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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

 

Faut qu’ça saigne ! […] Faut qu'ça saigne bien fort ! Retour à l’Opéra Comique de Cabaret horrifique de Valérie Lesort (1) dans sa mise en scène qu’elle a réadaptée, post-Covid-19. Pour quelques happy few, ce samedi 27 juin 2020 très légèrement pluvieux. Il fallait réserver et, nous n’étions pas nombreux pour ce premier spectacle déconfinement.

 

Cabaret Horrifique Judith Fa & Lionel Peintre © Stefan Brion, Opéra Comique, juin 2020.

Comme après un siècle, il semblerait même un millénaire, enfin le retour… dans une salle aux fauteuils rouges. Nous avions tant été privés depuis presque quatre mois. En " présentiel " ce soir, en respectant les mesures de distanciation sociale [plutôt physique] et les mesures barrières. Nullement pour une représentation à distance ou en " hybridation ". Mon Dieu que de nouveaux jargons naquirent ce printemps annonçant un été 2020 décrété " apprenant " ! Vivement Molière décrypteur des Trissotin ! Ou Henri Jeanson pour un Apprenant ? Apprenant ? Est-ce que j’ai une g…. d’apprenant ?

 

Suivez le sens pour accéder au Cabaret Horrifique de Valérie Lesort © photo LeCurieux des arts Gilles Kraemer, Opéra Comique, 27 juin 2020.

Masques, gels hydroalcooliques et motard casqué de blanc et vêtu de rouge avec une bombe désinfectante à l’entrée, sol mosaïqué fléché de tirets et crânes aux os croisés, accueil au seuil des coulisses avec une coupe de champagne et arrivée sur le plateau côté jardin. Pour nous accueillir une forme suspendue, empaquetée dans un plastique rouge, façon Christo. Nous voici sur la scène, sept rangées de sièges pliants avec l’obligation d’un siège libre entre chaque spectateur mais, pendant la représentation, le port du masque n’est pas obligatoire. Lumière tamisée et un peu de fumée. De quoi nous mettre en condition.

Assise, au quatrième rang, à côté d’Olivier Mantei, Roselyne Bachelot souriante, heureuse, " ravie de voir le spectacle de cette plasticienne, Valérie Lesort " (2 & 3).  

Le rideau se lève. Face à nous, la fosse recouverte. La représentation se déroulera en regardant la salle vide, doucement éclairée. Etrange impression et syndrome stendhalien face à cette immensité en pensant au cran que doivent avoir les chanteurs pour affronter ici deux mille quatre cent yeux, deux mille quatre cent oreilles attentives ? Ce soir, ils chanteront, dos… à la salle. Ce soir nous étions une septantaine d’happy few, tous Fabrice avec des yeux d’amour pour la géniale (re)mise en scène de Valérie Lesort.

Un baryton qui commence à chanter – Lionel Peintre – accompagné au piano par la percutante Marine Thoreau La Salle. Manifestement opposé au port du masque meurtrissant la projection de sa voix il le jette mais, pensera à se nettoyer souvent les mains avec le gel posé sur le piano, à côté d’une tête décapitée. Cabaret horrifique pouvait commencer, un foutraque et jubilatoire voyage entre compositeurs baroques – Haendel, Lully, Purcell, Rameau -, Marie Paule Belle interprétée au piano par Judith Fa, Boris Vian (oh l’inattendue apparition de Lionel Peintre telle une tête de cochon sur un plateau d’argent) ou L'air du feu dans L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel avec la soprano disparaissant à mes pieds, sous le plateau. Naturellement Le fantôme de l'Opéra d’Andrew Lloyd Webber ou un Tango qui ne pouvait que nous stupéfier selon Marie Dubas.

Entre temps, un air de la Folie de Platée de Rameau chanté en camisole de force que Valérie Lesort attache à la chanteuse avant de l’asseoir dans un fauteuil pour handicapé physique, des Furie terribili d’Armida dans Rinaldo d’Händel à nous faire dresser les cheveux.

 

Cabaret Horrifique, Valérie Lesort, Judith Fa & Lionel Peintre © Stefan Brion , Opéra Comique, juin 2020.

L’air du génie froid de Purcell, à en pleurer, par la beauté de cette longue supplique, le visage de Lionel éclairé sur lequel Valérie laisse tomber des paillettes de neige. On en redemanderait un bis si ceci avait été possible.

 

Cabaret Horrifique, Judith Fa &Marine Thoreau La Salle au piano © Stefan Brion, Opéra Comique, juin 2020.

Pour orchestrer tout ceci, la bien sage pianiste, socquettes blanches, passant de mauvais quarts d’heure avec les deux chanteurs, lui éclatant le visage contre les touches, lui cassant une bouteille sur la tête, allant jusqu’à lui arracher le cœur dans Armide de Lully et l’exhiber avec triomphe.

 

Cabaret Horrifique, Valérie Lesort © Stefan Brion, Opéra Comique, juin 2020.

Ce soir, le spectacle vivant renaissait avec Valérie Lesort, géniale, coiffée d’une perruque et d’une main coupée sanguinolente à la Elsa Schiaparelli surréaliste, participant et bruitant le spectacle avec un petit balai de paille de riz pour imiter le crépitement du feu ou des demi calebasses… .

 

Cabaret Horrifique de Valérie Lesort © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Opéra Comique, 27 juin 2020.

Inénarrable fin avec M. J., ressuscité, sortant de son cercueil, naturellement avec sa main droite gantée de blanc [je ne vous en dirais pas plus si ce n’est que ce chanteur mourut en 2009]. Inénarrable vous dis-je et un immense fou rire et " molti applausi  " comme l’écrivent nos amis italiens.

 

Cabaret Horrifique de Valérie Lesort © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Opéra Comique, 27 juin 2020.

 

Cabaret Horrifique de Valérie Lesort

Valérie Lesort, mise en scène ♦ Judith Fa, soprano ♦ Lionel Peintre, baryton ♦ Marine Thoreau La Salle, piano

Représentations du samedi 27 juin au samedi 4 juillet à 19h30 ♦ Dimanche 28 juin à 16h30

Opéra Comique - Paris

Réservations au 01 70 23 01 31 ♦ billetterie@opera-comique.com

 

Cabaret Horrifique de Valérie Lesort © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Opéra Comique, 27 juin 2020.

Cinq Robaiyat - Serviteurs n'apportez pas les lampes Jean Cras  /  Furie terribili (Rinaldo) Händel  /  Nosferatu Marie Paule Belle  /  La danse macabre Camille Saint Saëns  /  L'air du feu (L’Enfant et les sortilèges) Maurice Ravel  /  Alabama song Kurt Weill  /  Scène de l’église (Faust) Charles Gounod  /  Le tango des joyeux bouchers Boris Vian  /   Le grand Lustucru Kurt Weill  /  Le roi des aulnes Franz Schubert  /  Le fantôme de l'Opéra Andrew Lloyd Webber  /  Le tango stupéfiant Marie Dubas  /  L’air de la Folie (Platée) Rameau  /  Armide et Hidraot (Armide) Lully  /  Air du Froid (King Arthur) Henry Purcell

 

(1)    Ercole Amante vient d’être récompensé du Grand Prix Musique du Syndicat professionnel de la Critique 2020, comme meilleur spectacle lyrique de l’année. Un spectacle mis en scène par Valérie Lesort & Christian Hecq, dirigé par Raphael Pichon. http://www.lecurieuxdesarts.fr/2019/11/le-triomphant-treizieme-travail-de-cavalli-ercole-amante-opera-comique.html

(2) Le Président de la République, Emmanuel Macron, a renouvelé pour 3 ans le mandat d’Olivier Mantei à la direction du Théâtre national de l’Opéra-Comique lors du Conseil des ministres du 24 juin 2020.

(3) Entretien avec Roselyne Bachelot quelques minutes avant Cabaret horrifique.   http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/06/une-rencontre-avec-roselyne-bachelot-a-l-opera-comique.html

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