Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Gilles Kraemer

 

Alexander Calder, Mobile à la croix de Lorraine dit France Forever, acier, fer, bois, cartons, ficelles, en cinq parties démontables, 1942, H. : 180 cm ; L. : 170 cm. © Paris - musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël / 2020 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. 

Gilles Kraemer. 

Grâce au mécénat du CIC - mécène depuis 2003 du musée de l'Armée -, le Mobile à la croix de Lorraine dit France Forever, d'Alexander Calder intègre les collections de l'institution parisienne. Cette acquisition d'un bien culturel présentant un intérêt majeur pour le patrimoine national portait sur un mécénat d'entreprise de 6 000 000 €.

www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=FFEDD2C33FAA6F43E317579706189A46.tplgfr33s_1?cidTexte=JORFTEXT000039110750&dateTexte=&oldAction=re

Conservée en mains privées depuis son achat par Jean Davidson, correspondant de l’AFP à Washington en 1944, futur gendre de Calder et grand défenseur de l'œuvre de son beau-père, ce mobile a été acquis auprès d'une galerie parisienne du VIIIe arrondissement qui le tenait du représentant des héritiers.

 

Ce mobile fut présenté au musée des Arts décoratifs  en 1989 (15 février - 21 mai) dans l'exposition Calder intime : Paris, commissariat de Daniel Marchesseau (1). " Un étendard dans tous les sens du terme, figurant en très bonne place, au sein de celle-ci " comme nous le rappelle Daniel Marchesseau rencontré à l'occasion de cette acquisition. " Forte d'une signification propre, soulignée par tous les observateurs, l'exposition voyagea entre le Mexique, New York, Minneapolis, Tokyo & Kyoto "  précise-t-il. Totalement inédite, dans une signification de l'intime, poursuit Daniel Marchesseau, cette exposition présentait des jouets, des bijoux, la vidéo du Cirque, des mobiles singuliers, la tête de lit en argent de Peggy Guggenheim, magnifiés par Calder qui avait le génie de la réappropriation de quelques objets pour créer. ". 

Alexander Calder fut sollicité par Henri Hoppenot, grand serviteur de l'Etat et des arts, ami de  Saint-John Perse, Paul Claudel, Darius Milhaud. Chef des services civils de la mission militaire française aux États-Unis pendant la Seconde guerre mondiale, il sera élevé à la dignité d'ambassadeur de France et deviendra en 1955 représentant permanent de la France à l’ONU. (2)

Cet mobile, qu'est-il ? " Il est fait de matériaux pauvres, un manche à balai, des objets trouvés, du bois, du carton. Cette pauvreté des matériaux symbolise la France qui survivra grâce au génie de la résistance et de ses amis et soldats compatriotes à l'étranger comme de ses habitants qui vont créer quelque chose de nouveau qui sauront recréer une nation forever. Une œuvre qui par son économie de moyens et sa composition chromatique joyeuse est le meilleur message d'espoir qu'un américain aussi francophile que Calder pouvait nous adresser. Spectaculaire, prégnante et puissante " conclut  Daniel Marchesseau. 

 

 

Affiche France Forever © Droits réservés.    

Du nom de ce mouvement de soutien à la Résistance, et relais des représentants de la France libre, fondé en 1940 aux États-Unis d'Amérique, France Forever, témoigne de l'engagement du sculpteur, peintre et cartonnier Alexander Calder (Lawnton 1898-1976 New York).  

Il fut sollicité, également, par son ami l'architecte Paul Nelson, ancien aviateur volontaire dans l’escadrille La Fayette durant la Grande Guerre et membre du comité exécutif de France Forever afin de participer à une exposition documentaire et artistique de soutien au mouvement. Une exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen, à l'été 2019, revenait sur les liens unissant ces deux américains et d'autres artistes lors de leurs séjours à Varengeville, en Normandie : Braque, Miró, Calder, Nelson... Varengeville, un atelier sur les falaises (5 avril - 2 septembre 2019) www.lecurieuxdesarts.fr/2019/07/attention-les-britanniques-de-

Alexander Calder, Mobile à la croix de Lorraine dit France Forever, acier, fer, bois, cartons, ficelles, en cinq parties démontables. 1942.  H. : 180 cm ; L. : 170 cm.. (détail) © Paris - musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël / 2020 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris.     

Le sculpteur crée, pour cette occasion, ce mobile. Le produit de la vente est reversé aux fonds de soutien aux combattants de la France Libre. Il s’agit d’un mobile qui associe, sous forme d’ailettes, les trois couleurs du drapeau français articulées à une Croix de Lorraine d’un jaune solaire, symbole de liberté et de résistance, surplombant des nuées noires acérées représentant l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste." Le mobile frappe par sa puissance formelle ; la croix de Lorraine brandie comme un étendard et les tiges métalliques piquées de pétales aux couleurs du drapeau français, surplombant une inquiétante nuée de formes noires, donnent son poids historique et sa charge émotionnelle à cette œuvre rare et atypique dans l'œuvre de l'artiste et emblématique de la solidarité américaine à l'égard de la France occupée et de la reconnaissance de l'artiste envers un pays qui l'a accueilli et révélé en tant qu'artiste pendant l'entre-deux-guerres. "www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=FFEDD2C33FAA6F43E317579706189A46.tplgfr33s_1

Pour Alfred Pacquement, président d'honneur de l’association de l’atelier Calder à Saché - Laurent Le Bon, président du Musée national Picasso-Paris en assume la présidence depuis l'automne 2019 - " L’intégration d’une Croix de Lorraine dans le dispositif formel du mobile, le jeu coloré des pétales reprenant les couleurs du drapeau français, en font une œuvre remarquable, d’une grande audace et parfaitement cohérente avec le langage plastique de l’artiste. ".  

Danier Cordier © Droits réservés.

Daniel Cordier a apporté son parrainage à cette acquisition. Pour Nicolas Théry & Daniel Baal, président et directeur général du CIC - Crédit Industriel et Commercial, "  Calder met la puissance de l’art au service de l’esprit de résistance. Rejoignant ainsi le goût de Jean Moulin ou de Daniel Cordier pour l’art contemporain, lumière au cœur des ténèbres nazies. ".

Cette acquisition sera exposée dès juin 2020 au sein de l’Historial Charles de Gaulle, dans le cadre des commémorations nationales marquant le 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 et à la faveur de la rénovation de cet Historial. 

 

 

(1) Je renvoie au catalogue-ouvrage Calder intime publié par Solange Thierry/Bibliothèque des Arts - trad. The Intimate World of Alexander Calder (exposition itinérante Mexico NY, Minneapolis, Tokyo, Kyoto, 1990)  & à celui de l'exposition Alexander Calder Sculpteur : 1898-1976  au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, été-automne 1996, catalogue par Suzanne Pagé, Lars Grambye, Daniel Marchesseau, et al. 

(2) Renvoi au Journal 1940 -1944 d'Hélène Hoppenot, son épouse. 464 pages. Mars 2019. Éditions Claire Paulhan.  Édition établie et annotée par Marie France Mousli, qui a déjà proposé le Journal 1918-1933 de Hélène Hoppenot, paru en 2012, puis le Journal 1936-1940, paru en 2015.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article