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Dans les lumières, ombres et mouvements d'Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton

Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer

Depuis le printemps 2002 et son exposition au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris : Chaque matin je me sens différent, chaque soir je me sens le même, il n'a pas eu d'exposition personnelle dans cette ville. Et, pourtant, d'Olafur Eliasson (né en 1967 à Copenhague), vous connaissez obligatoirement une de ses œuvres, lorsque vous accédez à l'espace culturel Louis Vuitton à Paris, en empruntant l'ascenseur bouleversant vos sens et perturbant vos repères.

Le voici cet hiver 2014, à la Fondation Louis Vuitton, dont Suzanne Pagé - en 2002, elle était directrice du MAM V de P - est le directeur artistique. « Son choix n'est pas un hasard car c'est un artiste que nous connaissons » souligne-t-elle en présentant Olafur Eliasson dont l'oeuvre « donne lieu à une promenade, dans une série d'installations, dans une chorégraphie où alternent les ombres et les lumières, avec des dispositifs optiques [trois] qui ouvrent sur l'extérieur ». Pour une exposition annoncée « importante » selon le dossier de presse, avec seulement une dizaine de pièces.

Douze années parisiennes d'absence. Étonnante sa non présence aux expositions Dynamo. Un siècle de lumière et de mouvement dans l'art au Grand Palais au printemps 2013 !

Il n'était pas visible aussi à L'illusione della luce au palazzo Grassi, à Venise [chez François Pinault] en 2014 !

 

Dans les lumières, ombres et mouvements d'Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton

Olafur Eliasson, The new planet, 2013. Acier inoxydable, aluminium, verre coloré, peinture (noir, jaune), halogène. 94,9 x 95,1 x 201 cm. Galerie Neugerriemschneider, Berlin © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, FIAC, Paris, octobre 2014

Une arrivée très bien orchestrée, ce retour à Paris, douze ans plus tard, qui débuta en octobre 2014, à la FIAC, chez le galeriste berlinois Neugerriemschneider. Il y présentait diverses œuvres dont The new planet, forme géométrique faite d'acier inoxydable, d'aluminium et de verre coloré, suspendue, tournant sans cesse, un oloïde (enveloppe convexe constituée de deux cercles orthogonaux passant chacun par le centre de l'autre) projetant ses facettes sur le mur. Captivante cette sculpture. Car c'est là l'une des forces d'Eliasson, surprendre et toujours surprendre dans cette tentative de décrypter son travail à laquelle il nous contraint.

 

Dans les lumières, ombres et mouvements d'Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton

Olafur Eliasson, Inside the horizon, 2014. Acier inoxydable, aluminium, système lumineux LED, verre coloré, miroir. 5,4 x 5,2 x 91 m. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Fondation Louis Vuitton, Paris, octobre 2014

À la Fondation Louis Vuitton, lors de son inauguration avec une œuvre commandée en ouverture de cette institution : Inside the horizon. Quarante-trois colonnes de largeurs et intervalles variables, éclairées de l'intérieur, deux de leurs faces recouvertes d'un miroir, la troisième d'une mosaïque de verre jaune. Jeu des reflets des colonnes et visiteurs sur l'eau, la diffraction, le kaléidoscope, la couleur jaune, le renversement de la perspective architecturale. Un clin d'œil à La Dame de Shanghai, à Orson Welles et Rita Hayworth, dans une expérience devenue polysensorielle de ce labyrinthe de 91 mètres puisqu'Inside se trouve aujourd'hui enrichi d'une œuvre sonore, conçue par l'artiste et Samuli Kosminen, n'existant pas à l'inauguration de la Fondation. 

Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer
Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer

Olafur Eliasson, Contact, vues de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer

Contact, à la Fondation Louis Vuitton, explore les relations qui unissent les perceptions du moi, de l’espace et de l’univers, enveloppe les visiteurs dans une chorégraphie de lumière et d’ombre. Ses créations induisent une situation émotionnelle et participative dans laquelle le regardeur reçoit mais donne aussi de lui-même, dans un Contact, dans une idée d'empathie entre les êtres, avec le monde, avec l'univers. Manifestement cette exposition, dont certaines pièces joue avec l'architecture du lieu, fut le fruit d'incessantes et infinies réflexions, Suzanne Pagé n'hésitant pas à souligner l'implication constante de « Olafur Eliasson [qui] n'a cessé de préciser à chaque étape, qui a procédé de façon continuelle dans le doute. Ceci désigne un artiste même, si évidemment pour les équipes [celle de son studio à Berlin et celle des techniciens de la Fondation] ceci a un côté périlleux, quelquefois ». Les trois dispositifs optiques Parallax planet et Double infinity, disposés entre les différentes installations - Map for unthought thoughts, Contact, Bridge from the future et Big Bang Fountain - jouent de la perception de l’espace à travers leurs grosses lentilles convexes ouvertes vers l'extérieur. N'essayez pas voir le fonctionnement de leurs dispositifs bien visibles en deux endroits à l'extérieur, déception obligatoirement garantie lorsque l'on fréquente les coulisses ; comme à l'opéra la magie cesse. 

Dans les lumières, ombres et mouvements d'Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton

Regardez bien, vous verrez Olafur Eliasson en entretien au milieu de Map for unthought thoughts, exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer

Ce qui m'a plu ? Map for unthought thoughts dispositif autour de la projection des ombres de morceaux de bois sur un mur avec cette multiplication induite par un immense miroir transmutant un demi-cercle en un cercle. Dans une comparaison avec François Morellet, relisez les mots, dans Le Journal des arts, de Serge Lemoine qui fut le commissaire général de l'exposition Dynamo au Grand Palais : www.lejournaldesarts.fr/jda/archives/docs_article/125785/serge-lemoine-reagit-a-l-exposition---olafur-eliasson---presentee-a-la-fondation-louis-vuitton.php

 

Dans les lumières, ombres et mouvements d'Olafur Eliasson à la Fondation Louis Vuitton

Olafur Eliasson, Bridge from the future, exposition à la Fondation Louis Vuitton, Paris © Le curieux des arts Gilles Kraemer

Contact par cette luminescence orangée émergeant de l'obscurité, comme une longue griffure sur le mur de cette salle quart de cercle. Tiens, encore le cercle et sa fragmentation !

Bridge from the future, une sculpture du mouvement, de l'aspiration, une sculpture étonnante, interrogative, hors du temps. D'avant, d'après ? Du futur selon son titre. Olafur Eliasson rejoint le mystère de la réflexion provoquée par Albrecht Dürer lorsque le génial graveur de Nuremberg enta dans le burin de Melencolia I l'interrogation du polyèdre, ce rhomboèdre qui ne cesse de nous interpeller depuis... 1514. Ce pont de (vers ?) l'avenir nous interroge par sa présence, sa forme, sculpture autour de laquelle il faut tourner. Ne vous en approchez pas trop, son métal est coupant.

Et, Big Bang Fontain, encore l'eau, ce rapport avec l'eau proposé par Parallax planet en introduction de l'exposition. Un dispositif stroboscopique, plongé dans une obscurité – attention en empruntant le couloir sombre pour y accéder, là encore Olafur Eliasson joue de la perte de nos repères - un flash liquide qu'il vous est impossible de photographier, par sa fugacité et son aléatoirité.

Un insaisissable jeu de nos perceptions.

Gilles Kraemer

 

Olafur Elisasson : Contact

Fondation Louis Vuitton

8, avenue du Mahatma Gandhi – 75016 Paris

www.fondationlouisvuitton.fr

17 décembre 2014 - 16 février 2015

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Tag(s) : #Expositions Paris

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