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Publié par Gilles Kraemer

Épée d'Astrid de la Forest © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 27 juin 2018, cérémonie de la remise de l'épée.

Pourquoi les académiciens portent-ils encore l’épée ? Et maintenant les femmes ? Vieil apanage des hommes, le port de l’épée aurait pu disparaître avec l’émancipation de l’Institut de France qui accueille désormais en son sein de plus en plus de femmes.

 

" L’épée s’enrichit de symboles propres à chaque académicien représentant sa vie, son parcours, son message. Parfois ornée de matériaux précieux et de pierres de prix, sa réalisation est souvent le fruit d’une collaboration avec un orfèvre, un joaillier. Simone Veil, fit graver sur son épée le chiffre "78651" tatoué sur son bras gauche lors de sa déportation à Birkenau. Elle y fit également inscrire sur la lame la devise de la France et celle de l'Europe - Unie dans la diversité -.

 La remise de l'épée est un moment fort qui marque l'entrée de l’académicien dans l'Histoire de l'Institut... ." poursuit Yves Thomas, expert en coutellerie et organisateur du Forum international du couteau contemporain.

A l’occasion des Journées européennes du patrimoine - sur le thème du partage -, le FICX-Paris - Forum International du Couteau Contemporain - présente une sélection d'épées d'académiciens et d’académicienne. En voici quelques unes.

 

Celle du chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos. Élu à l’Académie des sciences morales et politiques, le 26 juin 2006. Élu à l’Académie française, le 13 juin 2013.  

Conçue par le joaillier Lorenz Baümer, auquel l'on doit également les épées de Gabriel de Broglie, de Jacques Taddéi et de Francis Girod. L'épée est une allégorie du bassin d’Arcachon : le bleu du ciel et de la mer, le blanc des nuages, l’or pour le sable de la dune du Pilat, l’étoile comme lumière céleste et guide. Le pommeau est constitué d’une grande étoile, pour Laure son épouse, sur laquelle gravitent les étoiles de ses trois enfants. En son centre le lion d’Aquitaine est puissamment campé. Sur la fusée torsadée est inscrit en lettres bleues deux citations: "Per aspera ad astra" et "Tibi or not to be". Sur la garde en forme de plume ondulante sont marqués les noms d’auteurs anciens : Ovide, Tacite ou encore Prosper Mérimée et Oscar Wilde sur lesquels l’académicien a écrit. Le fourreau en cuir bleu rehaussé d’étoiles présente deux clins d’œil. Sur la bouterolle dorée un tuyau d’orgue pour rappel de sa passion pour l’opéra, et sur la chape un verre et couverts rappel de son appartenance au club des 100 qui se réuni les jeudis pour déjeuner.  Enfin, sur le talon de la lame, une grappe de raisins gravée s’écoulant en vin pour sceller la collaboration entre le Médoc et le domaine de l’Opus One (Napa Valley).

 

Celle d'Alain Charles Perrot. Membre de l'académie des Beaux-Arts, section architecture, élu le 27 février 2013.

Réalisée par le forgeron-coutelier Jean-Nöel Buatois, lauréat du prix Bettencourt pour l’intelligence de la main. L'épée est composée d’un rappel symbolique des monuments ayant eu une importance dans le parcours de l’architecte. La lame et la fusée sont en acier damassé organique représentant la coupole du Grand Palais. Les proportions de l’épée sont tirées de l’élévation de la Sainte Chapelle. Une hermine figurant le Parlement de Bretagne apparaît au ricasso. La garde, sensuelle et en mouvement, représente une des danseuses du haut relief en pierre “la danse” de Jean-Baptiste Carpeaux installé en façade de l’Opéra Garnier. La sculpture a été acquise par un nuage de points tirés au laser et modélisée en 3D, positionnée pour offrir la meilleure ergonomie, en ajoutant les parties arrières noyées dans le bloc de pierre puis finalisée par le sculpteur Jean-Loup Bouvier. 

 

Épée d'Astrid de la Forest © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 27 juin 2018, cérémonie de la remise de l'épée.

ou encore celle d'Astrid de La Forest. Membre de l'académie des Beaux-Arts, section gravure, première femme éluedans cette section le 1er juin 2016, installée le 27 juin 2018 par Érik Desmazières.

Réalisée par le forgeron Maître d’art, sculpteur en couteau poétique, Pierre Reverdy. L’idée directrice de l’épée est la transposition du rendu des motifs des décors d’animaux en lien avec les gravures de l’artiste. Le choix du motif retenu découle de  sa série d'estampes  Conversations de singes,  au carborundum avec l'ajout de quelques traits de pointe sèche. Une histoire de singes qu'elle a surpris en grande conversation dans la Ménagerie du Jardin des Plantes, les dessinant in situ.  " C'est un modèle qui pose et fascine par les attitudes qu'il prend " rappelle cette graveur en évoquant ce sujet. Honneur était donné au patriarche surnommé Pépé le Moko, le premier dessiné puis gravé, qui nous regardait de ses yeux si grands ouverts. Naturellement, un singe modelé par l'artiste est assis sur le rouleau d'une presse de taille-douce. Les valeurs du damas ont été inversées pour obtenir un motif en gris sur fond clair, avec une patine particulière rappelant ses tirages des estampes. Le fourreau en noyer est gainé de galuchat de couleur "académique". La bouterolle est en bronze comme l'est la chape. Sur celle-ci la citation "Ars simia naturae " est inscrite, l’Art imite la nature, l’Art singe la nature.

Autre épée réalisée par Pierre Reverdy, celle de Jean Normant (1936-2016), élu membre de l'Académie des sciences en 1993. 

L’idée de l'épée est de symboliser “la recherche” par un arbre prenant racine dans les “éléments”. La lame, classique, est de l’ancienne manufacture de Klingenthal. Les prénoms de son épouse Catherine (suivi de leur date de mariage) et de leurs trois enfants, Alain, Emmanuel et Claire y sont gravés sur une face. De l’autre côté, les initiales UPMC pour Université Pierre et Marie Curie. Le thème de toute l’épée est matérialisé dans la poignée. Le chercheur n’invente pas “les éléments” sur lesquels il travaille. Ces éléments existent dans la nature. La garde en forme de racine évoque les profondeurs des recherches, des informations d’organo-éléments dans leur écriture chimique apparaissent par bribes, et vont se clarifier à mesure que les recherches s’opèrent et s’élèvent pour arriver sur le pommeau en une lecture claire, en une phrase qui les organise dans le langage des chimistes. Le manche est constitué de deux demi-manches aux motifs de damas poétique (motifs organométalliques) réunis par des rivets de cuivre et de zinc dans lesquels sont incorporés une plaque de cuivre et de zinc isolées pour éviter l’oxydation avec au centre du laiton, (leur alliage) en guise de molécule organique rappelant les recherches de Jean Normant. Sur l’écusson, placé sur la chape du fourreau, les initiales J (pour Jean) et N (pour Normant) apparaissent très lisiblement.  ​​​​​​​

 

FICX-Paris, le Forum international du couteau contemporain est un événement international accompagnant et mettant en valeur les tendances innovantes de la coutellerie moderne. Maîtres d’Art, Meilleurs Ouvriers de France, Lauréats du prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main® , MasterSmiths américains, Maestri italiens … 100 artisans d'art venus de 20 pays viennent présenter leurs dernières créations. L'occasion de découvrir le savoir-faire inhérent à l'élaboration de ces pièces uniques: forge, gravure, sculpture, mécanique de précision, marqueterie... 

Gilles Kraemer

5ème Forum international du couteau contemporain

15 & 16 septembre 2018

Carreau du Temple - Paris

www.ficx-paris.com/

 

 

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