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Publié par Gilles Kraemer

Georges Lallemant (Nancy, circa 1575 - 1636 Paris), Le Christ devant Hérode (détail). Graphite, calame et encre métallo-gallique, lavis sur papier vergé.

 

Le dessin jusqu'à Dieu, enfin... presque jusqu'à Dieu.  

En réalité jusqu'à Antoine Dieu.

En quinze stations de 53 dessins, dont 40 jamais montrés, certains réattribués, provenant du fonds français de dessins du musée d'Orléans. Pour les accueillir "Port-Royal, lieu sublime où l'on tutoie Pascal et Racine" comme le souligne Corentin Dury dans le catalogue de cette exposition, "des années 1630 à la régence de Philippe d'Orléans [...], de l'héritage de la seconde école de Fontainebleau jusqu'au tournant du siècle des Lumières". Ce cabinet orléanais, riche de 15 000 feuilles, demandant à être exploré comme nombre de musées des provinces, a fait l'objet de publications depuis celle de Monique Lavallée en 1953 sur les dessins français du 17 et 18ème siècles : Éric Pagliano en 2003 sur les dessins italiens du 15 au 18ème siècle, Mehdi Korchane sur la période des Lumières à celle du Romantisme.

 

Pour cette exposition, Corentin Dury a sélectionné des dessins français du XVIIe siècle dans une thématique religieuse avec l'incise, en fin de parcours, de trois dessins du fonds français qui semblent aujourd'hui rejoindre le catalogue italien. Une Annonciation quitte son anonymat pour devenir un Giovanni Lanfranco, une Draperie se tourne vers l'école de Bologne et l'Allégorie de la Pénitence penche vers un artiste actif à Rome (avec un point d'interrogation). Montrant avec humilité que le dessin est monde mouvant, celui des attributions ou ré-attributions, deux feuilles anonymes sont en attente d'un nom derrière deux plumes.

Comme le précise Corentin Dury - auteur du remarquable catalogue des peintures italiennes et hispaniques des XIVe au XVIIIe siècles du musée de Tessé du Mans - cette exposition magnycoise fut conçue véritablement comme "une chasse aux trésors" dans un XVIIe siècle très large, de Louis le treizième à Louis le quatorzième, avec des dessins merveilleux, pour "le plaisir de l'œil et de la surprise".

Le Christ devant Hérode de Georges Lallemant débute fortissimo le parcours en attirant le regard du connoisseur dans cette composition monumentale de la figure imposante du Christ (couverture du catalogue), son goût maniériste dans les costumes, ce dessin raffiné longtemps attribué à un autre Lorrain : Jacques Bellange.

 

Laurent de La Hyre (1606 - Paris - 1656), Saint Luc (détail). Pierre noire, plume, encre et lavis sur papier vergé © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, mars 2018.

Second coup de cœur, dans la diagonale du regard du Lallemant, dans ce jeu de correspondances du grand goût de la belle feuille, trois sublimes pierres noires, avec la subtilité du lavis construisant l'image : Saint Luc, un Prophète et Saint Grégoire (?) de Laurent de La Hyre. Manifestement une iconographie préparatoire à un décor plafonnant. Michel I Corneille (né à Orléans vers 1603), au corpus faible d'une trentaine de dessins, sublimise la vivacité de l'expression d'une Tête d'homme de trois quarts, délicatesse se retrouvant dans le visage de l'archange de L'Annonciation d'après l'entourage d'Eustache Le Sueur.

 

Pierre Mignard (Troyes 1612 - 1695 Paris). À gauche Étude de mains et d'un pied. Sanguine, pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier. 175 x 214 mm. À droite Sainte Thérèse d'Avila en prière devant le Christ en croix. Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier vergé. 205 x 173 mm. En bas frontispice gravé par Nicolas Pitau d'après Pierre Mignard, pour Les Œuvres de sainte Thérèse, traduction d'Arnaud d'Andilly, 1670 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, mars 2018.

Sur les terres de ces messieurs de Port-Royal, Philippe de Champaigne vient de suite en mémoire avec une copie de Saint Jean l'évangéliste et Nicolas de Platemontagne avec Marie Madeleine en prière. Le frontispice d'un ouvrage consacré aux Œuvres de sainte Thérèse, dans une traduction du "solitaire" Arnauld d'Andilly renvoie à Sainte Thérèse d'Avila de Pierre Mignard placée à côté d'une magistrale sanguine du même, soucieux de perfection dans l'Étude de mains et d'un pied.

 

 

Antoine Dieu (1662 ? - Paris - 1727). La Décollation de sainte Cécile. Pierre noire et sanguine sur papier vergé (détail) © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, mars 2018.

La grande liberté du lavis d'Arnould de Vuez L'Adoration des bergers, dans "une rapidité et une légèreté" donnant une parfaite image du tableau qui en surgira nous guide vers la puissance des coloristes, celle de Charles de La Fosse et de sa Sainte Famille. Déjà le 17ème s'estompe sous deux puissantes sanguines d'un ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome : Antoine Dieu avec la théâtrale Apparition des instruments de la Passion et La Décollation de sainte Cécile.

Une conclusion éblouissante de ce parcours faisant (re)surgir les merveilles du cabinet des dessins d'Orléans dans "la délectation, la jouissance esthétique" éprouvées dans chacun de ces dessins

Gilles Kraemer

 

 

 

Antoine Dieu (1662 ? - Paris - 1727). L'Apparition des instruments de la Passion à la Vierge à l'enfant. Sanguine et lavis gris sur papier vergé, traits d'encadrement à la sanguine. 285 x 320 mm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, mars 2018.

 

Traits divins. Dessins français du musée d'Orléans. XVIIe siècle

23 mars - 1er juillet 2018.

Prolongation jusqu'au 15 juillet 2018

Musée national de Port-Royal des Champs

Route des Granges - 78114 Magny-les-Hameaux

 

Catalogue publié sous la direction de Corentin Dury. Préface de Philippe Luez, directeur du musée. Conversation entre Louis-Antoine Prat et Pierre Rosenberg Les Messieurs du dessin. Corentin Dury D'Orléans à Port-Royal. De Lallement à Dieu. Notices des 53 dessins présentés. Éditions Snoeck. Prix 25 €.

 

Internet www.port-royal-des-champs.eu/

 

Plaquette-carnet en accompagnement de l'exposition. Selon quatre parcours : dessins, diversité des sujets religieux, techniques ou usages des dessins.

Directeur de ce musée depuis 2005, Philippe Luez vient de publier aux éditions Belin Port-Royal et le jansénisme. Des religieuses face à l'absolutisme. De la "Journée du Guichet" du 25 septembre 1609 à la destruction des bâtiments conventuels de l'abbaye des Champs sur ordre de Louis XIV en 1710, c'est la vie quotidienne et héroïque d'une communauté de femmes qui résista jusqu'au bout au pouvoir royal qu'il évoque.

Internet www.belin-editeur.com/port-royal-et-le-jansenisme#anchor1

 

Samedi 19 mai 2018 à 20h, dans le cadre de la nuit européenne des musées 2018, Johann Sebastian Bach: Aria avec différentes variations pour clavecin à deux claviers, plus connue sous le nom de Variations Goldberg. Béatrice Martin, clavecin. Précédé de la visite de l'exposition.

Dimanche 24 juin 2018 à 17h. Franz Schubert: Die schöne Müllerin/La belle meunière. Transcription pour voix de ténor et quatuor à cordes: Gilone Gaubert-Jacques. Jan Kobow, ténor Gilone; Gaubert-Jacques et Solenne Guilbert, violon; Sophie Cerf, alto; Emmanuel Jacques, violoncelle et direction musicale.

Dimanche 1 juillet 2018 à 17h. Christophe Coin, violoncelle.  Johann Sebastian Bach: Les six suites pour violoncelle.

Internet www.assoaprc.org/

 

Au premier plan Nicolas Bertin, Étude d'homme sciant pour le tableau La Construction de l'arche. Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier vergé. 335 x 245 mm.. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, mars 2018.

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Commenter cet article

San 13/04/2018 09:29

Bravo et hello du sud !!!!!!!