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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Une institution de tout cœur, le musée d’Art et de Culture Soufis MTO - Chatou

Publié par Gilles Kraemer sur 16 Octobre 2026, 18:59pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions Paris, #Musées, #Patrimoine

Gilles Kraemer

Le désir du cœur, de tout cœur. Il est des lieux secrets, inconnus, mystérieux d’Île-de-France. Le MACS MTO à Chatou, arrêt RER Chatou-Croissy, en est un, à trente minutes de Châtelet. Dans un vaste hôtel particulier du XIXe siècle - il y en a encore dans cette ville chère aux impressionnistes - voici le musée d’Art et de Culture Soufis MTO dont Anne-Marie Charbonneaux, du comité scientifique de cette institution, m’avait entretenu.

 

Collection de kashkül ou bol portable à l’épaule © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Inauguré en septembre 2024, recevant les soutiens étasunien Friends of Sufi Arts, Culture and Knowledge et canadien Canadian Friends of Sufi Arts, Culture and Knowledge, ce musée est le seul musée au monde dédié aux principes et expressions artistiques du soufisme. Voie spirituelle de l'Islam, le soufisme y est exploré à travers ses valeurs universelles, portées par une collection d'œuvres et d’objets, de l’époque achéménide à nos jours, dont une collection de kashkül ou bol portable à l’épaule, symbole de l’état d’humilité, de générosité et de réceptivité. Dans le grand salon, le plafond s’orne d’une fresque anonyme, complétée par Gabrielle Regnault (2017-2024), représentation des forces célestes et cosmologiques présentes dans la pensée soufie.

Quatrième exposition depuis son ouverture. Commissariat de Jessica Cerasi, Le désir du cœur explore le désir sous toutes ses formes, sans jugement et indépendamment de la possibilité de son accomplissement, dans son invitation à six artistes vivants – deux hommes et quatre femmes - dialoguant avec les collections permanentes de ce lieu.

Dans la tradition, le concept de désir (shawq en arabe) irrigue la pensée soufie, notamment à travers la poésie de Rūmī, d’Ibn Arabī et de Rabia Basri. Loin d’un état mélancolique, le shawq est décrit par les maîtres soufis comme un feu qui consume l’attachement et l’illusion, animant la quête d’union avec le Divin.

Faissal El-Malak (1988, Windsor), La guérison des cœurs par la rencontre du Bien-Aimé, 2026. Installation in situ © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Faissal El-Malak (1988, Windsor) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Artiste, chanteur et designer palestinien Faissal El-Malak (vit à Londres et Dubaï), dans une démarche à la croisée des arts visuels, du textile, de la performance, explore la mémoire, l'identité et la guérison. Pour ce lieu, il a imaginé La guérison des cœurs par la rencontre du Bien-Aimé, un salon de lecture ou boudoir ou jardin reconstitué ou pièce secrète sous les toits, où les références aux jardins islamiques et aux intérieurs haussmanniens parisiens fusionnent autour du précepte soufi : « La guérison des cœurs est la rencontre avec le Bien-Aimé. » inscrit sur des panneaux de vitraux. Un jardin papier peint, avec des plantes imaginaires et des cyprès, arbustes représentant l’humain, végétal penchant la tête dans un geste de soumission. Dans ce lieu de silence, livres à disposition sur une table basse, un immense canapé orange, un tapis figurant un bassin d’eau, liquide en union entre Dieu et l’humain. « L’on a tout pour être connecté spirituellement dans ce jardin symbolisant le paradis » souligne Faissal, jardin reflet du ciel. Ici, le Bien-Aimé ne peut être que le Divin et la rencontre, celle de l’éveil intérieur

Portrait de Haroon Mirza avec l’aimable autorisation de l’artiste

Haroon Mirza (né en 1977 à Londres, vit à Londres) dans sa pratique « adisciplinaire » explore les frictions entre le son, la lumière et le courant électrique pour éveiller la conscience du spectateur. Il conçoit un environnement sonore et lumineux dans le gonbad (dôme) du musée et sa niche attenante, Yatanafas Hawa, en remixant la voix de Mina Deris et les battements du cœur d’Aliya Orr. L'ensemble dialogue avec une sculpture contemporaine de kashkūl gravée du motif infini einstein

Rand Abdul Jabbar (née en 1990 à Bagdad), Earthly Wonders, Celestial Beings, 2026. Sculptures en argile © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

D’une famille de la diaspora irakienne, Rand Abdul Jabbar vit à Abu Dhabi. Formée à l'architecture, elle recompose archives, récits et vestiges. Elle présente de nouvelles œuvres issues de sa série Earthly Wonders, Celestial Beings, de petites sculptures en céramique à l’intérieur et de grandes dans le jardin du musée.

Burçak Bingöl (née en 1976, Görele), I Name Roses, 2026. Céramique et métal. Installation in situ © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Stambouliote, Burçak Bingöl (1976 à Görele) a planté I Name Roses, sa roseraie en céramique. Comment ne pas songer aux plats d'Iznik et leur décor floral de tulipes et de roses. L'œuvre de celle-ci fait écho au jardin de cette demeure aperçu depuis la verrière et à l’allégorie de la Rose et du Rossignol, au cœur de la poésie persane, ottomane et soufie, récit de l'amour inaccessible. Dans les traditions soufies et dévotionnelles, la rose - ornement - peut symboliser le Bien-Aimé, la Beauté divine ou le prophète.

 

Sarah Brahim (née en 1992, Riyad). Lexicography, 2025. Polaroïds  //  Prayer Gloves, 2026. Tissu © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Sarah Brahim (vit à Paris), travail ancré dans l'expérience du corps et l’écriture épistolaire, explore le langage du geste. Gants de tissus brodés de mots Prayers Gloves. Trente-huit Polaroïds Lexicography, autour des différentes positions d’une main ; quelle étrangeté de rapprochement avec la codification de la main dans sa représentation sculptée bouddhique.

Sarah Brahim (1992 à Riyad). There will come soft rains © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Deux vidéos. There will come soft rains, dans le désert d’AlUla, l’artiste exprime son expérience corporelle du lieu à travers la poésie et la prière. The second soud of echo, dialogue entre son père et elle. Dernière mise à l’honneur de cette artiste avec le « work in progress » de Let us love this distance dans la verrière d’entrée, présentant les lettres que les visiteurs adressent à ce musée, courrier exposé non décacheté mais lisible puisque l’enveloppe d'expédition - remise par le musée - est transparente.

Han Mengyun (née en 1989, Wuhan), Model for Mirror Pavilion #. Métal et miroirs © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chatou, octobre 2026

Vivant à Londres, Han Mengyun, tisse des liens entre les traditions intellectuelles et visuelles de l'Eurasie, de la peinture de manuscrits persans et indiens à l'impression sur bois chinoise. Elle présente Model for Mirror Pavilion #, œuvre miniature dérivée de Mirror Pavilion II – présenté à la ShanghART Gallery en 2023 - installation composée de structures architecturales réfléchissantes conçues pour modifier la perception au gré des déplacements du visiteur. Et des dessins découpés dans des feuilles d’or, issus de Scattered Pearls, en dialogue avec des manuscrits de la collection permanente.

Le désir du cœur

3 octobre 2026 au 12 septembre 2027

Musée d’Art et de Culture Soufis MTO - 78400 Chatou

Commissariat Jessica Cerasi

Catalogue

https://www.macsmto.fr/

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