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Publié par Gilles Kraemer

"C'était un temps béni nous étions sur les plages

Va-t-en de bon matin pieds nus et sans chapeau

Et vite comme va la langue d'un crapaud

L'amour blessait au cœur les fous comme les sages".

Guillaume Apollinaire, Case d'Armons-Les Saisons, Calligrammes.

Œuvres de Barthélémy Toguo. Exodus, 2013. Vélo, charrette, tissus. 220 x 360 x 160 cm.. À gauche The Tempest, 2016. Encre et acrylique sur papier marouflé sur toile. 200 x 200 cm.. À droite Déluge IX, 2016. Encre sur papier marouflé sur toile. 200 x 200 cm.. Courtesy Galerie Lelong & Co, Paris et Bandjoun Station © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Picasso à Biarritz à l'été 1918. L’École Supérieure d’Art Pays Basque fête en 2018 ses 10 ans. A un siècle de distance, dans ces dates anniversaires, quel est le lien entre le malacitain et des artistes contemporains pour cette exposition biarrote au Bellevue, si bien dénommé puisqu'il regarde la Grande plage ? "Deux temps marqués par une agitation rebelle [...] Deux temps associés à un centre mobile, fragile [...] Biarritz est ce centre verticalement ordonné face à la mer... " comme le souligne Didier Arnaudet, le commissaire de cette exposition. Tous ont un rapport avec la cité océane.

Pablo Picasso, Les Baigneuses, 1918. Huile sur toile. 27 x 22 cm.. © Succession Picasso, 2018 © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso - Paris).

Picasso y séjourne deux mois, en voyage de noces avec Olga Kokhlova, tout les deux invités par Eugenia Errazuriz (1860-1951), collectionneuse, mécène, fille d'un magnat. Le couple résidera dans la villa La Mimoseraie d'Eugenia qui souhaitait avoir "son peintre" près d'elle, au 10, rue de Constantine.

Œuvres de Fabrice Hyber. Au premier plan Je s'aime, 2011. Livre d'artiste. Au mur Peinture homéopathique n°4? 1986-1991. Plastique de prothèse, papier, époxy, fusain, aquarelle, encre, savon, aluminium, élastomère, coton-tiges, plastique et photographie. 124 x 323 x 23 cm.. Collection CAPC musée art contemporain de Bordeaux toutes les deux © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Pour les artistes contemporains, de Pascal Convert à Delphine Coindet, de Grout/Malzéas à Fabrice Hyber ou Annette Messager, ils furent tous invités par cette École.

Vitrine des écrivains dans la salle Coco Chanel et Biarritz. Cocteau et Apollinaire © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

L'on a tendance à l'oublier mais Gabrielle Chanel était bibliophile et faisait relier ses ouvrages, elle mécénait les écrivains. L'exposition à Venise, Chanel. La donna che legge (17 septembre 2016 - 8 janvier 2017) à la Ca Pesaro souligna cette facette de Gabrielle.

Évoqués dans cette exposition même s'ils ne séjournaient pas à Biarritz en ces temps de guerre, les amis Jean Cocteau et Guillaume Apollinaire. Jean Cocteau qui était avec Picasso à Rome l'année précédente pour le ballet Parade, qui assista au mariage de l'artiste, auteur de Le Cap de Bonne Espérance. Guillaume Apollinaire, auteur de Calligrammes - Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), ouvrage accompagné d'un portrait par le peintre de l'auteur représenté trépané.

Même s'il est l'oublié de l'affiche de l'exposition, l'ami-poète Blaise Cendrars, qui perdra le bras droit lors de la Grande guerre, est bien présent dans cette exposition avec J'ai tué dont un glaçant extrait est reproduit dans le catalogue : "J'ai tué le Boche. J'étais plus rapide que lui. Plus direct. J'ai frappé le premier. J'ai le sens de la réalité, moi,  poète". L'auteur de La Prose du Transsibérien avait l'instinct de survie !

Boutique CHANEL à Biarritz, 1931 © Bibliothèque nationale de France / photographie Séeberger.

De 1926 à 1933, la boutique sera au 10, place de la Liberté (aujourd'hui 27, place Clémenceau). De 1915 à 1926, elle se trouvait au 6-7 rue Gardères, dans la Villa Larralde appartenant à la vicomtesse de L'Hermite.

Biarritz en ces temps de guerre - évoqués par des photographies du Grand hôtel transformé en lieu de convalescence pour les gazés et des photographies d'anciens combattants par Éric Poitevin (2010) - était un lieu agréable pour de nombreuses personnes ayant préféré quitter Paris et s'installer dans cette la ville proche de l'Espagne, neutre. Gabrielle Chanel, dans un souci de proximité avec ses clientes, ouvre en 1915 une succursale de sa maison de couture, dans un lieu stratégique biarrot, la rue menant vers la Grande plage et le casino; cette activité cessera en 1933. Le portrait de Mademoiselle par Cocteau et des photographies rappellent sa présence à Biarritz.

Salle des photographies de Denis Darzac de la série Act (2008-2011), tirage lambda réalisé à partir d'un fichier numérique et Act 2 (2015), tirage jet d'encre réalisé à partir d'un fichier numérique. Courtesy Galerie RX, Paris © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Et Picasso pendant ce temps ? Travailleur invétéré. Le "Minotaure" ne cessait de peindre et de dessiner des Arlequins, des Pierrots, des baigneuses.

Quatrain de Guillaume Apollinaire © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

L'iconique Les Baigneuses, - l'une dansant, l'autre se prélassant et la troisième se coiffant devant le phare - nous accueille à l'entrée de l'exposition. Les torsions des danseurs de Nina Childress, les photographies de Denis Darzac, les femmes nues d'Éric Poitevin (2010) ou la femme, vue de dos, en maillot de bain, de Marc Desgranchamps (2016) rappellent ces trois femmes.

Paul Rosenberg, son nouveau marchand parisien, profitant d'un voyage à Biarritz, lui commande le portrait très hiératique et sec de son épouse et de sa fille Micheline manifestement peu contente (1918), présenté au côté d'une photographie d'une jeune fille diaphane d'Éric Poitevin (2010).

La chambre bleue à La Mimoseraie. Dessin d'Éric Maurus © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Fin septembre 1918, Pablo quitte Biarritz, laissant dans cette villa des peintures au trait noir dans "la chambre bleue"; baigneuses, Vénus et Amour, Fortune et fleurs sont accompagnés du quatrain de Guillaume. Il n'y reviendra plus. De la souvenance in-situ de ces fresques, il reste des photographies de Georges Gimenez (1961), la villa ayant été détruite dans les années 1960.

Daniel Buren, Encadrant-Encadré, 3 rythmes pour 4 murs, 1991-2005. 2,8 x 4 x 5 mètres. Collection Centre national des arts plastiques, dépôt au CAPC, centre d'art contemporain de Bordeaux. Construction réalisée sur le site © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Comme en écho à Pablo, la pièce rouge, verte, violette, rose, jaune de Daniel Buren Encadrant-Encadré, 3 rythmes pour quatre murs dont les murs sont couverts de cadres de guingois dans lesquels s'insère "la marque" du peintre : la rayure.

Dans une correspondance de couleur, celle du gris irisé de Bertrand Lavier Rue Saint Séverin n°2 (2008) et de Julien Prévieux Pickpocket (2015), l'ensemble fonctionne dans ce jeu du dialogue du mouvement mais, convoquer Guillaume Apollinaire "Je suis l'invisible qui ne peut disparaître..." et Jean Cocteau "La libellule au mufle d'ébonite..." pour les rattacher aux poètes et amis de l'Espagnol interroge ! Le printemps au fond de la mer (1917-1920) de Jean Cocteau entre plus dans la résonance de Barthélémy Toguo The Tempest (2016) et Déluge IX (2016) dans la poétique de "l'aéronaute tombe des cieux de la mer" et "le corail bourgeonne et les éponges respirent l'eau bleue".

Carmelo Zagari, Volubilis 1 - Les Forains; Volubilis 2 - Arlequin et Minotaure; Volubilis 3 - Les Baigneuses, avril 2018. Huile sur toile. 60 x 80 x 3. Collection de l'artiste © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, Biarritz, exposition Biarritz 1918 & 2018.

Carmelo Zagari. Triptyque dans un libre interprétation de la Mimoseraie et de l'univers de Picasso réalisé à l'occasion de cette exposition, comme indiqué sur le cartel. Volubilis 1 - Les Forains, Volubilis 2 - Arlequin et Minotaure, deux peintures dans lesquelles se retrouvent de nombreux références picassiennes : le Pierrot, les Saltimbanques, l'Arlequin, le Minotaure, Guernica, le Cavalier. Volubilis 3 - Les baigneuses plus dans l'influence de Max Ernst et de l'artiste iranienne Nazanin Pouyandeh dans le dos tatoué de la jeune femme au miroir. Pour mémoire, Carmelo et Nazanin sont représentés par la galerie parisienne Sator. Alors, rendez-vous du 1er au 15 septembre 2018, chez Vincent Sator, pour l'exposition de Carmelo.                  .

Gilles Kraemer

déplacement et séjour personnels à Biarritz

Biarritz. 1918 & 2018

7 juillet - 30 septembre 2018

Le Bellevue - Biarritz

Commissaire d’exposition : Didier Arnaudet / Scénographe : Sylvain Roca

Pablo Picasso, Guillaume Apollinaire, Gabrielle Chanel, Jean Cocteau & Daniel Buren, Nina Childress, Delphine Coindet, Pascal Convert, Denis Darzacq, Marc Desgrandchamps, Hervé Di Rosa, Gloria Friedmann, Grout/Mazéas, Fabrice Hyber, Bertrand Lavier, Annette Messager, Éric Poitevin, Julien Prévieux, Barthélémy Toguo, Carmelo Zagari.

Catalogue. 64 pages. Éditions Affaires culturelles de la ville de Biarritz. 

 

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