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Publié par Gilles Kraemer

 

Grand éclat de rire dans l'atelier qui fut celui d'Ingres à l'Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, lorsqu'il y était directeur. Ingres "l'italiano" qui vécut 24 ans en Italie, pensionnaire puis directeur de la Villa. Le palazzo Reale de Milan consacre une exposition (12 mars-23 juin 2019) à cet artiste et à la vie artistique aux temps de Napoléon, "un pittore cinese perduto tra le rovine di Atene" comme le présentait Théophile Silvestre, d'une phrase lapidaire.

 

Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

Nous sommes chez Thomas Lévy-Lasnes (1980), pensionnaire pour l'année 2018-2019. Large carrure. Barbe drue. Yeux pétillants. Accueil chaleureux. Quelques bouteilles vides, restes d'une soirée. Dans son immense atelier traversant, la grande verrière à l'est s'ouvre sur les jardins de la Villa Borghese et de la Villa Médicis dans lequel se promènent des paons, une idée de Muriel Mayette-Holtz, la précédente directrice. La petite fenêtre à l'ouest offre le sublime panorama de Rome. L'on comprend pourquoi Dominique y élut son atelier.

 

 

Gilles Kraemer : Que ressentez-vous dans ce lieu qui est, pour une année, votre atelier ?

Thomas Lévy-Lasnes : Ici, je joue le même jeu, celui de la peinture classique, tout en restant hyper humble à son égard. Je suis humble face à Ingres comme, j'imagine, il le fut face à Raphaël. Comment ne pas ressentir une énergie en ce lieu ? De manière plus mélancolique, je sais qu'Ingres a peint la Baigneuse Valpainçon lorsqu'il était pensionnaire; je joue le même jeu mais pas dans la même catégorie... Mes prédécesseurs furent aussi l'écrivain Luc Lang, l'artiste Alain Fleischer et le peintre Romain Bernini. Ce lien, d'un artiste vers un autre, je trouve ça très beau.

 

Dans l'atelier de Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

G. K. : Comment se déroule votre séjour romain?

T. L. L. : Vivre une année dans cette ville, c'est peindre, visiter des musées et quelques-unes des 900 églises. C'est comme une pause, un temps de se remettre en cause, une réinvention d'une nouvelle technique picturale. Y trouver de l'énergie.

Être artiste, c'est vivre des aventures, ne pas savoir où l'on va. Les influences de Rome sont multiples, j'emmagasine la réalité de tous les jours en la photographiant. Ce temps à la Villa est comme une respiration, un apaisement. C'est un temps pour écouter le monde également; paradoxalement, je prend plus le temps de m'intéresser au monde extérieur ici que quand je suis à l'atelier à travailler tout le temps. Nous sommes une communauté de solitaires chaleureusement accueillie par le personnel de cette demeure.

 

Fresques de la Villa Livia Drusilla, 30 à 20 av. J.-C. © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Palazzo Massimo,  novembre 2016.

 

Gian Lorenzo Bernini (Naples 1598-1680 Rome), L'Extase de sainte Thérèse ou Transverbération de sainte Thérèse, marbre,  1652 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Santa Maria della Vittoria, 2019.

G. K. : L'histoire de l'art tient une grande importance chez vous. Que regardez-vous, que découvrez-vous ?

T. L. L. : Je regarde la peinture des Primitifs florentins et siennois. Les Caravagesques et naturellement Caravaggio; je suis retourné spécialement au Palazzo Barberini pour revoir Judith et Holopherne revenue de Jacquemart-André où elle fut exposée à l'automne 2018. Regarder Bartolomeo Manfredi. Guido Reni et sa fresque de l'Aurore au Casino dell'Aurora Pallavicini Rospigliosi. Le musée étrusque de la Villa Giulia. L'Extase de sainte Thérèse du Bernin dans la petite église Santa Maria della Vittoria. Les fresques de la Villa de Livia au Palazzo Massimo, Musée National Romain. Je me suis également rendu à Naples, à Capodimonte, pour me retrouver face à La Parabole des aveugles de Brueghel l'Ancien.

[NDR sur le mur une cinquantaine de cartes postales d’œuvres qu'il a vues dans les musées visitées].  

 

Dans l'atelier de Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

G. K. : Votre bibliothèque, très importante, occupe une large place dans l'atelier ?

T. L. L. : Oui, elle contient de nombreux ouvrages relatifs à la peinture. Caravaggio, Van Dyck, Titien, Valentin de Boulogne, Agnolo Bronzino. Pierre-Jacques Volaire dont j'ai découvert les éruptions nocturnes du Vésuve, Guido Reni de Gérard-Julien Salvy... .

 

Dans l'atelier de Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

G. K. : Peintre, vous l'êtes mais vos domaines d'activités sont multiples ?

T. L. L. : Je publie dans la revue CITIZENK international, magazine trimestriel, des articles sur l'art tel Le génie sur abandon consacré aux tableaux non finis. J'ai co-écrit le scénario de Victoria de Justine Triet en 2016. J'ai réalisé la même année Le Collectionneur, l'histoire d'Émilien un jeune peintre figuratif accueilli par un grand collectionneur qui s'apprête à déménager pour Hong-Kong; il possède tous les maîtres anciens, même Léonard de Vinci qu'Émilien a droit de toucher. http://ciel.ciclic.fr/ciel15-le-collectionneur-de-thomas-levy-lasne-0-court-metrage-en-ligne

J'ai co-organisé un colloque au Collège de France La Fabrique de la Peinture en octobre 2014, deux journées d'études placées sous ma direction scientifique et celle de Marc Molk. Mon intervention, parmi celles de 15 autres peintres, porta sur Le grand jeu : peinture de la réalité, réalité de la peinture. www.youtube.com/watch?v=cDGJ9z5Gens

J'ai également travaillé pendant cinq années avec le critique d'art Hector Obalk, l'accompagnant filmer des grands maîtres de la peinture dans des musées européens. La culture par l'image est très importante.

Dans le cadre des Giovedi de la Villa, j'ai invité Isabelle de Maison Rouge en février 2019 pour une conférence Vitalité de la peinture contemporaine, la scène française, en présence des peintres Mireille Blanc, François Boisrond, Claire Chesnier et Maude Maris. Nous avons traité de 120 peintres contemporains en 1h 50, une manière pour moi également d'incarner une énergie débordante qui ne trouve pas encore sa place ou des relais en France.

[NDR A travers la projection d'une centaine d’œuvres de peintres et des vidéos, il était proposé un panorama non exhaustif de la vitalité de la peinture en France] www.youtube.com/watch?v=i0MuIpRZ0VI

 

Dans l'atelier de Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

G. K. : Votre peinture ?

T. L. L. : Mon premier choc pictural le fut devant la peinture de Lucian Freud. Je découvrais un peintre vivant, présentant une peinture contemporaine excellente, une preuve par les faits que ce jeu est encore possible.

Ma peinture, c'est celle de la réalité, de la banalité. De la non communication entre les personnes. L'ordinaire de la vie que je saisis, que je fixe par la photographie en premier, point de départ de mon travail et que j'interprète ensuite sur la toile. Le site Internet Cam 4 pour ma série de dessins Web cam. Ma série d'aquarelles Fête ? Comme à travers le regard d'un alcoolique, lorsque toute hiérarchie n'existe plus. Ma peinture est un rapport avec la société.

 

Dans l'atelier de Thomas Lévy-Lasne © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019.

G. K. : Une appréhension du retour ? Sur le mur, un calendrier punaisé, les jours passés sont barrés.

T. L. L. : Oui. Terriblement.

 

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à Rome à titre personnel

ringraziamenti al servicio programmazione culturale e comunicazione della Villa

 

 

Villa Médicis www.villamedici.it/

Thomas Lévy-Lasnes www.thomaslevylasne.com/

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