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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Ce siècle avait un an ! Déjà Ingres perçait sous Jean Auguste Dominique

Publié par Gilles Kraemer sur 2 Novembre 2021, 19:53pm

Catégories : #Expositions France, #Italie, #Prix et récompenses, #Rome

 

Gilles Kraemer (envoyé spécial)

 

 

 

Et du futur pensionnaire de la Villa Médicis, déjà, par maint endroit / Le front du futur romain brisait le masque étroit. Une façon hugolienne de présenter l’entrée sur la scène de l’histoire de l’art du montalbanais, futur directeur de l’Académie de France à Rome et membre de l’Académie des beaux-arts.

Jean Auguste Dominique Ingres, Jean Charles Auguste Simon, dit Simon fils, an 11 (1802-1803). Fusain et estompe, crayon noir, rehauts de craie blanche sur papier vélin. 42,2 x 37,7 cm.. Orléans, musée des Beaux-Arts, inv. 791 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer.

1801, l’élève de Jacques Louis David (1748-1825) est récompensé par le prix du concours de la demi-figure peinte avec Torse d’homme décerné par l’École des beaux-arts dont il sera l’un des directeurs. Second prix de Rome en 1800 avec Antiochus envoie à Scipion malade son fils fait prisonnier, il obtient le premier prix de Rome l’année suivante avec Achille recevant les ambassadeurs d’Agamemnon, démonstration de la maîtrise de son excellence dans les académies du corps. Le prix du concours de la demi-figure peinte lui sera une nouvelle fois décerné avec un autre Torse d’homme. Il devra attendre la pacification des États Pontificaux et la restauration de l’Académie de France à Rome dans son nouveau siège, celui de la Villa Médicis, avant d’y être pensionnaire de l’automne 1806 à 1810.

Le musée des Beaux-Arts d’Orléans est-il devenu le lieu emblématique du " work in progress " de l’histoire de l’art ? En 2017, première rétrospective consacrée à Jean-Baptiste Perronneau. " Résurrection " de l’orléanais Jean-Marie Delaperche en 2020. Poursuite cette année 2021 avec l’enquête Sur les traces du Saint Thomas de Velázquez, commissariat scientifique de Corentin Dury. (1)

Nouvelle enquête cet automne 2021 avec cette " exposition dont le propos est la découverte du jeune Ingres dessinateur, propos jusqu’à présent évoqué mais jamais étudié " insiste Mehdi Korchane, son commissaire scientifique. Qui était Ingres (1780-1867) avant son séjour en Italie, " dans l’antichambre de ce voyage, durant les cinq années qui séparent son succès au Prix de Rome et son départ pour la Ville éternelle " souligne Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans, commissaire de l’exposition Ingres avant Ingres. Dessiner pour peindre ?

Jean Marie Joseph Ingres, Fleuve ou La Garonne, ca 1790. Sanguine. 44,5 x 62,5 cm. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts

Tout commence, dans cette pertinente exposition au parcours chrono-thématique, avec deux dessins de jeunesse conservés à Orléans, deux dessins de l’ami Jean Charles Auguste Simon, « deux dessins charnières ». L’un de 1802, pierre noire et estompe, œuvre de virtuosité cruciale dans le travail de l’estompe sur le vêtement, le visage traité en miniature avec un travail de hachures. L’autre de 1806, à la veille de son départ pour Rome, crayon de graphite-antimoine, prototype du dessin crayon qu’il développe en Italie, " l’image idéale du portrait " précise Medhi.

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts

Que sait-on d’Ingres, de sa jeunesse ? De son père, le peintre Joseph (1755-1814), membre correspondant de l'académie royale de peinture de Toulouse sur la présentation de la sanguine Fleuve (ca 1790), - le jeune Ingres sera élevé dans le crayon rouge - sachant "  passer de la réalisation d’ornements Louis XVI  à l’organisation des fêtes officielles de la municipalité de Montauban sous la Révolution et l’Empire ", franc-maçon, père de 7 enfants, volage ? De lui, quelques dessins que son fils copiera Jean Moulet (1785 et 1791). Son père suit la scolarité de son fils, l’inscrit en 1791 à l’académie royale de peinture de Toulouse dans l’atelier de Joseph Roques (1757-1847), peintre d’histoire, où il étudie la figure, la bosse, le modèle vivant et la composition, emportant en 1797, le prix du modèle vivant. Il rejoint Paris en octobre 1797, intégrant l’atelier de David. Son objectif est maintenant le prix de Rome.  

Ingres est marqué par le génie d’Isabey qui invente le portrait dessiné à la manière noire avec le travail de l’estompe étalée, Simon Chenard ou Hubert Robert, présentés à côté d’un Portrait d’homme de Dominique.

J.A.D. Ingres, Danaé, d'après une gravure de  Giulio Bonasone. Graphite. 10,6 x 9,5 cm. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts

Un mur de dessins révèle la pratique quotidienne de l’acte de dessiner, des exercices de dessins à l’encre brune et à la plume, pratique qu’il continuera et qu’il prescrira. Quelques dessins à connotation érotiques, d’après des gravures anciennes, sont l’expression de sa quête de liberté. Il copiera également Dürer.

J.A.D. Ingres, Aglaé Adanson, ca 1802-1803. Pierre noire et estompe. diamètre 15.5 cm.  © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts.

La salle des " figures du désir " marque ses débuts de portraitiste parisien avec une présence féminine importante. Aglae Adanson (ca 1802-1803) sensible, virtuose, pierre noire dans laquelle transparait la sensualité de la bouche ouverte du modèle comme si elle nous parlait, Henriette Harvey et Élisabeth Norton (ca 1802-1804), sa fiancée Julie Forestier (1806)

Une fois le prix de Rome obtenu, dans l’attente du départ pour l’Italie, le marché de l’estampe lui offre un moyen de subsistance ; il participe au Musée français, recueil de tableaux, statues et bas-reliefs. Ne souhaitant pas inclure les statues qu’il dessine dans un espace neutre, il en trace l’ombre portée sur la paroi, lui apportant plus de relief, de dynamisme, comme si elles se trouvaient dans la galerie des Antiques.   

Au fond, Achille recevant les ambassadeurs d'Agamemnon, prix de Rome 1801. Au premier plan, Torse d'homme, 1800. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts.

Très proche de son maître David en copiant Le Serment des Horaces (ca 1802), il s’en détache avec des images mythologiques d’Ulysse et Nausicaa (ca 1801-1802) jusqu’au basculement de Jupiter et Mercure chez Philémon et Baucis (ca 1802-1803) à l’éclairage rigoureux dans une projection d’ombres très fortes. Avec Salmacis et Hermaphrodite (ca 1804-1806), il dépasse la reproduction servile des corps pour chercher une grâce dans une déformation de l’anatomie.

J.A.D. Ingres, Vénus blessée par Diomède, ca 1805. Huile sur panneau. 26,6 x 32,6 cm. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts.

Vénus blessée par Diomède (ca 1805) est sa première peinture d’histoire peinte à Paris, composition de son invention dans une déformation de l’anatomie féminine. Il est bien loin maintenant de son maître. Sollicité par le régime impérial avec Le passage du Rhin ou Napoléon au pont de Kehl (ca 1806 ou 1851) avec Napoléon, dans un mouvement martial, se levant de son trône pour accompagner son armée; une référence à son Napoléon 1er sur le trône impérial (ca 1806). Soutenu par le nouveau pouvoir, il ne lui restera plus qu'à veiller sur le sommeil de l’Empereur avec Le Songe d’Ossian ou Ossian visité par les ombres de ses ancêtres pendant son sommeil peint pour le plafond de la chambre du palais romain de Monte Cavallo.

 

Ingres avant Ingres. Dessiner pour peindre

18 septembre 2021 – 9 janvier 2022

Musée des Beaux-Arts d’Orléans

Commissariat d’Olivia Voisin

Commissariat scientifique de Mehdi Korchane, responsable des arts graphiques des musées d’Orléans.

Remarquable catalogue sous la direction de Mehdi Korchaire (responsable des arts graphiques des musées d’Orléans). Préface d’Adrien Goetz. Contributions de Sidoni Lemeux-Fraitot, François-René Martin, Louis-Antoine Prat, Alice Thomine-Berrada, Florence Viguier-Dutheil, Laurence Clivet, Yvan Coquinot, Éric Pogliano. 272 pages. Éditions Musée des Beaux-Arts d’Orléans / Le Passage. Prix 35 €.

Livret d'aide à la visite offert

Conférence Nouveau regard sur la jeunesse d’Ingres par Mehdi Korchane, commissaire de l’exposition, samedi 27 novembre à 15h.

(1) http://Jean-Baptiste Perronneau. Portraitiste de génie dans l’Europe des Lumières  http://Le mystère Jean-Marie Delaperche élucidé par le musée des Beaux-Arts d’Orléans  http://Du Saint Thomas de Diego Velázquez. Une nouvelle enquête au musée des Beaux-Arts d’Orléans !

Cette exposition permet de découvrir le nouveau parcours du musée, ouvert cet automne, des années 1815 à 1870. 348 oeuvres au lieu de 70 sont maintenant présentées, du voyage en Italie au Salon dans son apothéose du grand format. 

Achille-Etna Michallon (1796 - 1822), Vue de la Villa Médicis, ca 1819. Huile sur papier marouflé sur toile. Legs Cogniet - Thévenin en 1892 (détail) © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts 

Au Salon au XIXe : l'apothéose du grand format © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, musée des Beaux-Arts

 

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