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Cécile Debray, commissaire de l'exposition BALTHUS devant La Chambre turque (1965-1966) © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015. 

Gilles Kraemer : Après plus de 15 ans, après l'exposition Balthus au palazzo Grassi à Venise (9 septembre 2001 - 6 janvier 2002), réunissant 205 numéros, commissariat de Jean Clair, Balthasar Klossowski de Rola (1908 - 2001)?, plus communément appelé Balthus, revient en Italie, à Rome, cette ville dans laquelle il fut de 1961 à 1977 directeur de l'Académie de France - Villa Médicis. Commissaire de cette exposition se tenant à la Villa Médicis et aux Scuderie del Quirinale, passer de Marcel Duchamp [Cécile Debray fut la commissaire de l'exposition Duchamp au Centre Georges Pompidou à l'automne 2014] à Balthus, n'est-ce pas un grand écart pour vous ?

Cécile Debray : Rappelons le sous-titre de l'exposition Duchamp au Centre Georges Pompidou qui était "La peinture, même". Le point commun entre ces deux expositions, s'il faut en trouver un, est la réflexion sur la peinture. Évidemment ces deux univers sont éloignés. Il y a chez tous les deux, une réflexion sur la peinture à travers la question de la technique. Et, c'est peut-être ce qu'apporte cette exposition sur Balthus. Une réflexion sur Balthus peintre. Son rapport à la matière, à la technique, en concordance avec ce qu'il représente. La peinture est à la fois un projet intellectuel et un projet matériel. Cette rencontre m'intéresse.

Balthus à Rome ?

C'est la première fois que se tient une grande rétrospective Balthus à Rome, commande souhaitée pour les Scuderie et la Villa Médicis, dans une cohérence du parcours entre les deux lieux. Aux Scuderie, environ cent-cinquante œuvres retracent les étapes de sa carrière, en un parcours chronologique. La Villa accueille le dernier chapitre de cette rétrospective présentant à partir d'une cinquante d'œuvres deux aspects : la production de Balthus durant son séjour romain et le processus créateur jusqu'à ses toutes dernières peintures. 

Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015

Villa Médicis, la Chambre turque © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015

À l'occasion de l'exposition à la Villa, il est possible de visiter, pour la première fois, la Chambre turque et certains des espaces de la Villa décorés par Balthus - les galeries de Ferdinand de Médicis, le salon de musique, la loggia et l'appartement du Cardinal -. La Villa Médicis serait-elle, en elle même un Balthus, un immense Balthus ?

Lors de son directorat, Balthus a totalement remodelé l'espace de la Villa. Il a recréé une atmosphère très particulière, très "balthusienne". Il suffit de penser qu'au XVIeme siècle ou au XVIIeme siècle les murs n'étaient jamais nus, mais recouverts de cuirs, de tapisseries, pour saisir le caractère de récréation imaginaire de ce que serait un palais au XVIeme pour Balthus dans ces espaces. Je pense qu'il y a plus de rapports avec les décors de théâtre qu'il a réalisés pour Antonin Artaud [Les Cenci] ou Albert Camus [L'Etat de siège] dans cet espace scénographié, extraordinairement contemporain. Paradoxalement, il veut atteindre un état du passé qui serait celui de la Renaissance mais il construit un endroit très moderne qui lui ressemble beaucoup avec des espaces vides ponctués de luminaires créés à partir de tuyaux de fer selon une conception dramatisée et dépouillée. En revanche, les quelques éléments de mobiliers qu'il crée, tels les lits à baldaquin, ont un aspect factice qui peut laisser perplexe.

 

© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015

© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, La rétrospective, Scuderie del Quirinale, Rome, 23 octobre 2015

Sur quelles oeuvres, parmi les 200 présentées, souhaitez-vous apporter un regard plus soutenu ?

À la Villa est exposée de manière exceptionnelle, venue du Centre Georges Pompidou, La Chambre turque, oeuvre peinte dans la fameuse pièce décorée par Horace Vernet. Fragile, elle est très rarement prêtée. 

Dans cette rétrospective romaine, figurent des tableaux absolument majeurs comme le tableau préparatoire de La Rue, 1929, venant d'une collection privée, jamais exposé, mis en parallèle avec La Rue (MoMA, New York), tableau manifeste de 1933, permettant de saisir une rupture dans sa façon de peindre [ndr : à New York, il est présenté sur le mur extérieur de la cafétéria de ce musée. Son retour au Museum of Modern Art lui permettra-t-il de trouver un espace digne et non cette sorte de couloir, ce passage ; l'on passe devant cette œuvre emblématique sans la voir !]. 

Il faudrait mentionner La Toilette de Cathy (Centre Georges Pompidou), Les Enfants Blanchard (Musée national Picasso) ou encore La Chambre (collecion privée). J'ai tenu, à travers cette sélection, outre les jalons majeurs, montrer des aspects plus inattendus : son travail sur le théâtre, ses liens avec Giacometti ou encore ses paysages. Si l'immense tableau La Montagne du Metropolitan museum n'est pas venu, mais cette institution new-yorkaise ne le prête jamais, son étude (Metropolitan Museum) est cependant exposée aux Scuderie ainsi que quatre paysages de l'Yonne et ceux de son séjour romain : les paysages de Monte Calvello.

Est-ce difficile d'exposer Balthus ? Le Museum Folkwang à Essen n'avait-il pas annulé une exposition de Polaroid du peintre, en 2014, représentant Anna, un jeune modèle qui a posé pour lui !

C'est ce que l'on pouvait craindre mais l'exposition à Rome fait la démonstration du contraire. C'est un peintre qui a des préoccupations de peintre. Qui avance, qui s'interroge sur la technique, sur les textures, les rendus, avec son propre univers fantasmagorique, littéraire, poétique. Son œuvre fonctionne comme un tout et, si on le regarde avec un peu d'humilité, il est tout à fait présentable et compréhensible du public.







Balthus, La Chambre turque, 1963-1966. Caséine et tempera sur toile, 180 x 210 cm. Paris, Centre Pompidou. Musée national d’Art moderne. œuvre © Balthus © MONDADORI PORTFOLIO/Leemage/Photo Josse

L'exposition de la Villa s'ouvre par La Chambre turque (1965-1966) représentant Setsuko Ideta, son épouse japonaise ? Qu'elle est sa place dans son œuvre ?

En tant que peintre, il s'inscrit dans la continuité des peintres. À travers La Chambre turque, Balthus propose une reformulation de l'orientalisme selon un jeu spirituel de références à ses deux illustres prédécesseurs : Horace Venet qui décora la Chambre turque en 1833 et Ingres, le peintre des odalisques et fameux directeur de l'académie de France à Rome pendant de longues années. Son odalisque à lui est japonaise et il s'inspire pour la composition de sa série - Japonaise au miroir noir,  Japonaise à la table rouge (collection privée, exposée également à la Villa) - d'estampes japonaises.

Qui était donc Balthus ?

Avant tout un peintre qui, par sa longévité, le sera jusqu'à l'aube du XXIeme siècle, occupant une position paradoxale et souvent facétieuse - ses dessins à la façon du XVIIeme siècle, son univers érotique dérangeant, son utilisation du Polaroïd, ses grandes toiles inachevées... - qui livre aujourd'hui une interrogation sur la peinture très vivace.

Gilles Kraemer & Antoine Prodhomme (déplacement et séjour à Rome à titre personnel)

© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015
© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015

© Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, présentation presse de l'exposition BALTHUS / Balthus, L'Atelier, Villa Médicis, Rome, 23 octobre 2015

BALTHUS

Scuderie del Quirinale, La rétrospective

Accademia di Francia a Roma - Villa Medici, L'atelier

24 octobre 2015 - 31 janvier 2016

Commissariat de Cécile Debray. Co-commissariat de Matteo Lafranconi pour les Scuderie del Quirinale.

L'exposition sera visible au Kunstform Wien à Vienne, du 17 février au 19 juin 2016, avec l'intérêt d'une mise en évidence des liens entre le peintre et la culture germanique, révélant l'influence décisive de la pensée Mitteleuropa sur son travail.

Catalogue lu en italien. Préfaces d'Ignazio R. Marino et Éric de Chassey. Avant-propos de Cécile Debray et Jean Clair. 250 illustrations. 282 pages. Éditions Electa. Prix 39 euros.

A l'occasion de l'exposition, la Chambre turque ainsi que certains espaces décorés par Balthus à la Villa Medici sont accessibles au public, dans le cadre de la visite guidée de l'exposition.

Scuderie del Quirinale

via XXIV Maggio 16 - 00187 Roma

www.scuderiequirinale.it

Accademia di Francia a Roma – Villa Medici

viale Trinità dei Monti, 1 - 00187 Roma

www.villamedici.it

Métro ligne A, arrêt Spagna puis 5 minutes à pied ou emprunter l'ascenseur en sortant du métro si l'on ne souhaite pas monter l'escalier de la chiesa della Trinità dei Monti. Les deux expositions sont à quinze, vingt minutes à pied, l'une de l'autre.

Voir également à Rome l'exposition de dessins aux Musées capitolins : Raffaello, Parmigiani e Barocci. Metafore dello sguardo / Raphaël, Le Parmesan et Le Baroche. Métaphores du regard, jusqu'au 10 janvier 2016. 

Tag(s) : #Venise et Italie, #Entretien à 210 km-h