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Publié par Gilles Kraemer

La musique et les voix ont sauvé Les Noces au Théâtre des Champs-Élysées face à la version que le cinéaste James Gray et le scénographe Santo Loquasto ont donnée de cet opéra bouffe. Les huées policés du public de la première et non de "timides sifflets" signifiaient une perceptible désapprobation à l'issue de trois heures de musique se terminant sur un acte IV désordonné visuellement.

 

Stéphane Degout & Vannina Santoni - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet.  

Allions-nous assister à une représentation sur tréteaux d'une Commedia dell'arte comme le laissait supposer le rideau de scène avec Polichinelle, Pantalon et autres ? Pas du tout dès que Figaro le soulève en début du premier acte.

 

Acte I. Anna Aglatova & Robert Gleadow - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

Qu'est-ce qui s'offre à nous ? Un décor façon Broadway imaginant le grenier d'un château en Europe avec des coins et recoins ou façon Châtelet 1960 du temps des opérettes. Un fauteuil au milieu, point central de la future action entre le Comte et Chérubin. Là, le décorateur doit se remettre en mémoire les Noces de Giogio Strehler. C'est d'un ennui sans fin.

 

Acte II. Vannina Santoni - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

Acte II, ce qui est supposé être la chambre somptueuse de la Comtesse. Une fenêtre sur la droite permettant à Chérubin de s'enfuir; chez Strehler c'était côté Jardin. Un lit à une place pour Rosine, ça fait longtemps que le couple fait chambre à part si on ne l'a pas encore compris. Un peu radin le Comte avec son épouse ! Pas très grand d'Espagne ! Une coiffeuse rose avec des draperies  façon cocotte. Ceci doit faire plus chic ! Un mobilier Louis XV, le comte n'a-t-il plus les moyens de se meubler en Louis XVI ? Avec l'adjonction d'un guéridon façon Biedermeier ? Très en avance ce meuble ?

 

Acte III  - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

Acte III.  Vannina Santoni - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

L'acte III devient le summum de l'étonnement avec un escalier à double évolution, architecturé façon cœur. Heureusement que Vannina Santoni ne le descend pas dans Dove sono i bei momenti / Di dolcezza, e di piacer. Il ne lui aurait plus manqué que les boys de Mistinguett j'ai de belles gambettes. Rien n'est crédible dans le hall de l'étrange demeure des Almaviva. Seul le jardin du dernier acte est un vrai jardin.

 

Acte IV. Stéphane Degout & Vannina Santoni. Carlo Lepore & Jennifer Larmore - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

James Gray pour sa première mise en scène d'opéra n'a pas voulu jouer la "Révolution" dans cette folle journée. "Ce qui m'intéresse est de me plonger littéralement dans l'œuvre et de me rendre compte le mieux possible des émotions qui y circulent.". Sa mise en scène suit au pied de la lettre le livret et, ici nous devons lui rendre grâce de n'avoir pas donné une interprétation contraire aux mots de Lorenzo Da Ponte comme ceci est très courant actuellement au théâtre ou à l'opéra. C'est tout à son honneur pour cette mise en scène. Mais aucune émotion, aucun souffle de sentiment. Le calme.

L'émotion se trouve dans les lumières subtiles de Bertrand Couderc qui caractérisent chaque air.

 

Acte II. Vannina Santoni & Stéphane Degout - Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet. 

Heureusement que les costumes de Christian Lacroix sont agréables. Son Goya, il le possède jusqu'au bout des doigts. Stéphane Degout en costume de chasse rouge ou en grand habit de cour est parfait. Vannina Santoni, dans sa robe de présentation à la cour, rouge de passion, est merveilleuse. Et donner à Suzanne / Anna Aglatova la robe blanche de la duchesse d'Albe, comme robe de mariée, quelle heureuse invention ? Est-ce dans la suggestion que Suzanne ne devienne un jour à Londres "la Suzanna / Secreta ambasciatrice. Non sarà, non sarà. Figaro il dice" comme le pressent Figaro dès le début.

Jérémie Rhorer, après sa Traviata donnée ici même, il y a juste un an, avec une Violetta / Vannina Santoni de rêve, revient avec l'orchestre du Cercle de l'Harmonie. Dès l'ouverture, il impose son tempo veloce qui sera celui de toute la représentation. Pas une seconde de répit pour cette musique et ce musicien dont il connaît toutes les subtilités.  C'est beau mais parfois trop rapide.

Stéphane Degout. Maîtrise parfaite du rôle oû il se glisse avec bonheur. L'on perçoit tous les tourments agitant le comte face à cette servante comme le lui rappelle la comtesse blessée, cette Suzanne "più che non turban me turba voi stesso".  Vannina Santoni, dès son apparition tel un ange, "O mi rendi il mio tesoro / O mi lascia almen morir" se place sur une constance qu'elle suivra dans les deux actes suivants. Une pureté de la voix, une rigueur soutenue. Elle est la femme blessée dans le souvenir de ses amours passées mais gardant son rang dans l'adversité. Anna Aglatova donne une belle interprétation de Suzanne. Le Figaro de Robert Gleadow que nous avions vu ici même dans Leporello en décembre 2016, d'un dynamisme fou dès son premier air laisse déployer toutes les profondeurs de ses graves. Eléonore Pancrazi / Chérubin se meut parfaitement dans ce rôle d'homme à la découverte des amours; soupirant entre Comtesse, Suzanne et Barberine. Un cœur volage mais sensible où elle s'impose après quelques manques d'homogénéité au départ.

 

 Les Noces de Figaro par James Gray © Vincent Pontet.                                                                                 

                                                                                                                                                        Gilles Kraemer

                                             place achetée, orchestre

                                           mardi 26 novembre 2019

des huées pour la mise en scène, chaleureux applaudissements   pour les chanteurs et l'orchestre    

 

Wolfgang Amadeus Mozart Le Nozze di Figaro. Opéra-bouffe en 4 actes K. 492 (1786)

Livret de Lorenzo Da Ponte, d’après La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais

Jérémie Rhorer direction musicale

James Gray mise en scène

Santo Loquasto scénographie

Christian Lacroix costumes

Bertrand Couderc lumières

 

Anna Aglatova soprano Suzanne

Robert Gleadow baryton-basse Figaro

Stéphane Degout baryton Le Comte Almaviva

Vannina Santoni soprano La Comtesse Almaviva

Eléonore Pancrazi mezzo-soprano Chérubin

Carlo Lepore baryton Bartolo

Jennifer Larmore mezzo-soprano Marceline

Florie Valiquette soprano Barberine

Mathias Vidal ténor Basilio

Matthieu Lécroart baryton Antonio

Rodolphe Briand ténor Curzio

Le Cercle de l’Harmonie Unikanti direction Gaël Darchen

Mardi 26, vendredi 29 novembre, mardi 3, jeudi 5, samedi 7 décembre 2019 à 19h30 Dimanche 1er & 8 décembre à 17h

Coproduction Théâtre des Champs-Elysées / Los Angeles Opera / Opéra de Lausanne / Opéra National de Lorraine / Les Théâtres de la Ville de Luxembourg.

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