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LE CURIEUX DES ARTS

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Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Le fil rouge embrouillé du Giulio Cesare in Egitto selon Damiano Michieletto – Théâtre des Champs-Elysées

Publié par Gilles Kraemer sur 15 Mai 2022, 21:28pm

Catégories : #Opéra et Musique, #Venise

Gilles Kraemer

mercredi 11 mai 2021, première, rang A d'orchestre, place achetée

Haendel, Giulio Cesare in Egitto / Gaëlle Arquez © photographie Vincent Pontet, 2022.

Carton rouge pour la mise en scène fils rouges de Damiano Michieletto à l’issue de la première de Giulio Cesare au Théâtre des Champs-Elysées ! Huées instantanées accueillant sa version de l’opéra de Haendel à l’issue de trois heures 10 de musique irréelle qui n’en parurent que quelques secondes tellement l’union entre un plateau divin et un orchestre survolté fut au rendez-vous de cette première très parisienne très, trop "attendue" de Giulio Cesare. Attendue pour le choix impérial et convainquant de la distribution. Attendue pour la première direction d’une version scénique d’un opéra sous la baguette du contre-ténor Philippe Jaroussky applaudi avant même que la première note ne surgisse de la fosse.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto / Chanteurs, chef, metteur en scène © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 11 mai 2020.

Une soirée qui aurait dû être parfaite, une quadrature du cercle espérée mais, voilà, quelques fois un virage trop rapide, des images intrigantes et la mise en scène dérape et tombe dans la fosse.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto © photographie Vincent Pontet, 2022

D'habitude, ne surtout pas écouter les avis. D'une amie, invitée de la générale : je préfère ne rien te dire, tu verras par toi-même. Le doute s’instille. D'un habitué de cette maison, rencontré à l'entracte dès la première image de l'ouverture voir Pompée mort - ressemblance incroyable avec le profil de Jannis Kounellis - attaché à de grands élastiques rouges et n'arrivant pas à s'en libérer.... et cette façon de faire le ménage, d'épousseter un fauteuil sur lequel les cendres de Pompée sont tombées, quel ridicule. N'est pas Robert Wilson qui veut ! Qu'en retenir au baisser de rideau ? 

Haendel, Giulio Cesare in Egitto © photographie Vincent Pontet, 2022.

Tout était pourtant acceptable tout au long de l'acte I et des premières scènes de l'acte II, par des images fortes sous la maîtrise des éclairages du romain Alessandro Carletti, sculpteur impressionnant de la lumière pour magnifier les ambiances. Sextus / Franco Fagioli plantant un olivier à la mémoire de son défunt père. Les trois Parques pesant l'âme de Pompée. Cornelie / Lucile Richardot, nettoyant de son mouchoir, façon Elektra, le sol taché du sang de la tête de son époux. Les cendres de Pompée tombant des cintres dans le poignant Son nata a lagrimar, / e il dolce moi conforto, peut être le sommet de cet opéra, duo Fagioli / Richardot, à en pleurer ; comment ne pas être ému de l’émotion de ce fils et de la souffrance de la mère Les neuf chandeliers (pas très beaux) que César / Gaëlle Arquez et Cléopâtre / Sabine Devieilhe éteignent, la dernière chandelle étant soufflée par l'Égyptienne. Gaëlle Arquez dans le temps de déclaration d'amour sublime - mais tout est sublime dans ce Haendel comme l'est également son oratorio Théodora - V'adoro pupille, / saettte d'amore. Le fil rouge de la vie sortant de la bouche du défunt Pompée, une belle image dans ce décor très white cube japonisant, tout en subtilité et créativité de Paolo Fantin.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto / Gaëlle Arquez & Sabine Devieilhe © photographie Vincent Pontet, 2022.

Mais tout se gâte après l'entracte. Est-ce vraiment le même metteur en scène ? Va encore que le fantôme de Pompée se mette à poil - on a évité le poncif du lavabo vomitoire du metteur en scène de Garnier dans le Haendel de cet hiver – avant de rejoindre les Parques très présentes au fond du plateau. Et, pourquoi imposer, à cet acteur nu, sa transformation en statue pour rester immobile – le pauvre - pendant les trente minutes précédant "l’assassinat symbolique" de Jules ? Ceux qui connaissent leur Rome antique  comprendront.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto © photographie Vincent Pontet, 2022.

Que viennent faire les sept romains en toge, prémonition des Ides de Mars ?  Le prémonitoire appuyé commence à lasser dans son insistance comme si le présent ne se suffisait pas à lui-même. Le comble est atteint lorsque Sabine Devieilhe, un crâne d'animal sur la tête, - l'on en demande encore la signification -, mais qui a eu le temps de changer de robe - l’on n’en est pas moins royale en toutes circonstances comme la Cléopâtre d’Astérix -, rampe pendant le sublimissime et poignant Se pietà di me non senti ? Pourquoi de telles gesticulations et masquer sa voix ? Va encore que Franco Fagioli / Sextus se dessape et revête les habits du défunt paternel mais pourquoi une Parque verse-t-elle le lait sacrificiel sur la tête de Pompée ? Le fil rouge devient subitement très présent et envahit tout le plateau d’un réseau inextricable dans lequel se débattent les chanteurs. Le vénitien Damiano se souviendrait-il du Pavillon japonais de la Biennale 2015 consacré à Chiharu Shiota (1972), la Japonaise représentée à Paris par le galeriste Daniel Templon ? Dans une étonnante concordance de proximité, le musée national des arts asiatiques - Guimet a donné carte blanche à cette artiste jusqu’au 6 juin 2022.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto, au moment du salut final © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 11 mai 2020.

Pourquoi Gaëlle Arquez lors d’Io fra l'onde nuotando ad Lido giunsi devant un rideau en plastique lacéré par les conjurés des Ides, encore une resucée pour les spectateurs ayant lu Les 12 César ? Connaissant Félix Gaffiot par cœur. Apollon, ordonnateur des jeux des Grâces et des Muses, selon la peinture de Maurice Denis manifestera sa désapprobation, le ridicule rideau de plastique transparent de ql’acte IV, tombant sur la scène et la fosse au moment du salut. Cela me faisait souvenir d’un morceau du décor se détachant lors des Troyens à Bastille, le 17 mars 1990, lors du premier baisser de rideau de cet opéra nouvellement inauguré. Mais, ce samedi à l'OnP, l’accueil avait été triomphal.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto / Gaëlle Arquez & Carlo Vistoli © photographie Vincent Pontet, 2022.

L'orchestre ? Une Ferrari dans la fosse. Philippe Jaroussky, directeur musical de l’Ensemble Artaserse à la tête de cette formation musicale dans une communication parfaite, largement palpable, ne cessera de chanter le livret. Applaudissements impériaux comme le furent ceux accueillant mesdames  Arquez et Devieilhe. Assis au premier rang, quel plaisir d’écouter le trompettiste Jean-François Madeuf au moment de la rencontre très diplomatique-hypocrite César / Ptolémée ou le premier violon Andres Gabetta, débout, dans le Se in fiorito ameno prato de César. 

Arias et duos divins chez Georg Friedrich, dans cette fresque historique sur les bords du Nil mêlant pouvoir, veulerie, trahison, assassinat, guerre, séduction, complot, diplomatie. Amour, gloire et passion… à l’ombre de la Grande bibliothèque pour ce chef d’œuvre avec des personnages à la psychologie complexe et riche tant sur le plan musical que dramaturgique souligne Jaroussky dans le programme.

Gaëlle Arquez, entre autorité et affliction, Sabine Devieilhe dans la pureté de son timbre et Carlo Vistoli, amant efféminé selon sa sœur-épouse éclatant de veulerie emportent dans un éblouissement cet opéra, accompagnés de Francesco Salvadori, Paul-Antoine Bénos-Djian et Adrien Fournaison.

Ce 11 mai, il "fallait être" au T.C.E., dans une salle comble.  

Haendel, Giulio Cesare in Egitto © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 11 mai 2020.

Georg Friedrich Haendel, Giulio Cesare in Egitto, 1724

Opéra en trois actes (1724), livret de Nicola Francesco Haym, d'après un texte de Giacomo Francesco Bussani

Philippe Jaroussky | direction, à la tête de l’Ensemble Artaserse

Damiano Michieletto | mise en scène

Paolo Fantin | scénographie  -  Agostino Cavalca | costumes  -  Cécile Kretschmar | coiffure, maquillage, masques  -   Alessandro Carletti | lumières  -  Thomas Wilhelm | chorégraphie

Gaëlle Arquez | Jules César / Giulio Cesare, mezzo soprano

Sabine Devieilhe | Cléopâtre / Cleopatra, soprano

Franco Fagioli | Sextus / Sesto, fils de Pompeius, contre-ténor

Lucile Richardot | Cornelia, veuve de Pompeius, mezzo-soprano

Carlo Vistoli | Ptolémée / Tolomeo, frère de Cleopâtre, contre-ténor

Francesco Salvadori | Achille / Achilla, général des armées égyptiennes, baryton

Paul-Antoine Bénos-Djian | Nireno, confident de Cléopâtre, contre-ténor

Adrien Fournaison | Curio, tribun romain, baryton-basse

Théâtre des Champs-Elysées - Paris

mercredi 11 mai - dimanche 22 mai 2022

sous-titrage en français puis en anglais et non l’inverse comme dans les deux salles de l’Opéra nationale de Paris se complaisant toujours dans cette ineptie contre laquelle un académicien du quai de Conti s’était élevé.

Haendel, Giulio Cesare in Egitto © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 11 mai 2020.

 

 

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