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Publié par Gilles Kraemer

 Sombre et nullement Éblouissante Venise au Grand Palais. Comme une impression que les derniers feux de cette République, de ce Settecento ont définitivement disparu entre bacino di San Marco et canale della Giudecca, dans les espaces du Grand Palais. 

Détail. Giandomenico Tiepolo (1724-1804), Scène de carnaval ou Le menuet, 1754. Huile sur toile. Paris, musée du Louvre, legs Alexandre Robert Le Roux dit Le Roux de Villiers © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse.

Comment Alberto Craievich, directeur de Ca' Rezzonico- Museo del Settecento Veneziano, en bordure du Canal Grande, mettra-t-il en dialogue cette exposition, lorsqu'elle sera à Venise, présentée sous l'intitulé Canaletto e Venezia ? Rendez-vous le 23 février 2019 dans les appartements du Doge. Selon les éléments lus, l'exposition vénitienne commence avec cette nouvelle forme artistique qui rompt ses liens avec la rigueur du Classicisme et la théâtralité du Baroque, la couleur qui prend le pas sur le dessin [...]. Le parcours se terminera par l'affirmation du Néoclassicisme et d'Antonio Canova.

Vue de l'exposition Éblouissante Venise. Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle. Au premier plan, buste de Giovanni Emo par Antonio Gai (1686-1769). Brune Fine Art - Toge de procurateur et étole, XVIIIe siècle. Museo di Palazzo Mocenigo © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse.

Que voir au Grand Palais ? À la lecture du dossier de presse, "L'exposition est un hommage à cette page d'histoire artistique de la Sérénissime, en tout point remarquable, par le choix des peintures, sculptures, dessins et objets les plus significatifs ainsi que par la présence de comédiens et musiciens se produisant in situ [...] une traversée de sensations et d'étonnements". Et plus loin "Macha Makeïeff a conçu la scénographie de l'exposition comme une traversée de contrastes, d'éclats et de sensations qui convie l'étonnement et la fantaisie ; elle a imaginé ce "pas de côté" pour rendre cette traversée vénitienne accessible au public le plus large et par d'autres entrées".

172 numéros. Si encore toutes ces merveilles, dont nombre est prêté par les Gallerie dell'Accademia, la Fondazione Querini Stampalia, la Fondazione Giorgio Cini et les Musei Civici de la ville (Correr, Mocenigo, Rezzonico, Museo del vetro, Palazzo Ducale, casa di Carlo Goldoni), n'étaient pas entassées, frisant la surcharge dans le corridor plongé dans le noir avec ses instruments de musique et marionnettes.

Manifestement juste une présentation, sans la saveur du spritz con bitter si tendance aujourd'hui, de ces ultimes moments de grâce et d'acmé des arts avant l'abdication du doge Ludovic Manin le 12 mai 1797, les Français foulant la place Saint Marc le 16 mai, Bonaparte cédant en octobre la République et ses possessions en Adriatique à l'Autriche. Le 7 décembre descendus de la façade de Saint-Marc, les quatre chevaux de bronze seront acheminés vers Paris où ils orneront quelques années plus tard l'arc de triomphe du Carrousel. Ils reviendront, triomphalement, avec tous les honneurs militaires à Venise le 13 décembre 1815, accueillis par François 1er d'Autriche et le prince de Metternich. Moment immortalisé par des estampes et la peinture de Vincenzo Chilone. C'est par cet instant symbolique et fort au cœur des Vénitiens que s'ouvrait l'exposition Canova, Hayez, Cicognara. L'ultima gloria di Venezia aux Gallerie dell'Accademia (29 septembre 2017-2 avril 2018).

Francesco Guardi (1712-1793), L'incendie de San Marcuola, 1789. Huile sur toile. Venise, Gallerie dell'Accademia - Le jardin du Palazzo Surian Bellotto à Canareggio, vers 1780. Huile sur toile. Chicago, The Art Institute of Chicago, don du Marion et Max Ascoli Fund © photographie Le Curieux des arts  Gilles Kraemer, 2018, visite presse.

C'est par l'incendie des magasins d'huile de San Marcuola, le 28 novembre 1789, peint par Francesco Guardi que se termine cette exposition parisienne, les derniers feux d'une ville qui connut les fastes de la Procession nocturne sur la Piazza San Marco, vers 1755 du même Francesco.

L’obscurité tout au long de ce parcours sur deux étages du Grand Palais. Comment oublier à ce point que Venise est ville du soleil, de fulgurances des changements de lumière, de la pluie donnant à l'eau des canaux une indéfinissable couleur verte, des colonnes des églises tendues de tissus, des fenêtres des églises occultées par des rideaux rouges ?

Andrea Brustolon (1662-1732), Allégorie du printemps, de l'hiver, du feu. Buis. Ca'Rezzonico, Venise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse. Ces sculptures appartiennent au "mobilier Venier" commandé par Pietro pour son palais de San Vio.

Pas un seul lustre de Murano, seulement un miroir ! Pas un seul verre ! Des dentelles noires et une blanche qu'il faut chercher accroupi. Des gilets dans un coin, venus de France alors que le Palazzo Mocenigo en révèle des merveilles ! Les sculptures d'Andrea Brustolon (1662-1732), pièces maîtresses de Ca'Rezzonico, sont coincées dans l'encoignure de fenêtres; il faut les découvrir, dans l'ombre, posées devant un ridicule rideau. Une commode, une chaise, un porte, rien de plus pour évoquer la splendeur des palazzi. Des costumes au milieu d'une salle.

Une seule porcelaine de Geminiano Cozzi, une Allégorie de Venise (vers 1780) et nul service de porcelaine de cette manufacture. Faudrait-il renvoyer à l'exposition Geminiano Cozzi e le sue porcellane qui se tint à Ca'Rezzonico (19 mars-26 septembre 2016) à l'occasion des 250 ans de la création de cette manufacture. Les arts décoratifs ne sont pas mis à l'honneur.

Du lion empaillé derrière des barreaux, les visiteurs attirés par le nom magique de Venise, auront-ils perçu le lien avec la cité de Saint Marc ? Serait-ce une allusion à Napoléon qui quitta Venise avec un butin d'œuvres d'art et fit détruire l'église San Geminiano de Sansovino pour y construire l'aile napoléonienne ! Cette église peut se voir dans La Piazzetta dei Leoni (et non San Basso comme indiqué dans le catalogue, San Basso étant le nom de l'église sur cette petite place) de Michele Marieschi, vers 1736-1737 (collection privée). Il existe une variante de cette toile à Budapest au Szépmŭvészeti Mŭseum (55,5 x 83,5 cm.) et une à Munich à la Alte Pinakothek (54,5 x 83,6 cm.). 

Vue de l'exposition Éblouissante Venise. Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle © photographie Le Curieux des

Pourquoi dans le grand escalier avoir accroché des suspensions façon Fortuny et les robes d'Isabelle De Borchgrave dans le style de la fin du XVIIIe siècle ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détail. Canaletto, Le Campo San Vidal et Santa Maria della Carità, vers 1725. Huile sur toile. Londres, The National Gallery © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse. Depuis le pont de l'Accademia a été édifié en février 1933; il sera restauré en 2018 grâce à l'apport financier du groupe Luxottica.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détail. Giambattista Tiepolo, Saint Jacques le Majeur apparaissant à la bataille de Clavijo, circa 1749-1750. Budapest, Szépmŭvészeti Mŭseum © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse.

Gianantonio Pellegrini (1675-1741), Alexandre découvrant le cadavre de Darius et La famille de Darius devant Alexandre. Huile sur toile. Musée de Soissons © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, visite presse.

Allez-y pour les œuvres présentées. Il rio dei Medicanti et Il campo San Vidal de Canaletto, le portrait de Giulia Lama par Piazzetta placé à côté du Martyre de saint Jean l'Evangeliste de cette peintre. Lama (1681-1747) à laquelle Ca'Rezzonico vient de consacrer un exposition cet été 2018, Giula Lama. Pittrice e poetessa en présentant 12 splendides études de nus féminins et virils.

Et aussi Saint Jacques le Majeur de Giambattista Tiepolo, le marbre de l'Allégorie de la Foi, voilée d'Antonio Corradini, les deux Pellegrini de l'histoire d'Alexandre et Polichinelles et saltimbanques de Giandomenico Tiepolo.

Gilles Kraemer 

Éblouissante Venise. Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle

26 septembre 2018 - 21 janvier 2019

Grand Palais, galeries nationales - Paris

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, avec la collaboration de la Fondazione Musei Civici di Venezia - Venise. L'exposition sera présentée au Palais des Doges, du 23 février au 9 juin 2019 sous le titre Canaletto e Venezia.

Catalogue. Sous la direction scientifique de Catherine Loisel. 256 pages. 300 illustrations. Éditions RMN-Grand Palais. Prix 45 € (acheté). Couverture avec Venise écrit en poudre d'or comme les lettrines introductives et les titres des chapitres. Format en hauteur mal commode pour la lecture et le rangement, 1/3 de chaque feuille vide induisant un corps de caractère ridiculement petit incitant à l'emploi d'une loupe pour les nota bene minuscules.

Vue de l’exposition Geniniano Cozzi e le sue porcellene. Cafetières, tasses et soucoupes à décor feston e cadena, vers 1780 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 18 mars 2016, visite presse, Ca'Rezzonico, Venise.

Ce catalogue fait songer à celui de l'exposition Canaletto à Venise, titré en or sur la première de couverture, format à l'italienne, tranches, gardes et contre gardes dorées (19 septembre 2012-10 février 2013, musée Maillol). Cette exposition n'est pas citée dans la bibliographie du catalogue du Grand Palais, comme ne le sont celles de Geminiano Cozzi e le sue porcellane Ca'Rezzonico (19 mars-26 septembre 2016) à l'occasion des 250 ans de la création de cette manufacture de porcelaines  www.lecurieuxdesarts.fr/2016/08/l-or-blanc-en-majeste-a-venise-geminiano-cozzi-et-ses-porcelaines-l-oro-bianco-in-maesta-a-venezia-geminiano-cozzi-e-le-sue-porcella 

et de Pietro Bellotti un altro Canaletto à Ca'Rezzonico (7 décembre 2013-28 avril 2014) www.lecurieuxdesarts.fr/2014/04/pietro-bellotti-un-altro-canaletto-dans-l-ecrin-venitien-de-la-ca-rezzonico.html

 

In situ à Ca'Rezzonico. Andrea Brustolon. Console porte-vases. Dans la partie inférieure, Hercule, vainqueur de l’Hydre de Lerne et de Cerbère qui porte sur ses épaules le plan supérieur travaillé comme un tronc d’arbre brut. Sur celui-ci sont représentés trois petits maures en ébène, enchaînés, qui soutiennent un grand vase; sur les deux côtés sont allongés deux vieux barbus tenant des vases. Photographie Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, décembre 2017. 

In situ à Ca'Rezzonico - Museo del Settecento Veneziano - Venise Fondazione Musei Civici di Venezia. Giandomenico Tiepolo, Polichinelles et saltimbanques, 1797. Fresque déposée © photographie Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, décembre 2017.

In situ  Palazzo Mocenigo-Fondazione Musei Civici di Venezia, salle des gilets © photographie du site du Palazzo Mocenigo. http://mocenigo.visitmuve.it/

Vue de l'exposition Giulia Lama. Pittrice e poetessa. Ca'Rezzonico, Venise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 26 mai 2018.

Détail. Giulia Lama, Nu viril. Charbon de bois et craie blanche. 440 x 575 cm. Collection du Cabinet des dessins et des estampes du Musée Correr, Venise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 26 mai 2018, exposition Giulia Lama. Pittrice e poetessa. Ca'Rezzonico, Venise .

carezzonico.visitmuve.it/it/mostre/archivio-mostre/giulia-lama-pittrice-poetessa-1681-1747/2018/04/17703/la-mostra-11/

Venise, canale della Giudecca, verso San Giorgio © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2018.

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