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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

séjour et déplacement personnel à Avignon.

Lieu tout trouvé que cette chapelle du couvent Sainte-Claire pour y entendre L'Art de Suzanne Brut ! N'est-ce pas ici que Laure apparut à Pétrarque, le 6 avril 1327 ? Comme un Van Gogh, un Miró. Première et ultime image de cette pièce de Michael Stampe, une histoire de l'acte créatif artistique. Une histoire aussi de la folie qui submerge Suzanne, enfermée dans le couvent de Saint-Pardoux, celui de Saint-Pardoux-la-Rivière qui fut une prison pour femmes au début du XIXe siècle.

L'Art de Suzanne Brut © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 8 juillet 2019, Avignon.
De ce lieu dirigé par des sœurs, l'on saura juste "qu'il est occupé par les boches". De Suzanne, l'incandescente Marie-Christine Danède, que sait-on ? Elle est folle. A-t-elle occis Norbert violeur de sa sœur Marcelle ou son père n'est-il pas l'assassin ? La seule certitude c'est que sa mère l'a abandonnée dans ce couvent de Dordogne. Tout remonte dans sa tête, " des bruits de mémoire " lorsqu'elle évoque cet avant resurgissant.

Nous sommes dans sa chambre meublée seulement d'un prie-Dieu. Tel le fauteuil de Van Gogh, celui de la présence-absence, devenant la chaise surréaliste de Miro lorsqu'elle y pose un œuf. La chambre d'une peintre. Comme elle est folle et qu'elle peint, il est obligatoire de la classer artiste de l'art brut ! Que je sache, Jean Dubuffet, l'homme de l'art brut, le peintre des Paysages mentaux avait tout son entendement ! Le bois est son support comme chez Gaston Chaissac. Sa peinture sera une mixture de ce qu'elle trouve, du Ripolin mélangé avec du jaune d’œuf et du jus de carotte sauvage.

Dans un dialogue muet - c'est la voix de la pensée de Suzanne que l'on entend - elle interpelle la Vierge et surtout Jeanne auxquelles elle parle de sa peinture, une recomposition de " ce souvenir qui obéit à ses mains [...] ces bouts d'images dans sa tête ". Que peint-elle ? Son auto-portrait que lui a commandé son médecin dont elle perçoit parfaitement les arrières-pensées mercantiles d'appropriation de sa production. Une sainte Vierge, les yeux fermés, dans l'éblouissement de ses ors. " Peut-être que j'arriverai à parler aux humains. Qui sait ? ". Certitude.

Les mots de Michel Stampe parlent à notre cœur dans cette belle vision de Christophe Lidon portée par la justesse de l'interprétation de Marie-Christine Danède. Comme le souvenir de ces canivets glissés dans notre missel, ce dialogue que nous avions avec les saints, Marie-Christine le poursuit pour nous.   

représentation du lundi 8 juillet 2019

 

L'art de Suzanne Brut

5 au 28 juillet 2019 à 14 h Théâtre des Halles - Avignon - dans le cadre du off

avec Marie-Christine Danède

Texte Michel Stampe

Mise en scène, scénographie, décor Christophe Lidon

Lumière Marie-Hélène Pinon

Création sonore / musique Cyril Giroux  

Vidéo Léonard

Costume Chouchane Abello Tcherpachian 

 

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