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Le Danøis revient en force sur les bords de Seine. Christoffer Wilhelm Eckersberg, entre Paris, Rome et Copenhague
Christoffer Wilhelm Eckersberg, Le Pont Royal vu du quai Voltaire à Paris, 1812. Huile sur toile 55,5 x 71 cm.. inv. KMS1624 © Statens Museum for Kunst, Copenhague

Christoffer Wilhelm Eckersberg ? Qui connaît en France, ce peintre danøis, artiste majeur de ce royaume, le maître de l'Âge d'or de l'école de Copenhague ? Le musée du Louvre conserve de lui Ancien paquebot danois voguant vent arrière (1831), Le Port de Dragør (1825) et Nu assis ou Le Modèle (Trine Nielsen)(1839). 

Le Danøis revient en force sur les bords de Seine. Christoffer Wilhelm Eckersberg, entre Paris, Rome et Copenhague
Ger Luijten dans l'escalier de l'Hôtel Turgot, Paris © photographie Le Curieux des arts, Antoine Prodhomme, novembre 2015, Fondation Custodia, Paris

L'étape initialement prévue au Louvre ne s'étant pas concrétisée, la Fondation Custodia accueille l'exposition consacrée à cet artiste, avec quelques différences par rapport à celles de Copenhague et d'Hambourg. Lieu tout trouvé que Custodia qui poursuit, souligne Ger Luijten, son directeur éclairé, "une politique d'acquisitions d'esquisses en plein air d'artistes allemands, danois, français, néerlandais, principalement. Cette collection est accrochée dans le majestueux escalier de l'hôtel Turgot". Un des plus beaux escaliers de Paris, sinon le plus beau pour qui le connaît. Custodia possède "une cinquantaine d'esquisses d'artistes danois, ce qui constitue l'une des plus importantes collections en dehors de Copenhague ". Douze des seize dessins d'Eckersberg (Blaakrog 1783 - 1853 Copenhague) acquis par les prédécesseurs de Ger et ce dernier sont présentés. Custodia possède aussi un fonds de plus de 400 feuilles d'artistes danois.

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Au fond Christoffer Wilhelm Eckersberg, Les Israëlites se reposant après le passage de la mer Rouge, 1815. Huile sur toile, 203,5 x 283,5 cm.. Statens Museum for Kunst, Copenhague, inv. KMS69  //  Au premier plan Christoffer Wilhelm Eckersberg, La Mort de Baldur, 1817. Huile sur toile, 142 x 178, 3 cm.. Académie royale des Beaux-Arts du Danemark, Conseil de l'Académie, Copenhague. Exposition Eckersberg - En smuk logn, Statens Museum for Kunst, Copenhague © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 12 janvier 2016, Copenhague

125 numéros, les peintures sont présentées au premier étage d'une façon chrono-thématique, les dessins, eaux-fortes, petits formats en peinture et sa signature sur un papier dans les galeries du sous-sol. N'ont pas fait le voyage parisien - les locaux de Custodia ne sont pas immenses - les grands formats que j'avais vus à Copenhague cet hiver : Les Israëlites se reposant après le passage de la mer Rouge (1815) peint à Rome, une œuvre établissant "un rapport réel entre figures et paysage", Mort de Baldur (1817) ou Le duc Aldolf déclinant la charge de roi du Danemark (1821) et Christian 1er conférant l'ordre de l'Eléphant (1841), ces deux derniers pour le Palais royal de Christianborg, commandes manifestant la reconnaissance de sa terre natale après ses séjours en France puis en Italie.

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Christoffer Wilhelm Eckersberg, La famille Nathanson (1818). Huile sur toile, 126 x 172,5 cm.. Statens Museum for Kunst, inv. KMS1241. Exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris

La famille Nathanson (1818) a cependant traversé la mer Baltique pour le plus grand plaisir de la revoir. Elle représente les parents Nathanson rentrant d'une audience chez la reine, leurs enfants bien sages les attendant et se précipitant joyeusement à leur rencontre. Scène plus vivante et alerte, celle d'une famille unie dans laquelle se perçoivent les amours filiales et parentales, que la paire des tableaux placée à gauche, celle bien convenue des époux Schmidt (1818), toute en respectabilité. Alfred Ludwig, marchand des Indes orientales est dans son cabinet de travail et Frederikke Christiane, telle une matrone, tricote dans son salon dépouillé à l'extrême, meublé très sobrement comme l'est le bureau de son mari. Montrer que l'on est avant tout travailleur, économe, malgré une réussite économique importante, Schmidt ayant fait fortune en Asie. Manifestement les commanditaires durent être satisfaits puisqu'il fut rétribué 1230 rix-dollars alors que sa nomination, à l'Académie royale des Beaux-Arts, ne devait lui rapporter que 600-700 rix dollars annuellement. 

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Christoffer Wilhelm Eckersberg, Alexandre le Grand alité, avec son médecin Philippe, 1806. Huile sur toile, 54,5 x 65,5 cm.. Statens Museum for Kunst, Copenhague, inv. KMS7379. Exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris

Dans les salles du premier étage, le parcours s'articule autour de ses années de jeunesse au Danemark, ses séjours en France et en Italie, son retour à Copenhague en 1816. De sa formation auprès de l'Académie royale des Beaux-Arts du Danemark, ressort le souhait d'Eckersberg de devenir un peintre d'histoire dans un temps où l'influence de Nicolai Abildgaard (1743-1809) était prédominante; son Alexandre le Grand alité, avec son médecin Philippe (1806) en témoigne. Face à cette scène assez raide, dans laquelle les sentiments et le pathos n'affleurent, observons plutôt Histoire d'une femme perdue I, II et III (1808) ou la déchéance morale d'une jeune femme, tableaux en trois actes, qui provoca la réprobation de son professeur Abilgaard qui l'aurait incité à mettre fin à cette activité indigne d'une véritable artiste ou Paysage avec un échalier (juillet 1810), vibrant de la douceur du crépuscule. Il était prêt pour son départ pour Paris où il séjournera 3 années. 

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Christoffer Wilhelm Eckersberg, Vue depuis la chambre d’Eckersberg à l’Hôtel d'Irlande, 3 rue de Beaune, sur la rive opposée de la Seine, 1811-1812. Graphite, plume, encre brun-gris, et lavis gris, 213 x 218 mm., inv. KKS1969-53 © Statens Museum for Kunst, Copenhague

Il arrive le 9 octobre 1810, à 9h 30. Quelle précision, pensera-t-on ? Le peintre demeurant à l'hôtel d'Irlande, au 3 rue de Beaune. non loin de l'hôtel Turgot, futur siège de Custodia, ne cessera de correspondre et de tenir un journal pendant son séjour parisien, nous renseignant sur ses visites au Musée Napoléon [Le Louvre], ses déplacements dans les alentours de la cité. Un dessin représente la Vue depuis la chambre..., sur la rive opposée (1811-1812). Chambre proche de l'appartement du collectionneur danøis Christian Bruun Neergaard habitant au 17 du quai Voltaire; D'une des fenêtres de cet appartement, Eckersberg peignit Le Pont Royal vu du quai Voltaire (1812), pendant de la Vue du châtau de Meudon (1813), commandée aussi par le mécène danois Berner. Comme le seront les pendants de Vue de l'acqueduc d'Arcueil et La grille de Longchamp au bois de Boulogne (1812) pour un autre collectionneur danøis Bugge. Des paysages dont il saisit si bien la lumière alors que son installation à Paris se justifiait d'abord par l'enseignement de la peinture d'histoire qu'il souhaitait y trouver. Il devint élève dans l'atelier de Jacques-Louis David (1748-1825) pendant une année, à compter de septembre 1811. L'enseignement de ce dernier reposait sur l'étude d'après modèle vivant. "On peint d'après nature et les modèles de l'atelier sont des plus exquis. Il y a un Hercule parfait, un autre semblable à un gladiateur, un troisième à un jeune Bacchus ou un Antinoüs.. " écrit-il. Changement radical sous l'influence du maître français dont ses tableaux parisiens d'histoire rendent parfaitement compte. Le retour d'Ulysse (1812) en est un bel exemple dans la composition, la dynamique de ses personnages qui laissent entrevoir parfaitement leur sentiment comme Deux bergers (1813) dans lequel se ressent l'apprentissage de la peinture du nu, d'après modèle, en atelier. 

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Christoffer Wilhelm Eckersberg, Les escaliers de marbre menant à Santa Maria in Aracoeli à Rome, 1814-1816. Huile sur toile, 32,5 x 36,5 cm. Statens Museum for Kunst, Copenhague, inv. KMS1621 Exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris

Le 4 juin 1813, à 17 heures -toujours aussi précis -, il quittait Paris pour un séjour dans la Ville éternelle de trois années. Il s'installe dans la maison qu'occupait l'illustre sculpteur et compatriote Bertel Thorvalsen dont il deviendra un ami proche et peindra le portrait, portant l'habit et les insignes de l'Académie de Saint Luc (1814). La part belle est faite à la peinture en plein air, à la ville papale; à "la lumière de Rome"; sa première vue date de l'automne 1813. Suivant la lecture d'Elemens de perspective pratique (1800) de Pierre-Henri de Valenciennes (1752-1819) recommandant "la pratique de la peinture en plein air" et ses contacts avec l'élève de ce dernier, Pierre-Athanase Chauvin, le danøis s'adonne avec un intérêt croissant à la peinture extérieure, optant pour des points de vue les moins spectaculaires et touristiques donc plus novateurs. Pour L'escalier de marbre menant à la basilique de Santa Maria in Aracoeli (1814-1816), il se focalise uniquement sur cet édifice religieux, les diagonales du grand escalier, les triangles des maisons, gommant l'escalier de droite plus emblématique menant à la place reconfigurée par Michel-Ange. Appliquant pleinement les leçons de Valenciennes encourageant des vues non touristiques, Une cour à Rome (1814-1816) paraît des plus banales puisque n'intéressant pas les passionné de l'histoire de la ville; il se concentre sur ce lieu désert, aux murs s'écaillant et couverts de plantes germant dans les interstices des briques. Identique attitude pour Vue de la Cloaca Maxima (1814), un motif inhabituel pour les artistes à Rome. 

Le Danøis revient en force sur les bords de Seine. Christoffer Wilhelm Eckersberg, entre Paris, Rome et Copenhague
Christoffer Wilhelm Eckersberg Vue à travers trois arches du Colisée à Rome, 1815. Huile sur toile, 32 x 49,5 cm. inv. KMS3123 © Statens Museum for Kunst, Copenhague

Comment n'être pas bluffé par sa Vue à travers trois arches du Colisée à Rome (1815), une vue sur les ruines de l'Urbs et la ville aux églises, depuis les hauteurs de ce monument, ce qui n'avait jamais été fait, "une vue ré-interprétée, un magnifique mensonge" selon Ger Luijten. Il se joue de nous et nous n'y voyons que du feu si ce n'est d'aller constater sur place, ce que fit Kasper Monrad, commissaire de l'exposition Eckerserg à Copenhague. Il recompose la perspective de trois points de vue différents qu'il assemble dans la même frontalité pour nous donner à voir ce qu'il est impossible de voir. La dizaine de vues de Rome sont admirables, méritant une lecture des plus attentives.

Le Danøis revient en force sur les bords de Seine. Christoffer Wilhelm Eckersberg, entre Paris, Rome et Copenhague
Christoffer Wilhelm Eckersberg, Étude de nuages, après 1826. Huile sur toile, 24,5 x 32,5 cm © Kunstmuseet Brundlund Slot, Museum Sønderjylland, Aabenraa, inv. KBS1323

Il retourne, en 1816 au Danemark, royaume qu'il ne quittera plus. Il se consacre à la peinture et à l'enseignement. Les honneurs. La gloire. Les commandes de portrait par les membres de la famille royale, les aristocrates, la bourgeoisie aisée tel son mécène Mendel Levin Nathanson (1819) et les filles aînées de celui-ci (1820). L'exposition entre dans l'intimité de ses cinq grands nus peints pendant l'été 1837. Le parcours s'achève sur des marines et quatre scènes de la vie quotidienne : Un marin prend congé de son amie (1840) dans une opposition entre les ombres portées sur le mur évoquant un rapprochement entre ces deux personnes alors qu'elles s'éloignent. Scène de rue, pluie et vent (1846) ou comment lutter contre le vent, les trois personnages usant d'une attitude différente. Et deux fragments d'un tableau représentant le Carnaval à Rome, peint douze années après son retour au Danemark.

Dans les galeries du sous-sol, les trois Études de nuages (1826), études que de nom, tellement au-delà ces cieux sont magiques. Rien que pour ces trois petis formats, précipitez-vous à Custodia, une des plus fascinantes et grandes expositions parisiennes de ce début d'été.

Gilles Kraemer

C. W. Eckersberg (1783 - 1853). Artiste danois à Paris, Rome & Copenhague

1er juin au 14 août 2016

Fondation Custodia. 121, rue de Lille - 75007 Paris

tél. 33 (0)1 47 05 75 19 et Internet www.fondationcustodia.fr/

Catalogue reprenant en partie le catalogue de Copenhague. N'ayant pas consulté le catalogue de Hambourg, nous ne pourrons pas faire la comparaison entre ces trois expositions. Préface de Ger Luijten, textes de Kasper Monrad, Jan Gorm Madsen, Jesper Svenningsen, Anna Scram Vejlby, Neela Struck. 336 pages. Éditions Fondation Custodia, collection Frits Lugt. Paris MMXVI. Les textes de Henrik Holm Views of nature. Truth in nature, de Gry Hedin Image construction. A singular point of view et de David Jackson Eckersberg from the outside. Origins of species, figurant dans le catalogue de Copenhague, ne furent pas traduits en français pour l'exposition parisienne. S'ajoute, pour le catalogue de la Custodia, le texte spécialement rédigé de Jan Gorm Madsen Paris avant Rome 1810 - 1813, le séjour parisien. Ce catalogue est disponible à la magnifique librairie qui vient de s'ouvrir au sein de cette institution. Le guide, gratuit et fort bien fait comme d'habitude, textes de Jan Gorm Madsen, accompagne cette exposition.

Précédentes expositions à Copenhague, au Statens Museum for Kunst, du 8 octobre 2015 au 24 janvier 2016 Eckersberg - En smuk logn (127 n°) puis à Hambourg, au Hamburger Kunsthalle, du 11 février au 16 mai 2016 Eckersberg - Faszination WirklichkeitInternet :www.smk.dk/en/  et  www.hamburger-kunsthalle.de/en

Si vous allez à New York cet été : www.lecurieuxdesarts.fr/2016/01/de-quelques-peintures-dan-ises-du-siecle-d-or-vus-a-new-york.html

 

Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris
Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris

Vues de l'exposition Eckersberg, Fondation Custodia, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2016, Paris

Tag(s) : #Expositions Paris, #Expositions à l'étranger

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