maximilien, mais plus exactement Les Chasses de Charles Quint, dessinée par Bernard van Orley vers 1528-1531 et tissée, entre 1531 et 1533, à Bruxelles. Les douze pièces de la première édition, conservées au Musée du Louvre, représentent des scènes de chasse (faucon, cerf et sanglier) se déroulant dans la forêt de Soignes près de Bruxelles.

Ces sept pièces ont conservé leurs couleurs originales, d'une fraîcheur remarquable ; chacune figure une scène de chasse se déroulant dans un paysage boisé ou situé à l'orée de la forêt. Univers exclusivement masculin puisque tous les chasseurs et leurs aides sont des hommes à l'exception de la femme montant en amazone dans Départ de la chasse ou Avril. Tous sont représentés à l'antique, c'est-à-dire vêtus d'armures militaires leur conférant l'aspect de soldats. Ma tapisserie préférée ? Celle de Décembre ou La Chasse au sanglier dans laquelle un énorme sanglier est attaqué par trois chiens dont l'un est revêtu d'un mantelet.

 

Impériale Tefaf 2015 Maastricht (acte III). Comme un Cabinet des merveilles ou Kunstkammer

Éléments d'un jeu, Inde, Rajasthan, 19e siècle. Galerie Ben Janssens Oriental Art, Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer

J'ajouterai pour élargir géographiquement ce Cabinet de curiosités un ensemble de 16 éléments d'un jeu en verre coloré provenant du Rajasthan, Inde, 19è sicle (chez Ben Janssens Oriental art) et des sculptures du continent africain (chez Jean-Baptiste Bacquart) dont une immense tête sculptée, vers 1880, provenant de la République démocratique du Congo.

Impériale Tefaf 2015 Maastricht (acte III). Comme un Cabinet des merveilles ou Kunstkammer

Vue de la Galerie Jean-Baptiste Bacquart, Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer

Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht
Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht

Photographies défilantes de la Tefaf 2015, Maastricht © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Tefaf 2015, Maastricht

TEFAF Maastricht

13-22 mars 2015

de 11h à 19h, le dimanche 22 mars jusqu'à 18h

entrée 40 euros, pass 125 euros

Internet www.tefaf.com

Tag(s) : #Salons et foires d'art

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