Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Gilles Kraemer

 

 

Gilles Kraemer. Déplacement et séjour à titre personnel à Bayonne.

 

Poterie d’Art de Ciboure, " VE Ciboure ", Vase bursiforme à anses. Décor attribué à Pierre Almès, vers 1935. Collection particulière. Musée Basque et de l'histoire de Bayonne © cliché Alain Arnold & Laida Camblong.

Ciboure et sa poterie d'art au Pays basque. Le premier nom de collectionneur qui vient naturellement est celui de Karl. Karl Lagerfeld, qui posséda un temps la villa Elhorria, à la sortie de Biarritz, construite en 1925 à l'initiative du baron de Gunzburg - aujourd'hui chambres d’hôtes et lieu de réception O tempora, o mores ! -. Il collectionna des Ciboure et les revendit comme toutes les collections qu’il constitua, meubles du XVIIIe siècle, Memphis ou d’objets Art Déco (1). Certaines pièces présentées ici lui ont appartenu. Sa passion, sélective, sera celle des poteries  puisant leur répertoire de forme et décoratif de l’Antiquité, de 1919 jusqu’au milieu des années 1920, courte période du néo-antique avant que ne survint le style néo-basque. Comme le précise Sabine Cazenave, co-commissaire de l’exposition La Poterie d’Art de Ciboure. 1919 -1995 " la référence à l’antiquité n’est pas chose nouvelle ". Dès 1916, la fabrique Pierre Duboy à Hagetmau, dans les Landes, tournait des vases de style étrusque. Des pièces de cette céramique landaise présentées ici permettent une pertinente comparaison de rapprochement entre les décors et les formes. Et, parfois, l'on peut s'y tromper.  

 

Sabine Cazenave © Crédit Tala Aguirre © Musée Basque et de l'histoire de Bayonne. 2020.

Première exposition monographique d'une telle ampleur, il y eut précédemment quelques expositions, – et aussi première exposition de Sabine Cazenave qui a pris ses fonctions en novembre 2019, succédant à Olivier Ribeton, préparant cette magistrale présentation en à peine six mois - consacrée à la Poterie d'Art de Ciboure et à ses céramiques en grès décorés à la main (2). " Cette exposition raconte, souligne-t-elle, l’histoire dune poterie qui commence en artisanat d’art et finit en artisanat d’art ".

 

Edgard Lucat (Eauze, 1883 - 1953 Casablanca), Louis Floutier (Toulouse 1882 - 1936 Saint-Jean-de-Luz), Grand Lébès à décor basque (pelotari, bouvier avec un bœuf, paysannes avec un âne). Signature manuscrite " L Floutier LVK CIBOURE " sous l’anse, vers 1919-1920. Collection particulière © Musée Basque et de l'histoire de Bayonne.

 

In situ de l’exposition. Poterie d'Art de Ciboure. La porte du magasin de la Poterie de Ciboure, 1932. Bois et verre peint. Collection particulière © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

Dans une presque traversée du siècle, en 450 pièces, de l’ornemental Grand Lébès à décor basque (pelotari, bouvier avec un bœuf, paysannes avec un âne), vers 1919-1920, à une production de petites pièces utilitaires telles tasse à café, pendule et même cendrier d’une commande pour un bar de la région parisienne appartenant à un ancien boxeur - Alphonse Halimi - venu passer ses vacances sur la côte basque. " C’est l’archétype d’une industrie dans une région balnéaire, dans le contexte d’un tourisme encore aristocratique à la sortie de la Grande guerre puis bourgeois, avec des pièces de décor, très grandes, d’ornement puis celui d’une démocratisation des loisirs après 1945 ". Entre villégiature haut de gamme et tourisme de masse. " Rapporter une poterie de Ciboure n’était-il pas un souvenir incontournable de son séjour au pays basque ? ".

 

In situ de l'exposition. Poterie d’Art de Ciboure, style antique © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

In situ de l'exposition. Poterie d’Art de Ciboure, style Art Déco © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

" Le parcours chronologique et thématique – avec une section consacrée au façonnage et aux cuissons - évoque l’histoire d’amoureux du pays basque qui y vécurent ", celui d’une entreprise qui compta jusqu’à 20 personnes, d'Edgard Lucat (ou Lukas) et les deux beaux-frères Étienne Vilotte et Louis Floutier jusqu’aux époux Max et Carmen Fischer. Le four à gaz ne surviendra qu’avec Max, dans " une maison restée toujours familiale ", où la Poterie fut équipée de deux fours à bois jusqu’en 1965.

 

In situ de l'exposition. Poterie d'Art de Ciboure. Max Fischer (1932), Vase olive à glaçure bleue et frise ondulée, vers 1992-1995  //  Carmen Fischer (Irun 1934), Coupe sur pied à décor de danseurs de fandango, vers 1980-1980  //  Carmen Fischer (Irun, 1934), Vase olive à décor d’antilopes. Signature " C.FISCHER " et tampon " MFC CIBOURE " vers 1992-1995 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

Richard Le Corrone (Paris 1909 – 1978 Ciboure), Grand vase olive à décor basque, vers 1976, cuit le 11 décembre 1996 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, Musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

Faute de repreneur, la Poterie de Ciboure s’arrêta le 31 décembre 1995, au bout de 76 ans.

La dernière pièce de cette exposition est un Grand vase olive à décor basque par Richard Le Corrone, vers 1976, cuit le 11 décembre 1996, il y a 25 ans. Des photographies et un ouvrage de Robert Brandhof (1952), jeune artiste néerlandais, ultime créateur également de céramiques pour la Poterie – il gravera les pièces au lieu de les peindre -, évoquent cette dernière cuisson.

 

 

 

In situ de l’exposition. Salle Robert Brandhof (Bussum, Pays-Bas, 1952) en résidence à la Poterie d’Art de Ciboure, 1993-1996. Plats de la série azulejos gravés dans le décor © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, Musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

Cliché de Robert Brandhof, la Poterie de Ciboure, 7 juillet 1993 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

Cliché de Robert Brandhof, Max devant le dernier four, 11 décembre 1996 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

La première période de la Poterie, qui prend place dans un ancien chai à bateaux des bords de la Nivelle, fut celle d’une intense expérimentation. Elle s’ouvre magistralement avec un spectaculaire Grand Lébès, orné par Louis Floutier d’un décor basque sur cette pièce tournée par Edgard Lucat, vers 1919-1920. Ce dernier, ayant découvert la céramique grecque lors de son service militaire à Salonique pendant la Grande Guerre, inspirera l'antique dans les décors. Lorsque Floutier et Lucat quitteront la Poterie, en mai 1922, quelques mois après l’arrivée d’Étienne Vilotte, celui-ci continuera quelques temps le style antique. Il introduira le style art déco, développera le décor basque qui deviendra prédominant dès le milieu des années 1930 avec des scènes inspirées fortement de la vie rurale, des pelotaris, des danses. Ce style s’imposera comme spécifique de la Poterie d'Art de Ciboure après 1945.

 

In situ de l’exposition. Poterie d’Art de Ciboure,  grès émaillés d'Étienne Vilotte et de Max Fischer © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020.

Mais, il existe un autre Ciboure, presque méconnu sauf des spécialistes, car impossible de savoir en voyant certaines poteries qu’elles naquirent sur les bords de la Nivelle. Étienne Vilotte aborde dans les années 1930 la fabrication des vases émaillés. " Les couches émaillées se superposent pour l’obtention de coulures contrastées allant du vert, au bleu, au rouge … dans l’obtention du rouge dit sang de bœuf ". La fabrication des vases émaillés sera relancée, par Max Fischer, à la fin des années 1970. Une révélation avec la présentation de ces treize poteries, une rarissime production que j’ignorais. Ces grès susciteront-ils l’attention de connoisseurs ? A suivre. 

 

 

In situ de l'exposition. Poterie d’Art de Ciboure, style néo-basque, 1945-1995 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

Photographie de Rodolphe et Suzanne Fischer, fin des années 1940  //  Richard Le Corrone (Paris 1909 – 1978 Ciboure), Pot basque à anses Jorailla à décor de biches, vers 1950-1960 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

Des nouveaux décors apparaîtront dans les années 1950 lorsque Rodolphe et Suzanne Fischer découvrent fortuitement la production de la Poterie et rachètent l’affaire à Etienne Vilotte en 1945. Le décor se fera landais, japonais, s’inspirera des stèles funéraires sculptées des cimetières.

 

Cette exposition de grande qualité, dans laquelle se devine le discours passionné des deux commissaires, Sabine Cazenave et Jacques Battesti, doit marquer, avec éclat, la reconnaissance de la Poterie d'Art de Ciboure. Enfin.

Il y aura-t-il une suite à cette exposition réunissant 450 numéros provenant de 45 collections dont trois publiques ? Ne pourrait-elle pas être présentée dans un autre lieu ? Paris ? Le musée international de la céramique à Faenza ? 

 

Carmen Fischer (Irun, 1934), Vase olive à décor d’antilopes. Signature " C.FISCHER " et tampon " MFC CIBOURE ", vers 1992-1995 © presse Musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Poterie d’Art de Ciboure. 1919 -1995 / Ziburuko Arte Eltzegintza. 1919-1995

18 juillet 2020 - 3 janvier 2021 / 2020ko uztailaren 18tik - 2021eko urtarrilaren 3ra

Musée Basque de Bayonne / Baionako Euskal Museoak - Bayonne

Commissariat de Sabine Cazenave, directrice, conservateur en chef du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne & Jacques Battesti, attaché de conservation du musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

Pertinente et subtile scénographie de Sabine Cazenave et Jacques Battesti dans une mise en espace épurée de Philippe Linkemper. Une parfaite réussite.

Catalogue. La Poterie d'Art de Ciboure. 208 pages. Environ 350 illustrations. Catalogue bilingue français-basque. Éditions le festin. L’Antiquité revisitée dans les céramiques de Pierre Duboy à Hagetmau par Yves Badetz; L’histoire et les styles de la poterie de Ciboure, 1919-1945 par Séverine Berger; 1945-1995, de la poterie à la fabrique par Sabine Cazenave; Artistes et artisans : les hommes et femmes de la poterie par Daniel Labarbe et Mary-Anne Prunet; Robert Brandhof à la Poterie de Ciboure par Robert Brandhof avec Sabine Cazenave; Karl Lagerfeld, collectionneur de vases de Ciboure par Olivier Ribeton.

http://www.musee-basque.com/

 

Marques et tampons de la Poterie © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2020, musée Basque et de l’histoire de Bayonne.

 

(1) Karl Lagerfeld, Les vases de Ciboure. L'illusion de l'idéal, paru en 2004. Lire également Séverine Berger, Poteries de Ciboure 1919-1945, paru en 1998. Et jakintza.fr/88-autour-de-la-poterie-de-ciboure/

(2) argiles grise-rose de Ciboure et rouge de Biarritz - La Négresse, feldspath de Louhossoa et argile de Socoa puis des Charentes. Pièces façonnées au tour jusqu’en 1950 puis au moulage. 

 

 

 

 

 

 

Trois conférences. Jeudi 10 septembre L’histoire et les styles de la poterie de Ciboure par Séverine Berger, conservateur du Musée de l'Annonciade. Salle Xokoa, sur réservation, 25 places max.  //  Jeudi 29 octobre Table ronde en présence de Carmen et Max Fischer, les derniers propriétaires de la Poterie de Ciboure. Salle Xokoa, sur réservation, 25 places max.  //  Jeudi 26 novembre L’Antiquité revisitée dans les céramiques de Pierre Duboy à Hagetmau par Yves Badetz, conservateur général au Mobilier National. Salle Xokoa, sur réservation, 25 places max.

 

Autre exposition à Saint-Jean de Luz, dans la continuation de celle de Bayonne, puisque les peintres de cette céramique furent également des peintres de chevalet. La Villa Ducontenia, à Saint-Jean-de-Luz, présente Ur Bazterean. Les peintres de la poterie de Ciboure : Louis Floutier, Pierre Almés, Pedro Garcia de Diego, Roger Berné, Carmen Fischer.

Villa Ducontenia -Saint-Jean-de-Luz / Donibane Lohitzune

15 juillet - 13 septembre 2020

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

cazenave sabine 01/09/2020 10:37

Très bel article... une coquille à " boxer" au lieu de " boxeur" : grand merci à vous,
et que Jacques Battesti ne soit cité qu'à la toute fin ... cette exposition lui doit beaucou^p!

Sans doute pourrez -vous vous rattraper lors de la sorite du catalogue qui sort le 2 octobre!
nous vous alerterons!!!!!!

Merci encore , Sabine

Gilles Kraemer 06/09/2020 09:56

un peu trop rapide dans ma réponse votre courriel

Gilles Kraemer 06/09/2020 00:24

je vais corriger pour boxeur Sabine
vous ne m'aviez pas souligné le nom de Jacques Battesti ni son importance, j'ai parlé de lui car cette histoire de cendrier était intéressante. Que son nom ne soit cité qu'à la fin est normal puisque mon texte est dans un déroulé chronologique
Actuellement de retour à BTZ car AG de la SAMBH vendredi, ai eu l'occasion de revenir voir cette exposition, accueilli par Jacques B
A ma connaissance mon texte est le seul de la presse dite parisienne
Nous aurons l'occasion de nous parler lorsque le catalogue sortira. Je ne pense pas redescendre avant 2021
Bien à vous,
G