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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

place achetée, parterre, 1er représentation, vendredi 27 septembre 2019.

place achetée, parterre, 6ème représentation, vendredi 4 octobre 2019.

Elles reviennent de bien loin ces Indes de Jean-Philippe Rameau, de très très loin. Il faut raison garder. " Génial ". " Un chef d'œuvre ". Qualificatifs gazouillés ou lus après les représentations des Indes Galantes (1735) mises en scène par Clément Cogitore (1983) à la Bastille. 

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 - Alexandre Duhamel © Little Shao / OnP

Qu'a t-on vu 27 septembre, le jour de la première ? Un spectacle non testé, non terminé, non ajusté. Il n'y eu pas de pré-générale. Seulement une générale (pas calée, selon les retours que j'ai eus). D'où ce ressenti de rodage. Bémol pour les chanteurs et la direction qui furent parfaits, de suite. Heureusement qu'ils ont de la pratique pour sauver un spectacle pas maîtrisé. Les très nombreux invités du protocole ne virent que du feu, applaudissant à tout rompre après la danse du grand calumet de la paix, empêchant d'entendre les interprètes continuer à chanter dans cette Quatrième Entrée. Impolitesse. Cafouillage, fin brouillonne mais, ceci a-il une importance ? Il fallait y être.

Leonardo Garcia Alarcón © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, vendredi 27 septembre 2019, OnP Paris.

Le spectacle s'applaudit uniquement quand le chef baisse les bras. Ce minimum de savoir-vivre, le public de ce vendredi, pas connaisseur et peu averti de musique, l'ignorait. Plus impliqué à discourir dans la mise en abyme de l'art contemporain. Ayant accepté l'invitation, attiré par le seul nom de Cogitore, prix Marcel Duchamp 2018. Gardant en mémoire La danse des sauvages vue sur 3e scène. Autant ceci passait bien en vidéo, autant ceci cassa lors de la première. Un copier/coller de la vidéo plaqué abruptement dans l'immensité du plateau de la Bastille. 

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 © Little Shao / OnP

Les Indes demandent une direction de chanteurs très précise, très fouillée dans cet opéra-ballet et, ce ne fut pas le cas. Dans ce chœur célébrissime de la Quatrième Entrée, clôture incandescente de cette musique sublime de Rameau de 3h 15, les chanteurs étaient abandonnés.

Sentiment très mitigé dois-je le reconnaître. Déception même. Du Cogitore pour des images d'une future vidéo ? Des belles images. Rien d'autre à l'issue de cette première. Spectacle pas prêt. L'Opéra national de Paris ne devrait-il pas rembourser à 50 % les spectateurs qui payèrent ?

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 © Little Shao / OnP

Perception totalement différente pour la 6ème représentation, vendredi 4 octobre.  Achat d'une nouvelle place au parterre. Et là, surprise, ébahissement, miracle, tout fut au rendez-vous. Pas encore le syndrome de Stendhal cependant. Encore trop tôt pour écrire chef d'œuvre. Changement total. Finie cette chorégraphie copier/coller de la 3e scène, ne passant pas du tout, plaquée à Bastille. La transposition de la vidéo sur un plateau ne fonctionnait pas dans ce désordre empêchant d'entendre, ce 27 septembre, Zima/ Sabine Devieilhe et Adario/ Florian Sempey. Toute cette gestuelle désordonnée, saccadée, nullement adaptée à cette lente évolution devant se terminer comme un danse sur un volcan. Tout fut revu, adapté. Le chant, la pureté du chant furent enfin pris en compte, surgissant de la chorégraphie revisitée de Binto Dembélé, plus en accord, plus en compréhension avec la musique et non plus dans son premier plaquage à sens unique, étouffant, mal enté. Qu'est-ce une mise en scène réussie sinon cette quadrature parfaite du cercle l'unissant à la musique et au chant ?

Assouplissement dans la Première Entrée, celle du Turc généreux Edwin Crossley-Mercer. La scène des migrants sortant de dessous la carcasse retournée du bateau supprimée ainsi que son emmaillotement dans des couvertures de survie n'apportant rien. Et, d'un seul coup, tout devint clair, dans ces retrouvailles poignantes Je vous revois ! Que de malheurs j'oublie ! entre Julie Fuchs / Mathias Vidal.

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 © Little Shao / OnP

Moins convaincante visuellement, la Troisième Entrée, une fête persane transformée en bordel d'Amsterdam, provocant à chaque fois le rire des spectateurs au lever du rideau. Il faut mieux fermer les yeux pour le sublime quatuor Mathias Vidal, Jodie Devos, Julie Fuchs et Edwin Crossley-Mercer. L'on croirait presque entendre Mozart dans Tendre amour, que pour nous ta chaîne / Dure à jamais ! dans l'union parfaite de ces quatre voix. Applaudissements nourris.

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 © Little Shao / OnP

Quelques bémols. Le tic de plus en plus présent, incontournable maintenant au théâtre, du téléphone portable transformé en fonction appareil photographique, messagerie ou réseau social. Les chanteurs et les danseurs trop souvent sur des cubes. L'enfant ne cessant de sortir d'une boîte blanche. Ce tout renouvelé dans les différentes Entrées lasse.

Les chanteurs, il faut tous les nommer, la crème, le best. La jeune génération fabuleuse. Sabine Devieilhe tirant des larmes avec Viens, hymen m'unir au vainqueur de j'adore ! dans Phani. Jodie Devos tout en finesse et en fraîcheur. Julie Fuchs. Stanislas de Barbeyrac poignant en Damon. Edwin Crossley-Mercer. Alexandre Duhamel remarquable Huascar. Florian Sempey. Mathias Vidal.

Les Indes Galantes - saison 2019-2020 © Little Shao / OnP

Investis totalement aux souhaits de Clément Cogitore. Encore bravo pour avoir enchaîné les représentations. chantant les deux soirs de suite, des jeudi 3 et vendredi 4 octobre. Alexandre Duhamel se précipitant tout de go dans le cratère. Julie Fuchs acceptant d'être hissée lentement vers les cintres dans Papillon inconstant, / Vole dans ce bocage !... pour ce pur instant de bonheur. Sabine Devieilhe et Florian Sempey au milieu des danseurs de street dance dansant avec plaisir avec eux. Ceci se percevait sur leurs visages. Une joie communicative comme rarement vue sur le plateau de Bastille dans Forêts paisibles, / Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs. .

Des Indes Galantes qui reviennent de loin, de bien loin. Mais qui pourraient aller plus loin si la mise en scène continue à s'affiner. Work in progress... 

Gilles Kraemer

place achetée, parterre, 1er représentation, vendredi 27 septembre 2019. Aucun applaudissement pendant la représentation. Ovation debout

place achetée, parterre, 6ème représentation, vendredi 4 octobre 2019. Nombreux applaudissements au cours de la représentation. Ovation debout

Jean-Philippe Rameau, Les Indes galantes. Opéra-ballet en quatre entrées et un prologue (1735). Livret de Louis Fuzelier

Direction musicale Leonardo Garcia Alarcón

Mise en scène Clément Cogitore

Chorégraphie Bintou Denbélé

Décors Alban Ho Van  & Ariane Bromberger

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2019

Hébé Sabine Devieilhe

Bellone Florian Sempey

Osman Edwin Crossley-Mercer

Émilie Julie Fuchs

Valère Mathias Vidal 

Huascar Alexandre Duhamel

Phani Sabine Devieilhe

Don Carlos Stanislas de Barbeyrac

Tacmas Mathias Vidal

Ali Edwin Crossley-Mercer

Zaïre Jodie Devos

Fatime Julie Fuchs

Adario Florian Sempey

Damon Stanislas de Barbeyrac

Don Alvar Alexandre Duhamel 

Zima Sabine Devieilhe

Orchestre Cappella Mediterranea

Chœur de chambre de Namur

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Les danseurs de la Compagnie Rualité

Pourquoi ce tic de l'écriture inclusive dans le livret de la représentation ? Pourquoi des coupures dans le livret de Louis Fuzelier ? Le public n'est-il plus capable de supporter plus de trois heures de musique comme l'écrivent certains gazouilleurs !

Et, jusqu'au 9 octobre 2020 sur Arte www.arte.tv/fr/videos/091145-000-A/les-indes-galantes-de-rameau-a-l-opera-de-paris/

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