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LE CURIEUX DES ARTS

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Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Musique. Festival. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art. Entretien.


LE Werther de Pene Pati – Opéra-Comique

Publié par Gilles Kraemer & photographies Antoine Prodhomme sur 22 Janvier 2026, 10:40am

Catégories : #Opéra et Musique

 

Gilles Kraemer

Photographies Jean-Louis Fernandez

& Antoine Prodhomme

Werther – Pene Pati & Adèle Charvet - Opéra-Comique, janvier 2026 © DR Jean-Louis Fernandez.

Paris aime Werther, indiscutablement et avec passion, mais modérément ses mises en scène.

Existerait-il une difficulté à représenter scéniquement Werther, drame lyrique créé en version allemande à Vienne en 1892, le directeur du Comique Léon Carvalho ayant craint qu’il ne correspondit pas au public de cette salle. L’opéra de Jules Massenet, ancien Prix de Rome, membre de l’Institut, sera donné en version française le 27 décembre 1892 à l’Opéra de Genève et créé en France le 18 janvier 1893 au Théâtre de la ville hébergeant temporairement la salle Favart disparue dans l’incendie du 25 mai 1887 !

La mise en scène de Christof Loy - créée à La Scala - au Théâtre des Champs-Elysées, en mars 2025 fut souffletée de chaleureuses huées à sa première parisienne. Benjamin Berheim dans le rôle-titre, Marina Viotti dans celui de Charlotte, Marc Leroy-Calatayud à la| baguette. L’on retrouva ce dernier en 2025 au Victoria Hall génevois le 31 janvier et le 2 février à Strasbourg, dirigeant Werther en version concert avec Pene Pati et Adèle Charvet, "galop d’essai" de cet opéra que ces deux chanteurs abordent scéniquement à Paris aujourd’hui.

La vision de l’étasunien Ted Huffman était attendue avec grande impatience. Qu’allait donc nous proposer le directeur général du Festival d’Aix-en-Provence depuis ce 1er janvier, succédant à Pierre Audi, disparu soudainement en mai 2025 ?

Werther – Adèle Charvet & John Chest - Opéra-Comique, janvier 2026 © DR Jean-Louis Fernandez.

De ce drame lyrique des souffrances goethiennes du jeune Werther, son intervention est plus une mise en place qu’une mise en scène de l’épure. Un unique décor - dont il est aussi le concepteur -, rectangle blanc du sol, hauts murs noirs de la demeure du bailli de Wetzlar dans une lumière parfois très, trop forte de Bertrand Couderc. La boite de la progression d’un drame en quatre actes, entre juillet et nuit de la naissance du Sauveur. Sapin de Noël dans lequel les enfants de la parfaite et très applaudie Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique suspendent de grosses boules rouges. Charlotte pieds nus dans les actes III et IV pendant l’hiver. Ridicule d’une mesquine boîte à chaussures dans laquelle elle conserve les lettres de Werther. Une succession de poncifs. Trop pressé d’en finir avec la vie, Werther n’a pas attendu la paire de pistolets d’Albert que devait lui apporter Charlotte et s’est ouvert les veines. Miraculeusement, une seule tache de sang sur la robe blanche d’Adèle Charvet alors qu’elle ne cesse d’enlacer et de bander les plaies de Pene Pati ! Les chanteurs dressent et desservent la table puis rangent les meubles et les tirent hors du plateau. Une idée à creuser pour la sortie de la crise financière du festival aixois en éludant les machinistes ?

Pour les vêtements imaginés par Astrid Klein, autant oublier la tristesse des robes de Charlotte et de sa sœur Sophie.

générale de Werther © Antoine Prodhomme, Opéra-Comique, 17 janvier 2026.

Quel bonheur à l’issue de cette représentation idéale, dominée par un Pene Pati aminci, très convaincant vocalement et scéniquement, largement applaudi comme le sera le plateau et la fosse avec l’orchestre Pygmalion, plus dans le baroque habituellement, incandescent sous la baguette de Raphaël Pichon. Union parfaite entre ce chef et son orchestre qu’il fonda il y a 20 années. Un regard, une main qui se lève, des bras qui s’écartent, un regard constant au plateau, une économie de moyens dans une complicité tellement visible avec l’orchestre dans cette musique si subtile et sensible, tissée d’instants de dramaturgie et d’amour. Massenet est vraiment un grand compositeur, faudrait-il le rappeler. L’interlude de l’acte IV est pur moment de bonheur, annonciateur du drame qui va intervenir.

Pene Pati dans un Werther tout en intériorité, rongé par son amour qu’il ne peut déclarer à Charlotte promise et obligée de se marier à Albert. Toujours prêt à exploser mais se retenant, la fuite est la seule échappatoire pensée comme pouvant lui permettre d’échapper au regard de celle qu’il ne cesse d’aimer même mariée. Drame d’une bourgeoisie drapée dans des conventions. Interprétation dans une diction très claire, prononcé parfait. Voix dans une belle projection dès son premier air qui ne cessera de nous enchanter, dans une grande souplesse dans toutes ses intonations avec une pointe de Pavarotti du Ai-je dit vrai ? L’amour que j’ai pour elle…dans sa tenue des pianissimi jusqu’aux vers d’Ossian Pourquoi me réveiller, ô souffle du Printemps ? un immense instant dans attendu qui signe LE grand Werther.

Charlotte / Adèle Charvet, - il lui manque quelques soupçons de précision de sa diction - dans le carcan de sa condition de fiancée puis de femme mariée malgré elle. Elle ne se révèlera et ne se trouvera que dans sa lecture passionnée des lettres de Werther qui le dévoilent, dans un début d’acte III tellement émouvant d’émotion dans son âme torturée du mal qu’elle a fait. Trouvant enfin la place Que dans mon cœur il occupe aujourd’hui.

Werther – Pene Pati & Julie Roset - Opéra-Comique, janvier 2026 © DR Jean-Louis Fernandez.

 Belle et triomphante Julie Roset dans les habits de Sophie. Albert / John Chest, parfait dans ses tonalités sarcastiques. Dans la continuité de ce plateau en parfaite résonnance, le Bailli de Christian Immler, Johann de Jean-Christophe Lanièce dans une complicité du chant et du jeu avec Schmidt de Carl Ghazarossian, Brühlmann de Paul-Louis Barlet et Kätchen de Flore Royer.

Jules Massenet, Werther, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux

livret d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après Les souffrances du jeune Werther de Goethe (Leipzig, 1774, publication anonyme)

créé à l’Opéra de Vienne le 16 février 1892 - création française à l’Opéra-Comique le 16 janvier 1893

Direction musicale Raphaël Pichon

Chœur d’enfants Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique

Orchestre Pygmalion

Mise en scène et décors Ted Huffman

Costumes Astrid Klein / Lumières Bertrand Couderc

Werther Pene Pati, ténor - Charlotte Adèle Charvet, mezzo-soprano

Albert John Chest, baryton - Sophie Julie Roset, soprano

Le Bailli Christian Immler, baryton-basse - Johann Jean-Christophe Lanièce, baryton

Schmidt Carl Ghazarossian, ténor - Brühlmann Paul-Louis Barlet, baryton

Kätchen Flore Royer, mezzo-soprano

Fritz, Max, Hanz, Karl, Clara, Gretel, enfants solistes de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique

générale de Werther © Antoine Prodhomme, Opéra-Comique,17 janvier 2026.

Production Théâtre national de l’Opéra-Comique - Coproduction Opéra de Rennes & Angers Nantes Opéra

Paris - 19, 21, 23, 25, 27 & 29 janvier 2026

https://www.opera-comique.com/fr

 

 

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