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Gilles Kraemer

Déplacement et séjour à titre personnel à Avignon

Troisième représentation, samedi 8 juillet, 15h

 

Neandertal, David Geselson, 2023 © Christophe Raynaud De Lage / Festival d’Avignon.

L’origine de l’humanité n’est qu’une question de vieux os qui se mélangèrent il y a 42 000 ans. L’union de Sapiens et de Néandertaliens selon le paléogénéticien Svante Pääbo - prix Nobel de médecine et de physiologie en 2022 - de l’Institut allemand Max Planck de Leipzig, auteur de Néandertal, à la recherche des génomes perdus.

Un ouvrage dont David Geselson - familier d’Avignon, il fut l’étudiant Trofimov de La Cerisaie d’Anton Tchekhov, dans la Cour d’Honneur, mise en scène par Tiago Rodrigues - s’est librement inspiré pour l’écriture de Neandertal [pas d’accent sur le e] qu’il a mis en scène, l’histoire de scientifiques qui ont décidé de " faire parler le silence en évoquant des os de Néandertaliens ". (1)

En attendant l’ouverture des portes, David Geselson distribue aux spectateurs un petit caillou noir et brillant, prétendant, si cela peut lui faire plaisir on va le croire, qu’il s’agit de fragments de météorites recueillis dans les environs d’Avignon.

Point de départ, le jour de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine le 26 avril 1986, lorsque Rosa / Laure Mathis et Lüdo / Elios Noël se retrouvent dans le noir dans un abri souterrain, lors d’un symposium de biologie moléculaire auquel ils participent à l’université de Berkeley, en Californie. Ils conversent dans l’obscurité brisée par la flamme du briquet de Lüdo éclairant leurs visages. Et ils feront l’amour sur la musique de Gustav Mahler. Début d’un trio. Rosa est mariée à Luca / David Geselson, adepte de l’humour avec son tee-shirt logoté Jurassic Park.

Histoire à Zagreb, ville où Mila / Marina Keltchewsky possède la plus importante collection d’os néandertaliens, conservée dans des boites en carton, sur lesquels les scientifiques se ruent littéralement pour les examiner. Elle apporte, par son jeu et sa voix tout en profondeur, le grain de folie permettant de s’extraire de la torpeur de la pièce. Adèle / Adeline Guillot, atteinte d’une maladie dégénérative, est sa maîtresse.

Neandertal, David Geselson, 2023 © Christophe Raynaud De Lage / Festival d’Avignon.

Continuation de l’histoire aux États-Unis où Rosa et Luca poursuivent leurs recherches. Retour en arrière avec Jan / Dirk Roofthooft, prix Nobel, qui a abandonné son fils Lüdo à sa naissance ; il essaye de renouer les fils distendus en lui offrant l’étude ADN de ce dernier effectuée grâce à l'une de ses dents de lait. Étude-cadeau qu’il refusera.

Cynisme de l’idée de travailler sur l’ADN en Allemagne puis de poursuivre les recherches dans un laboratoire en Israël, les expérimentations soulèvent les vieux démons des recherches médicales et des manipulations des nazis pour l’établissement d’une race pure.

Montrer que vie privée et vie de recherche s’entremêlent. David Geselon raconte des histoires dans cette démonstration que les chercheurs ont "la vie de monsieur tout le monde" : amoureuse, familiale, parentale, un enfant à élever. Comment leur vie privée impacte leur recherche.

Montrer, démontrer la dimension géopolitique de cette pièce. Comment les décideurs, ici Benyamin Netanyahou – dont l’on assiste à la longue montée au pouvoir par des vidéos, après la poignée de mains en 1993 entre Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël, et Yasser Arafat, représentant de l’Organisation de Libération de la Palestine devant le président des États-Unis, Bill Clinton, la reprise de l’Intifada, l’assassinat de Rabin - s’appuient sur les sciences. L’étude des os, ici, pour arriver à la démonstration que les Juifs sont arrivés les premiers, dans les temps anciens, sur la future terre d’Israël. Et comment les scientifiques peuvent avoir un poids sur des décideurs politiques qui s’appuient sur leurs travaux pour légitimer leur politique.

" Où il y a de la gêne [d'ADN], il n’y a pas de plaisir. ".

Neandertal © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, Vedène, 8 juillet 2023.

Pendant tout le spectacle, le violoncelliste Jérémie Arcache joue du côté cour, devant un rocher. Telle la silhouette du violoncelliste et chef d'orchestre Mstislav Rostropovitch au pied du mur de Berlin, l'un des symboles du 11 novembre 1989 du basculement du monde communiste.

Deux minutes de chaleureux applaudissements. Vite, vite, car le bus qui nous ramène à Avignon n'attend pas les retardataires...  Place achetée.

David Geselson dans la cour Saint-Louis ouverte à toutes les idées © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, cour Saint-Louis, 06 juillet 2023.

 

Un morceau de la soi-disante météorite © DR Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, Vedène, 8 juillet 2023.

Neandertal, texte et mise en scène David Geselson

Scénographie Lisa Navarro  //  Lumière Jérémie Papin  //  Vidéo Jérémie Scheidler

Son Loïc Le Roux  //  Musique Jérémie Arcache  //  Costumes Benjamin Moreau

Avec Luca (David Geselson), Adèle (Adeline Guillot), Mila (Marina Keltchewsky), Rosa (Laure Mathis), Lüdo (Elios Noël) et Jan (Dirk Roofthooft). Jérémie Arcache (violoncelle), Marine Dillard (dessins). 

(1) La pluie sauve La Cerisaie de Tiago Rodrigues. Un triomphe dans la cour d’honneur – 75ème Festival d’Avignon - (lecurieuxdesarts.fr)

 

Tag(s) : #Avignon, #Théâtre
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