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LE CURIEUX DES ARTS

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Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Acclamée, une Clémence de Titus, toujours actuelle - Acclamata, una Clemenza di Tito, sempre attuale – Teatro La Fenice - Venise

Publié par Gilles Kraemer sur 23 Novembre 2025, 16:48pm

Catégories : #Italie, #Opéra et Musique, #Venise

Gilles Kraemer

séjour et déplacement personnel à Venise

Mozart, La Clemenza di Tito, acte I - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

Deux moments très forts dans la vie vénitienne chaque fin du mois de novembre. Le 20, soirée inaugurale à La Fenice de la nouvelle Saison lyrique dans ce temple du chant. Le 21, la Festa della Madonna della Salute, dès 5h 45, heureusement ignorée des touristes, célébration très religieuse et populaire, dans un lien intense avec l’histoire de la ville des doges depuis 324 années. (1)

Le "black tie" recommandé pour cette soirée et respecté par presque tous les invités du parterre, l’équipe du metteur en scène au moment du salut final, encore plus par les nombreux journalistes, ma consœur italienne en robe longue.

Mozart, La Clemenza di Tito © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, La Fenice, jeudi 20 novembre 2025, Venise.

Très attendues, la direction du britannique Ivor Bolton et la nouvelle mise en scène de Paul Curran pour La Clemenza di Tito de Mozart, - une leçon manifeste à l’attention de certains des Princes de notre planète, détenteurs de pouvoirs énormes mais peu, sinon pas, habitués à la clémence, ce pardon que l’empereur romain Titus accordera à tous ceux qui voulurent le trahir et le tuer -.

Mozart, La Clemenza di Tito © Gilles Kraemer Le Curieux des arts, La Fenice, jeudi 20 novembre 2025, Venise.

Si la scénographie de Gary Mc Cann – sa 3ème avec Paul Curran à La Fenice après Ariadne auf Naxos et Peter Grimes – affiche sur le fronton de la scène la maxime vulnerant omnes, ultima necat / toutes blessent, la dernière [heure] tue – clin d’œil au cadran d’horloge au plafond de la fosse ou memento mori ? - trois heures plus tard sept minutes de chaleureux applaudissements accueillaient cette Clémence couverte de brava, bravo, bravi ininterrompus pour la fosse et le plateau. (2).

© Gilles Kraemer Le Curieux des arts, La Fenice, jeudi 20 novembre 2025, Venise.

Réussite pour le nouvel Surintendant et directeur artistique Nicola Colabianchi, nommé en mars de cette année, pour sa première Saison – bien que le choix de cet opéra en revienne à son prédécesseur Fortunato Ortombina aujourd’hui à La Scala -. Avec le bémol de l’atmosphère Senso de Luchino Visconti. En 1866, il s’agissait d’une manifestation nationaliste italienne Viva Verdi contre l’occupation autrichienne de la Sérénissime avec une pluie de tracts. Aujourd’hui, en même temps que les applaudissements, les tracts tombant du paradis dénoncent l’ingérence du pouvoir et l’orchestre manifeste bruyamment en tapant des pieds. (3)

Allégresse et dynamisme, élégance et vivacité, faisant ressortir et ressentir tous les contrastes émotionnels et tragiques de ce dramma serio, telle fut la lecture de la partition de Mozart par le maestro Ivor Bolton. Largement applaudi avant le lever de rideau de l’acte II, dirigeant les mains nues, dans une attention constante avec le plateau, dans une connivence avec l’orchestre de La Fenice remarquable d’exécution dans cette soirée cruciale d’ouverture de la Saison. Toute cette vivacité était palpable dès l’ouverture. Magie et bonheur. Osmose parfaite avec le chœur de La Fenice - maitre du chœur Alfonso Caiani -, dans l’excellence de sa présence. Mise en scène tellement lisible et classique de Paul Curran. Chacun des intervenants est bien caractérisé, placé, mais il manque " un je ne sais quoi " pour briser et déranger cette indéniable élégance que l’on retient du plateau.

Mozart, La Clemenza di Tito, acte I - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

Prolongeant la pensée du metteur en scène, les beaux décors rigoureux de Gary McCann. Pour le premier acte, celui de la maturation du complot, hall de marbre immense et froid du palais d’un Prince du monde. Tout est linéaire et tiré au cordeau, quelques marches, trois bas-reliefs, quatre statues dont l’une n’a plus sa tête. Le blanc prédomine que viendront enchanter les lumières sculptantes de Fabio Barretin, caractérisant la personnalité de chacun des chanteurs ou l’ensemble du plateau d’un bleu violet, d’un bleu grisé ou du rouge de l’incendie du Capitole, jouant de l’ombre de certains protagonistes. 

Mozart, La Clemenza di Tito, acte I - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

La fin de cet acte, dans l’évocation de la bombe destructrice de Sextus, se conclut par un  compte à rebours de deux minutes projeté sur le tulle du proscenium, s’arrêtant, à la seconde près, sur le dernier mot d’Oh nero tradimento, / oh giorno di dolor ! L’acte II s’ouvrira sur le palais dévasté, un mur éventré sous le souffle de l’explosion, se reconstituant à la fin, symbole du pardon de Tito à son ami Sesto qui l’avait trahi par amour pour l’ambitieuse Vitellia. Pouvoir de la femme. Magnanimité de l’homme.

Mozart, La Clemenza di Tito, Cecilia Molinari, acte I - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

Dans ses débuts dans le rôle de Sesto, Cecilia Molinari s’affirme dans son interprétation crédible, habillée d’un costume que Garry McCann a souhaité bleu gris puis vert profond puis rouge profond dans la caractérisation de l’évolution de ses états d’âme. Son Parto, ma tu, ben moi, / meco ritorno in pace face à Vitellia, le grand air Oh dei, che smania è questa ! dans son interrogation de douleur jusqu’à la dramaturgie de Deh per questo istante solo / ti ricorda il primo amor sont largement applaudis. Nul excès dans la ligne vocale de la soprano dans une synthèse entre virtuosité impeccable et équilibre émotionnel tout au long de la soirée.

Splendide robe orangée mordorée pour la Vitellia d’Anastasia Bartoli, dans l’affirmation qu’elle est prête à tout, dans son ambition à devenir impératrice. Puis robe rouge framboise dans l’acte II, celui de sa fragilité, prête à se dénoncer. Voix de soie affirmée dans Deh, se piacer mi vuoi, / lascia i sospetti tuoi largement applaudi.  Une tournure de tragédienne dans laquelle elle excelle par sa forte présence scénique lorsqu’elle laisse apparaître ses fragilités et sa remise en cause d’Ecco il punto, o Vitellia, / d’esaminare la tua costanza. Généreuse dans son phrasé.

Mozart, La Clemenza di Tito, acte II - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

Dans une distribution uniquement italienne, le phrasé du ténor allemand Daniel Behle, fait surgir, parfois, quelques troubles. La mise en scène, avec son corps trop maîtrisé, le dessert, ne permettant pas l’affirmation du souverain qu’il est et qu’il doit toujours être, maître de ses sentiments. Le fait de le faire apparaître, dans l’acte II, dans un lit d’hôpital avec quatre transfusions – précision pas vraiment nécessaire pour expliquer qu’il a échappé à une conjuration – n’est nullement bienvenu pour ce rôle-titre.

Mozart, La Clemenza di Tito, Nicolò Balducci & Francesca Apromonte - Fondazione Teatro La Fenice - Foto © Michele Crosera.

Un contre-ténor, au lieu d’une soprano pour le rôle d’Annio dont Nicolò Balducci revêt le costume. Dans une belle complémentarité avec son ami et futur beau-frère Sesto, nullement un rôle secondaire que sa présence et son registre sûr affirment. Sa déclaration de Mi perdo s’io non parto, anima mia à Servilia, Francesca Aspromonte, est magnifique dans son phrasé suppliant que leur duo d’amoureux Più che sento i sensi tuoi / in me cresce più l’ardor confirme. Moins affirmée scéniquement, légère faiblesse du metteur en scène, Francesca Apromonte la douce Servilia si on la compare à Vitellia, est parfaite de pureté et de précision. Domenico Apollonio caractérise avec bonheur Publio.

La Fenice comme on l'aime.

 

(1) https://www.patriarcatovenezia.it/festa-della-salute-2025-informazioni-generali/

(2) https://www.lecurieuxdesarts.fr/la-clemenza-di-tito-inaugure-la-saison-2025-2026-de-la-fenice-venise.la-clemenza-di-tito-di-mozart-inaugura-la-stagione-2025-2026-del-teatro-la-fenice-la-fenice

(3) Viva Verdi ou Viva Vittorio Emanuele re dItalia

Wolfgang Amadeus Mozart, La Clemenza di Tito dramma serio per musica in due atti KV 621, libretto di Caterino Mazzolà. Prima rappresentazione assoluta: Praga, Teatro Nazionale, 6 settembre 1791

Orchestra e Coro del Teatro La Fenice

chef d'orchestre Ivor Bolton               

mise en scène Paul Curran                   

décors et costumes Gary McCann  //  lumière Fabio Barettin

nouvelle mise en scène Fondazione Teatro La Fenice

Tito Vespasiano Daniel Behle ténor   //    Vitellia Anastasia Bartoli soprano      

Servilia Francesca Aspromonte soprano  //  Sesto Cecilia Molinari mezzo-soprano

Annio Nicolò Balducci contre-ténor  //  Publio Domenico Apollonio basse

Cinq représentations, du jeudi 20 au dimanche 30 novembre 2025

https://www.teatrolafenice.it/

© Gilles Kraemer Le Curieux des arts, La Fenice, jeudi 20 novembre 2025, Venise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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