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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


Un coup de pluie jamais n’abolira le hasard de peindre – Rouen, musée des Beaux-Arts

Publié par Gilles Kraemer sur 7 Juin 2026, 22:44pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Musées

Gilles Kraemer

envoyé spécial

Un petit coup au carreau, […] c’était la pluie qui tombe Du côté de chez Swann. Elle vous attend à Rouen.

Leonetto Cappiello (Livourne, Italie, 1875 – Cannes, 1942), Les parapluies Revel, 1922. Maquette de reproduction. Pierre noire ou fusain et gouache. Musée des Beaux-Arts de Lyon © presse musée des Beaux-Arts Rouen.

in situ © Le Curieux des arts, Gilles Kraemer, Rouen, musée des Beaux-Arts, 2026.

Il y a Cette pluie normande qu’on aurait dit jetée par une main furieuse. Une vraie pluie des environs de Rouen, ce pot de chambre de la France pour Guy de Maupassant dans Madame Fifi (1882).

Également Made in Normandie (1973) et Les vaches rousses, blanches et noires, / Sur lesquelles tombe la pluie, / Et les cerisiers blancs, made in Normandie. Des pommiers blancs plutôt, Yvetot n’est pas Kyoto Éric Charden.

Que de poncifs autour de cette pluie normande, un des clichés avec vache, cidre et camembert de cette région ! 

Félix Vallotton, L'Averse, 1894. Bois gravé © presse musée des Beaux-Arts Rouen.

Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver. Le musée des Beaux-Arts de Rouen accueille des voyages d’ambiances de ce phénomène météorologique dans l’évocation d’une infinité de paysages et de sensations qui sont l’expression de l’inconstance du ciel. Face à cette pluie qui fait des claquettes / Sur le trottoir à minuit, pour se prémunir de son inconfort, n’oubliez pas le parapluie Revel dont Leonetto Cappiello imagina l’affiche publicitaire en un motif dansant, œuvre joyeuse que l’on retrouve en couverture du catalogue accompagnant cette exposition. Chez Félix Vallotton, le maître du bois gravé dans ses oppositions entre le noir et le gris, L’Averse – Paris intense (1894) et L’Averse (1894) deviennent le déroulé, à travers les différents piétons, de la façon de se prémunir de la pluie et de faire attention à ce que le vent violent ne retourne pas son parapluie.

Eishi Hosoda, Les Douze heures - le mois de juin, 1789-1800. Gravure sur bois. Ancienne collection Henri Rivière © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Paul Sérusier (Paris, 1864- Morlaix, 1927), L’Averse, 1893. Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Confrontation identique à laquelle se plient les deux bretonnes de Paul Sérusier L’Averse (1893) ou les trois japonaises du Mois de juin (1780-1800), bois en couleurs d’Eishi Hosoda, un de ses Japonais qui influença tellement les peintres européens lorsqu’ils découvrirent leurs estampes.

Gustave Caillebotte (Paris, 1848 - Gennevilliers, 1894), Rue de Paris, temps de pluie, 1877. Huile sur toile. Musée Marmottan Monet, Legs de Michel Monet, 1966 © Le Curieux des arts, Gilles Kraemer. 

Venez quand même avec votre parapluie - s’il pleut le mercredi après-midi de votre visite le prix d’entrée sera exceptionnellement réduit - pour regarder la peinture la plus iconique aujourd’hui à la gloire du parapluie : celle de Gustave Caillebotte, l’étude préparatoire très aboutie de Rue de Paris, temps de pluie (1877).

 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Deuxième étape après sa présentation au musée d’Arts de Nantes. A Rouen, la scénographie de Maud Ribaut joue sur la couleur, du bleu orage au vert puis au bleu violet, poussant le graphisme jusqu’à inventer un cartel dit goutte d’eau, dans une légère inclinaison – un cartel enfin lisible, ne nécessitant pas des contorsions pour déchiffrer le corps de caractère lilliputien, pratique trop courante dans nos institutions - souligne Jeanne-Marie David, commissaire de l’adaptation à Rouen de cette exposition. Si 80 œuvres sont communes aux deux lieux, 74 œuvres sont uniquement rouennaises, l’institution normande privilégiant les emprunts dans sa région telles les estampes de Félix Buhot du musée Thomas-Henry et de la bibliothèque patrimoniale de Rouen laquelle a également prêté ses caricatures d’Honoré Daumier.

In situ Sous la pluie. Mur façon Fondation Custodia © presse musée des Beaux-Arts Rouen.

Anton Sminck Pitloo (Arnhem, Pays-Bas, 1790 – Naples, Italie, 1837)  // en bas Étude de ciel orageux [Studio di cielo tempestoso], sans date. Huile sur papier contrecollé sur toile  // en haut Étude du ciel [Studio di cielo] Collection privée © remerciements Manon Lemoigne, communication et développement des ressources, musée des Beaux-Arts de Rouen.

Prêts généreux de la Fondation Custodia – Collection Frits Lugt insiste Robert Blaizeau, évoquant le partenariat qu’il vient de nouer pour 5 ans avec cette fantastique institution parisienne. Diederik Bakhuÿs, récemment nommé à Custodia, fut conservateur en charge des peintures et sculptures anciennes et du cabinet des dessins du musée des Beaux-Arts rouannais, les échanges seront facilités. (1) D’où ce plaisir d’un « mur façon Custodia » tel que l’aimait Geer Lijten, dans la première des quatre sections, l’artiste face à la pluie – motif et variations, ces instants où la pluie est le reflet de l’âme.

Pierre-Henri de Valenciennes prône de quitter l’atelier, de regarder la pluie tomber sur Le lac de Nemi (ca 1787), régénératrice de la nature dans la sublimation des couleurs, de côtoyer les cieux de Théodore Gudin et Christen Dalsgaard, de Giuseppe de Nittis et Robert Zünd, à côté desquels, collection privée, les deux désirables Anton Sminck Pitloo (1790-1837), le néerlandais qui découvrira Rome en 1812, sont peintures atmosphériques de subtils effets lumineux.

au fond James Mcneill Whistler (Lowell, Massachusets- États-Unis, 1834 – Londres, Royaume-Uni, 1903), Mer et pluie, 1865. Huile sur toile. Museum of Art, University of Michigan (USA). Legs de Margaret Watson Parker //  au premier plan  Camille Pissarro (Charlotte-Amélie, Îles Vierge -Etats Unis, 1830 - Paris, 1903), Quai de la Bourse, Rouen, pluie, 1898. Huile sur toile. Dépôt de la Fondation Jean-Louis Prevost, 1885. MAH Musée d'art et d'histoire, ville de Genève, Suisse © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

La mer et les cieux de pluie se rejoignent chez McNeil Whistler dans une brume marine nous enveloppant, auprès de laquelle Nuée I de Jean-Baptiste Née (2020) ne dépare pas.

Claude Monet (Paris, 1840 – Giverny, 1926), Pluie à Belle-Île, 1886. Huile sur toile. Morlaix, musée des Jacobins © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

La lumière trouve son équilibre chez Camille Pissarro transcrivant la pluie, Quai de la Bourse à Rouen, une des rares scènes de ciel couvert chez cet impressionniste comme chez ses coreligionnaires souligne Jeanne-Marie David, les peintres de ce mouvement vendant plus facilement des paysages ensoleillés que pluvieux. Regard sur un jeune Monet, Pluie à Belle-Île (1866) dans une harmonie colorée, l’impression d’être à l’intérieur de l’ondée. Le regardant peindre sur le motif, à l’automne 1883, Guy de Maupassant évoquait la pratique de l’artiste «  il prit à pleine main une averse abattue sur la mer et la jeta sur la toile. ».

Robert Doisneau (Gentilly, 1912 – Montrouge, 1994), Maurice Baquet, Le Violoncelle sous la pluie, Paris, 1957. Tirage d’exposition. Paris, Fondation Robert Doisneau © presse musée des Beaux-Arts Rouen.

Christian Krohg, Le parapluie, 1902. Huile sur toile. Collection privée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

La ville sous la pluie dans des effets miroirs sous l’œil photographique d’André Kertész pour le Carrousel du Louvre ou l’humour de Robert Doisneau saisissant Maurice Bacquet, le violoncelliste protégeant son instrument sous un parapluie (1957) alors qu’à côté de lui, un peintre de Montmartre continue de peindre, insensible à l'ondée. Cadrage saisissant du norvégien Christian Krohg dans cette contre-plongée cinématographique.

à gauche Luigi Nono, Première pluie, 1909. Paris, musée d'Orsay [Une pluie porteuse de vie et de mort] //  à droite Georges Henri Fauvel, Il pleut bergère, 1898. Le Havre, musée d'Art moderne [Cette toile a été spécialement restaurée pour cette exposition]  © Le Curieux des arts, Gilles Kraemer

 

Egon Schiele, Chaussée humide, 1907. Huile sur carton. Collection privée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Exposition dans le souvenir de Sylvain Amic qui fut, avant Orsay et l’Orangerie, directeur des musées de Rouen nous rappelle son successeur Robert Blaizeau. Nous présentant l’huile sur carton Chaussée humide d’Egon Schiele (1907), il souligne que l’idée de ce prêt d’un privé étranger naquit dans le TGV Montpellier-Paris, ramenant collectionneurs, amis, conservateurs après les obsèques en septembre 2025 de l’ex-président décédé brutalement. Ceux qui m’aiment prendront le train.

(1) https://www.lecurieuxdesarts.fr/2022/12/caravage-un-coup-de-fouet-musee-des-beaux-arts-de-rouen.html

Christen Dalsgaard, Pluie tombant d'un ciel dramatique, sans date. Huile sur papier marouflé sur carton. Paris, Fondation Custodia, collection Frits Lugt © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Sous la pluie, peindre, vivre et rêver 

musée des Beaux-Arts de Rouen

11 avril au 20 septembre 2026

Commissariat général Robert Blaizeau, directeur des musées de la Métropole Rouen Normandie

Commissariat de l’adaptation à Rouen Jeanne-Marie David, conservatrice des collections du 19e siècle et du cabinet d’arts graphiques, musée des Beaux-Arts de Rouen & Frédéric Bigot, responsable du service Développement des publics, musées de la Métropole Rouen Normandie

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rouen.

Exposition coorganisée avec le Musée d’arts de Nantes - 7 novembre 2025 au 1er mars 2026 - Commissariat général Emmanuelle Delapierre, directrice du musée d’arts de Nantes - Commissariat scientifique Marie-Anne du Boullay, responsable des collections du 19e siècle, musée d’arts de Nantes, assistée d’Anouck Sberro, assistante d’exposition, sur une idée de Jean-Rémi Touzet, conservateur au Musée d’Orsay.

Catalogue commun aux deux expositions. 304 pages. Couverture légèrement tactile avec des traits de pluie pour l’œuvre de Leonetto Cappiello, maquette publicitaire et le gaufrage des lettres du titre de l’exposition. En quatrième de couverture, l’incontournable Rue de Paris, temps de pluie de Gustave Caillebotte, prêt de Marmottan. Éditeur Octopus éditions. Prix 30 € (en service de presse) 

Seules 80 œuvres sont communes aux deux lieux auxquelles s’ajoutent 74 œuvres visibles uniquement à Rouen.

 

En parallèle, exposition Sous la pluie – Comprendre, Vivre, s’adapter, présentée au Pavillon des Transitions. Redécouvrir l’eau qui tombe du ciel, les multiples relations qu’elle tisse avec nos vies et les enjeux d’adaptation de sa gestion dans le cadre du dérèglement climatique.

Du 11 avril au 20 septembre 20216, Pavillon des Transitions Quai de Boisguilbert 

 

 

 

 

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