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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

Déplacement et séjour à Rome à titre personnel.

Anne et Patrick Poirier © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Anne et Patrick Poirier exposent à la Villa Médicis. Entretien quelques jours avant le début de leur exposition ROMAMOR à l'Académie de France à Rome. Retour sur un lieu, une ville, un pays qu'ils connaissent.  Ils y furent pensionnaires du temps de monsieur le comte. De Balthus. Entre 1968 et 1972.  Entretien à deux voix tellement Anne (née en 1941) et Patrick (né en 1942) ne font qu'un. Dans un temps si crucial, intime, celui des jours de montage. Quelques instants volés et offerts pour un entretien à deux voix. Ce mardi 19 février était celui de l'ouverture des caisses contenant l'immense maquette de L'incendie de la grande bibliothèque (1976). "Moment intense d'émotion, nous ne l'avions pas revue depuis des années". Sur les murs accueillant celle-ci, dans cette salle souhaitée obscure - la scénographie est d'eux - des feuillets d'ouvrages sauvés puisque "dans les décombres noircis [de l'incendie] des fragments infimes,  des textes isolés [à l'écriture or, il me plait à songer qu'il aurait pu s'agir de quelques mystérieux manuscrits "pourpre" devenus noirs] dont on ignorait souvent l'origine" furent retrouvés. À l'intérieur de cette maquette, "l'œil pouvait pénétrer et errer, et qui faisait penser à un cerveau mis à nu, dont on aurait pu suivre les méandres. Cerveau frappé de désordre et d'amnésie.". Les salles de ce lieu de tous les scavoirs du monde allaient  des langages et dialectes disparus aux noms de villes disparues, des cartes géographiques aux paysages idylliques. En n'omettant ni illusions photographiques, enregistrements chantés, génocides et ethnocides. Regardez attentivement cette ruine. Ne rappelle-t-elle pas, dans sa ré-invention, les Entrepôts Lainé de Bordeaux dirigés à l'époque par Jean-Louis Froment. "Cette œuvre fut construite dans le CAPC pour une exposition". 

Parcours avec Patrick & Anne de l'exposition, certains pièces étant encore en caisses, alors que Romuald Moreau, sculpteur de lumières, procède à l'installation des néons de ces "visionnaires" comme il se plaît à le souligner, "deux artistes en avance sur le temps avec le sujet des ruines de Palmyre, les moulages de têtes de statues antiques, cette grande bibliothèque qui a brûlé. Ils ont inventé, pressenti un futur", celui des tragédies politiques, conflictuelles, intellectuelles,  religieuses, signant le nouveau millénaire. 

Anne et Patrick Poirier Finis Terrae (2019) & Un monde qui se fait sauter lui-même ne permet plus qu'on lui fasse le portrait (2001) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Anne et Patrick Poirier © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

L'exposition commence par La palissade/Scavi in corso (2019) dans une démarche de  voyeur en regardant dans les œilletons de celle-ci ce qu'il y a derrière puis placés dans l'ancienne citerne la phrase en néon d'Herman Broc Un monde qui se fait sauter lui-même ne permet plus qu'on lui fasse le portrait (2001) et Finis Terrae (2019) avec son avion noir dans une référence aux bombardements de Nantes durant lesquels le père de Patrick perdit la vie.

Anne et Patrick Poirier, Palmyre (2018) & Le monde à l'envers (2019) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Cet avion resurgira dans "le lustre" de Le monde à l'envers (2019) présenté  face au grand tapis Palmyre (2018) qu'ils ont souhaité accroché au mur, un lieu " où je me suis rendu en 1962" souligne Patrick. "Une histoire du monde qui va mal, faites des globes des constellations et des Etats, de couteaux, d'anguilles au bout rougi, d'un lustre suspendu à l'envers, copie de ceux se trouvant dans la Galerie des glaces. Le clin d’œil à la statue de Louis XIV accueillant en haut de l'escalier d'entrée de la Villa. C'est à la fois élégant et trash chic. Soulignant nos cinquante années de vie commune, en bas de cette oeuvre, nos têtes tel un Janus se reflétant dans un miroir".

"Notre travail, c'est notre vie. Maintenant nous voyageons dans nos archives, celles de tous nos déplacements. Cette exposition, notre œil dans les choix des œuvres et leur placement dans celle-ci, est le voyage de notre vie, notre cerveau, dans une humanité devant laquelle nous sommes inquiets, dans la fragilité du monde. C'est ceci que nous souhaitions montrer, le point central de notre travail".  

Tel un voyage, comment ne songerait-on pas à celui initiatique de Polyphile vers Polia parmi les ruines, les palais et les temples d'Hypnerotomachia Poliphili (1499), à un voyage mental, à un voyage religieux. Le cheminement des salles passe d'une semi-obscurité à l'obscurité puis à la luminosité de l'immense rampe-escalier initiée par la sculpture d'Ouranopolis (1995). L'envolée de cet escalier de la Villa, point central, névralgique et si difficile de toutes les scénographies, comment l'avez-vous voulu ? "Comme une ouverture permettant de lire l'espace, de le comprendre".

 

Anne et Patrick Poirier, Le songe de Jacob (2019) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

L'immensité pour accueillir Le songe de Jacob (2019). Le grand portail vert n'est pas occulté. Tout en haut, la porte révélée et sa fenêtre contre laquelle s'appuie une échelle de néons rose et blanc aux barreaux inscrits de mots violents tels Kriege, Chaos, Destruktion mais aussi Emotionen ou Religionen. Certes celle de Jacob, mais nous pourrions y voir celle ayant permis de décrocher le corps crucifié du Sauveur - comment de pas songer à Déposition de la Croix de Rosso Fiorentino ( 1521) - ou celle d'un franchissement vers un monde meilleur ? Au plafond un immense néon bleu suspendu. Sur les murs le nom de 17 constellations - Vera, Cassiopea, Lira, Pulcherrima... - écrit en néon en trois couleurs de bleu. "Une luminosité de rose et de bleu et au sol des plumes blanches ". Un vol d'anges ayant laissé la marque de leur passage ? 

Passage par le palier de Rétrovisions (2018), autoportrait du couple vu dans le reflet d'un miroir avec "sur les murs des néons de mots que nous utilisons souvent" comme Passions, Memory, Love, Ruins, Research, Imagination, Archives.... Puis  "tel un clin d'œil à la romanité de la ville Dépôt de mémoire et d'oubli (1989) une immense croix de verre, comme une présentation de quelques reliques recèle des moulages que nous fîmes de têtes antiques, souvenirs de nos déplacements autour de la Méditerranée, principalement du site d'Aphrodisias en Turquie". 

L'exposition à l'intérieur de la Villa se clôt avec deux photographies de la série Fragility et le Journal d'Ouranopolis (1995) 168 dessins épinglés au mur "le renvoi à la sculpture placée en bas du grand escalier ".

Anne et Patrick Poirier, Labyrinthe du cerveau (2019) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

 

Anne et Patrick Poirier, Siège 

Mesopotamia (2012-2015) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Dans les jardins, face à la façade de la Loggia,  sur la piazzale  Labyrinthe du cerveau (2019) fait de gravillons en marbre de Carrare, la chaise en granit noir de Siège Mesopotamia (2012-2015) et une seconde création in situ, celle de Le regard des statues dans le bassin de l'obélisque reconstitué du temps de Balthus -l'obélisque d'origine est à Florence, dans les jardins Boboli-. Dans l'atelier de Balthus, des stèles de papier faites des moulages des hermès des allées de la Villa, accompagnées de livres-herbiers et de médaillons en porcelaine. 

Les hermès dans les allées du parc de la Villa © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2017, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Anne et Patrick Poirier, Labyrinthe du cerveau (2019) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 19 février 2019, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ROMAMOR

1er mars -  5 mai 2019

Académie de France  à Rome-Villa Médicis

Commissariat de Chiara Parisi

Catalogue 

www.villamedici.it/

www.villamedici.it/fr/

Ringraziamenti per l'accoglienza del servizio di stampa della Villa a Roma. E a quello di Parigi.

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2017, Académie de France à Rome - Villa Médicis.

La ministre de la Culture en poste en 2018 n'ayant pas souhaité renouveler son mandat à Muriel Mayette-Holtz,  Stéphane Gaillard secrétaire général est directeur par intérim depuis septembre 2018. La présence et le rayonnement de la France outre-Alpes, cette "passerelle pour les échanges culturels entre la France et l'Italie" sont-ils une préoccupation ministérielle ou des autorités élyséennes - Claudia Ferrazzi, conseillère culture et communication auprès du président de la République fut secrétaire générale de la Villa de 2013 à 2016 - ?  En saura-t-on plus sur le pourquoi du départ de Muriel Mayette-Holtz, première femme nommée au sommet du Pincio ? Rendez-vous en mai 2019 lors de son installation dans la section membres libres à l'Académie des beaux-arts. La coupole est lieu où les allusions, les non-dits, émaillent souvent le prononcé du discours retraçant le parcours de la personnalité installée. L'élection le 17 mai 2017 de Muriel Mayette-Holtz, - en même temps que celle d'Adrien Goetz - renouait les lieux distendus depuis presque un demi siècle entre la Villa et le palais de l'Institut; en 1968, sous l'instigation d'André Malraux,  la Villa était détachée de l'Académie, la tutelle transférée au ministère des Affaires Culturelles. www.lecurieuxdesarts.fr/2017/10/une-rencontre-avec-muriel-mayette-holtz-academie-de-france-a-rome-villa-medicis-accademia-di-francia-a-

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