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Publié par Gilles Kraemer

C'est une Terra Incognita, un nouveau continent peuplé d'étranges animaux, que Mauro Corda nous propose dans la citadelle de Besançon, dans un parcours entre salle d'exposition et œuvres in situ dialoguant avec les animaux du zoo, cet enclos fantastique qui a toujours intéressé ce sculpteur.

Mauro Corda, Les Suricates, 2018. Résine et fer. Installation © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

Près de cinquante sculptures, de 1990 à 2018, uniquement animalières, une expression en disparition dans l'art contemporain comme le souligne Mauro Corda (né en 1960). Son art est hybridité, dans cette réflexion sur le hors norme, lorsque la tête de l'autruche se mue en girafe ou celle de la tortue marine en requin. Dans un animal différent, perturbant par cette greffe totalement inconcevable, inimaginable aujourd'hui mais annonciateur d'un clône possible dans un futur. La science est capable de toutes les manipulations génétiques.

Mauro Corda, Le Criquet, 2013. Inox. 343 x 172 x 194 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

Dans la monumentalité de certaines pièces comme l'Ours-morse ou Le Criquet de plus de trois mètres, la disproportion frappe et prend par surprise le visiteur, l'amenant vers la rêverie et l'illusion. L'imaginaire de tels animaux, recomposés, puzzles, n'est pas nouvelle. Les marges des Livres d'heures du Moyen-Âge sont emplies de drôlatiques animaux cachés dans les rinceaux. Albrecht Dürer grava le bois de son Rhinocéros (1515) d'après les récits de voyageurs qui avaient vu cet animal venu des Indes à Lisbonne; l'un d'eux en rapporta un dessin à Nuremberg. Reconstitution presque fidèle mais l'artiste allemand adjoignit une minuscule dent de narval à l'encolure de l'animal qu'il dota d'une queue d'éléphant. Une façon de remettre l'animal inventé dans une réalité lorsque Mauro Corda ente la corne de l'animal fantastique et nimbé de pureté au Moyen-Âge : la licorne sur une tête de dromadaire,

Dans ce retour en arrière, Mauro Corda imagine Hippopotame-rhinocéros (2017) ou Panthère-gazelle (2016), deux bas-reliefs recouverts de feuilles d'or. 

Mauro Corda, Le Taureau, 1990. Bronze. 36 x 68 x 28 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

La majorité des pièces sont présentées dans l'ancien hangar aux manœuvres, dans un dédale poétique, tout en courbes et circonvolutions, un parcours-labyrinthe prompt au surgissement d'un Minotaure. Un dédale en neuf séquences à suivre tel un fil d'Ariane, de Vestiges avec les plus anciennes sculptures - Le Taureau, première pièce d'un animal avec sa tête triangulaire (1990) - à la Révolte avec les Suricates (2018) - animal surnommé la sentinelle du désert - confrontés à la pollution de barils de pétrole.

Pour nous accueillir dans cet espace voulu interpellant les visiteurs, la Tête d'ours-morse (2015), telle un trophée de chasse, comme dans l'avertissement ou la mise en condition de la découverte des étranges animaux de cette Zoospective.

Mauro Corda, Tortue-requin, 2017. Bronze. 112 x 95 x 82 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

Mauro Corda se confronte à ses grands prédécesseurs. Au Lion luttant contre un serpent (vers 1836) d'Antoine-Louis Barye, "le sculpteur des sculpteurs, le seul à être si généreux dans sa production [...] il est capable de montrer les côtés de l'animal comme un écorché...",  comme il le note; sa Tortue-requin et sa Hyène-porc-épic ouvrant toutes deux une bouche d'effroi, glaçante d'horreur, comme prêtes à nous dévorer, présentées dans la section Fureurs.

Face à "la force et la violence de Barye", l'artiste prône "la tendresse à l'état pur de François Pompon [...] il aimait vraiment les animaux et leur attribuait des qualités de douceur et de gentillesse" visible dans les sept plâtres d'animaux dont l'Ours (vers 1920). Face à eux, La disparition et l'immense Chauve-souris dont l'on retrouvera certains de ses congénères dans le parcours de la citadelle.

Mauro Corda, Gorille-taureau, 2015. Résine. 189 x 173 x 125 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

Tous ces animaux, il les travaille comme pour un portrait. Son grand Gorille-taureau (2015)  au début du parcours à travers le zoo, il lui procure une présence, une tendresse. Arc-bouté sur ses bras, l'on s'attend presque à ce qu'il prenne son élan.

Cet élan qui nous propulse dans le monde de Mauro Corda, cette réflexion sur un devenir, entre chimères et manipulations génétiques. Glaçant avenir...

 

Gilles Kraemer

envoyé spécial

 

Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda

1er avril - 15 juillet 2018

Citadelle de Besançon. 25 000 Besançon

Catalogue. En français et en anglais. Textes Nicolas Surlapierre Orphée ou la sculpture animalière en quatre possibilités au moins; 194 pages. 200 illustrations. Entretien entre Mauro Corda et Gérard Lemarié. Éditions Somogy éditions d'art. Prix 25 €.

Plaquette parcours offerte.

Internet

Cette année 2018, la ville de Besançon fête le 10e anniversaire de l'inscription de 12 sites fortifiés de Vauban au patrimoine mondial de l'Unesco, d'Arras à Villefranche-de-Conflent 

dixans.besancon.fr/fortifications-de-vauban/

Autres expositions Mauro Corda

Le voyage artistique de Mauro Corda, Le Silo, musée Jean de la Fontaine, maison Camille Claudel, musée du Trésor de l'Hôtel-Dieu à Château-Thierry. 14 avril-29 juillet 2018

Le règne animalier de Mauro Corda, Chapelle Sainte-Anne à La Baule-Escoublac. 21 juillet-2 septembre 2018  www.maurocorda.com

Mauro Corda, Tête de girafe-cerf, 2015. Fonte de fer. 170 x 130 x 85 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer. Exposition Zoopective. Le règne animal de Mauro Corda. Citadelle de Besançon, 2018.

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