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Gilles Kraemer

 

Paz Errázuriz. Historias inconclusas. Las entrañas de los Invisibles. Paz Errázuriz ? Une institutrice devenue photographe ! « Le fait d’être une photographe autodidacte m’a longtemps gênée, je n’osais pas me considérer comme professionnelle » souligne-t-elle.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Los dormidos, 1979-1980. Tirage numérique, 2023. Studio Paz Errázuriz © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Première exposition personnelle dans une institution parisienne de Paz Errázuriz (1944, Santiago) qui représenta en 2015 avec Lotty Rosenfeld son pays à la Biennale de Venise, LVIème exposition d’art, avec Poéticas de la disidencia, voyage historique et politique, de la dictature militaire à la post-transition démocratique.

Cinquante années ont passé depuis le coup d’état militaire au Chili le 11 septembre 1973. Elle avait vingt-neuf ans. Le président en exercice Salvador Allende (1908 - 1973) se suicide.

Triste anniversaire de la chute de la démocratie au moment où s’ouvre cette exposition.

Le général Augusto Pinochet (1915 - 2006) prend le pouvoir. « Elle est renvoyée de l’école où elle travaille en raison de son appartenance syndicale » précise Marie Perennès dans le catalogue ; son œuvre sera celle de « l’image latente ou la photographie de l’invisible. ». Du début de la dictature militaire jusqu’au retour démocratique en 1990 et au Chili d’aujourd’hui où ceux que l’on ne veut surtout pas voir sont toujours présents.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Ropa Americana, 2017. Tirage argentique d’époque © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Cette exposition, souligne sa commissaire Béatrice Andrieux, « traverse quarante années d’une pratique photographique engagée […] une forme de résistance. Par la métaphore, elle a construit une œuvre dense et unique éclairant la force de la condition humaine dans un monde répressif. ». Son œuvre s’inscrit dans le contexte brutal de la dictature; elle l'a commencée dans le silence, l’obscurité avant d’être lauréate de la bourse Guggenheim en 1986.

« L’appareil photo est pour moi un sésame, un passe-partout, l’outil qui m’accompagne et qui m’ouvre depuis toujours de nombreuses portes. ». Sa façon de tisser des liens très forts avec les personnes qu’elle photographie. Pas facile à une époque où il était difficile de se déplacer seule à Santiago.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Muñecas, frontera Chile-Perú, 2014. Tirage numérique d’époque © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Boxeadores, 1987. Tirage argentique d'époque © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Première série Los dormidos (1979-1980) au titre parlant, les précaires dormant dans la ville la journée, une image métaphore de la société chilienne somnolente après l’arrivée au pouvoir des militaires. Puis El Circo (1981-1982) son regard sur les circassiens avant ou pendant le spectacle, eux seuls, aucun public ou plus difficile Boxeadores (1987), les boxeurs qu’elle saisit hors du ring, lors de leur entraînement et Los luchadores del ring (1988-1991), les catcheurs. L’instantanéité du temps de l’abandon. Un parcours en quinze stations jusqu’à Ropa Americana (2017) la mode chez les jeunes et le travestissement, Ñuble (2019) les femmes en prison et Muñecas, frontera Chile-Perú (2014) une maison de passe sordide, un travail en couleur très assuré.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série La manzana de Adán, 1982-1987. Tirage gélatino-argentique sur papier baryté © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Próceres, 1983. Tirage numérique, 2023 © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.                    

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Exéresis, 2004. Tirage argentique d’époque © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

La manzana de Adán / La pomme d’Adam (1982-1987), la prostitution, la reconnaissance des travestis, en noir & blanc ou en couleur, série très forte dans l’humanité du regard de la photographe. Deux séries sur le passé, sur le devenir des statues des héros de la Nation chilienne déboulonnées sous la dictature militaire et que l’on retrouve en morceaux Próceres (1983), sur des statues antiques d'héros romains nus et émasculés : Exéresis (2004).

Paz Errázuriz (1944, Santiago du Chili), de la série Sepur Zarco, 2016. Tirage numérique contrecollé  sur Dibond, 2023. Studio Paz Errázuriz © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Série inédite, présentée hors du parcours, celle de Sepur Zarco (2016), une dizaine de femmes, vues de façon frontale, toutes nommées, posant, des femmes guatémaltèques ayant été abusées par des militaires lors du conflit armée dans cet État en 1960-1996.

Une sélection juste, forte et pudique sur les oubliés de notre regard, de nos regards.

© DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023, exposition Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas), Paris, maison de l’Amérique latine.

Paz Errázuriz. Histoires inachevées (Historias inconclusas)

08 septembre - 20 décembre 2023. Prolongation jusqu'au 24 janvier 2024

Maison de l’Amérique latine, Paris - Entrée libre

Commissariat Béatrice Andrieux - Scénographie architecturale d’Amanda Antunes, jouant du gris et du rouge, toute en retenue devant l’image

Avec le concours de l’Institut Français du Chili

Projection d’un film de 8’ avec Paz Errázuriz chez elle à Santiago, réalisé en octobre 2022 par Béatrice Andrieux, produit par Sebastián Mejía.

Catalogue. Entretien Paz Errázuriz - Béatrice Andrieux. Marie Perennès : Paz Errázuriz : l’image latente ou la photographie de l’invisible. 176 pages. 137 photographies. Co-édition Atelier EXB Paris & Maison de l'Amérique Latine. Prix 45 € (en service de presse). Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la Fondation Antoine de Galbert.

Paz Errázuriz - Expositions - Maison de l'Amérique Latine (mal217.org)

Cette exposition est dans le parcours du Festival PhotoSaintGermain (02 au 25 novembre 2023). Parcours — PhotoSaintGermain

© DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, septembre 2023. La suite sur https://francefineart.com/2023/09/09/3472_paz-errazuriz_maison-de-l-amerique-latine/

 

Tag(s) : #Biennales, #Entretien à 210 km-h, #Expositions Paris, #Italie, #Photographie, #Prix et récompenses, #Venise
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