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Gilles Kraemer (déplacement et séjour à titre personnel à Venise)

Qui était Edmondo Bacci (1913-1978) questionne " Uno spazio di possibilità " du critique d’art Barry Schwabsky dans le catalogue accompagnant l’exposition que la Fondation Peggy Guggenheim consacre à cet artiste vénitien, s’interrogeant sur la méconnaissance des Étasuniens à son égard sauf s’ils sont spécialistes de l’art italien de l’après-guerre. Hors Italie, un nom peu évocateur, même en France. (1)

Edmondo Bacci, Fabbrica, ca 1951. 46 x 57 cm.. Tempera grassa et charbon sur papier tendu sur toile. Collection privée  //  Fabricca, ca 1951. 28,7 x 41,5 cm.. Tempera grassa et charbon sur papier marouflé sur toile. Collection Montanari, Venezia © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Réponse en 88 œuvres pour cette exposition – dans le regard restrictif sur les années 1950 à 1974 – consacrée à ce peintre. Pourquoi cette occultation volontaire d’un avant 50 et d’un après 74, l’exposition se focalisant sur la partie la plus lyrique de Bacci, celle des années cinquante durant lesquelles sa carrière est internationale et qu’aux yeux de la critique comptent la nouveauté de sa peinture, la force de ses couleurs comme le précise Chiara Bertola, responsable de l’art contemporain à la Fondazione Querini Stampalia, Venise, commissaire de cette exposition ? Est-ce vraiment lui rendre justice en ne présentant que ce qui est supposé plaire aux publics ? Finalement une exposition tenant compte seulement de ce qui intéressa l’œil de Peggy Guggenheim et ce qu’elle collectionna de lui !

Edmondo Bacci Avvenimento #247, 1956. Tempera grassa e sabbia su tela. 140,2 x 140 cm.. Collezione Peggy Guggenheim, Venezia (Fondazione Solomon R. Guggenheim, New York) Service presse Collezione Peggy Guggenheim.

Retour aux sources. En 1949, rappelle Karole P. B. Vail, directrice de l’institution vénitienne, Peggy Guggenheim s’installe définitivement au Palazzo Venier dei Leoni. Abandonnant le commerce de l’art, étoffant sa collection, la dernière "dogaresse" de la cité lagunaire décide de s’intéresser à quelques artistes vénitiens. Les voisins de son palais. Parmi eux, Bacci qu’elle décrit comme " son second protégé, comme un peintre très lyrique, dont les œuvres s’inspirent de Kandinsky. "

Comme le souligne Chiara Bertola, dans Edmondo Bacci. Ancora in attesa di futuro, - titre au sous-entendu dubitatif - cette exposition va-t-elle permettre enfin la (re)découverte de ce peintre 45 années après sa disparition brutale - il décède d’un infarctus à l’âge de 65 ans -. Le temps de l’ombre et hors des circuits de l’art dans lequel il se trouve, doit-il enfin cesser ?

Exposition collective Artisti spaziali, Vicence, Galleria del Calibano, juin 1953 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Depuis sa disparition, seules quelques expositions consacrées au mouvement du Spatialisme - élaboré par Luciano Fontana - auquel il adhéra en 1953, permettaient de découvrir des toiles de cet artiste que la XXIXème Biennale de l’art de Venise consacra, en lui réservant une salle entière, en 1958. Dans la plaquette dithyrambique accompagnant cette consécration, Peggy Guggenheim n’hésita pas à écrire de ces toiles qu’elles sont une "bombe atomique", au pouvoir poétique suggérant Kandinsky. L’amour aveugle parfois.

Période de gloire pour le peintre, celles des acheteurs Étasuniens, entre autres, intéressés par son travail puisque Peggy le soutient et le collectionne. Ils suivent, naturellement. En 1956 il expose à la Seventy-Five Gallery de New York, en 1957 à la Galleria La Cittadella d’Ascona en Suisse et, la même année participe à Between Space and Earth à la Marlborough Gallery de Londres.

Alfred Barr, alors directeur du MoMA/Museum of Modern Art di New York, acquiert directement en atelier Avvenimento #13R (Avvenimento plastico), 1953, tempera grassa - Bacci respecte la tradition des peintres vénitiens, celle d’un mélange farine, huile et pigments pour l’obtention d’une "tempera grassa", pratique induisant que la toile ne soit pas vernie -. Cette peinture des collections du MoMA revient exceptionnellement en Italie pour y être présentée pour la première fois en public, une toile de rouge et d’orangé parcourue de coulures noires.

Giambattista Tiepolo (Venise 1696 – 1770 Madrid), Le Jugement dernier, ca 1730-1735. Huile sur toile. 147,5 x 198 cm.. Collezione Intesa Sanpaolo, alla Fondazione Querini Stampalia, Venezia en conversation avec Avvenimento #31-A (Esplosione), 1967. 174 x 145 cm.. Treviso, collection Marino Sinosi © Edmondo Bacci. L'energia della luce. 1 aprile–18 settembre 2023. Collezione Peggy Guggenheim. Photo Matteo De Fina 

Le temps est venu de découvrir cet artiste, de 1950, de la série Fabbriche /zones industrielles/usines à 1974. Les années 1940, sa première exposition personnelle à la Galleria del Cavallino de Venezia en 1945 comme sa première participation en 1948 à la XXIVème, Biennale de l’art sont mystérieusement omises par la commissaire, hormis un pastel Senza titolo de 1949, quelques traces et pointillés de couleurs.

Le meilleur de son œuvre peint est présenté, celui de la décennie 1950, avec un regard sur des œuvres expérimentales (1969 à 1975) ou la série de carta brucciata/papier brûlé sur toile des années 1972, deux sections ne glorifiant pas le peintre.

De sa jeunesse, de ses inspirations, une toile de Giambattista Tiepolo, Le jugement dernier (ca. 1730-1735) présentée en fin de parcours à côté d’Avvimento #31-A (Esplosione) de 1967, rappelle que Bacci lors de sa formation artistique à l’Accademia di Belle Arti di Venezia, fut fortement influencé par les maîtres vénitiens du passé, en particulier par les fresques et les cieux de Tiepolo au colorisme lumineux.

Edmondo Bacci, Fabbrica, ca 1951. 46 x 57 cm..  Tempara grassa et charbon sur papier tendu sur toile. Collection privée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Edmondo Bacci, en haut puis en bas. Fabbrica, ca 1952. Tempera grassa et charbon sur toile. 27 x 44 cm.. Venezia, collection Barbara Morandi  //  Fabbrica, ca 1953. Tempera grassa sur toile. 25 x 60 cm.. Venezia, Archivo Edmondo Bacci © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Edmondo Bacci, Fabbrica, 1950, carboncino e inchiostro su carta, 25,5 x 17,5 cm. Collezione privata, Venezia. Service presse Collezione Peggy Guggenheim.

Edmondo Bacci. L'energia della luce. Début lumineux avec le Fabbriche inspirées du pôle sidérurgique voisin de Marghera, quatorze exceptionnelles peintures, fortes, très fortes de puissance. De blanc et de noir vigoureux. Ou avec l’adjonction de couleurs ; Chiara Bertola parle d’ " un'esplosione cromatica di imprevedibile violenza. " Jusqu’à la transformation, " il colore è ormai diventato una colata incandescente. " Des œuvres très architecturées, presque réalistes. Songer à Pierre Soulages, à André Marfaing, à Hans Hartung. Le catalogue est muet sur ses relations ou sa connaissance des peintres outre-Alpes.

Edmondo Bacci, Avvenimento #35, 1955. Tempera grassa sur toile. 99 x 139,8 cm.. Rovigo, collection privée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Edmondo Bacci, série des Avvenimenti, de gauche vers la droite. Avvenimento #35, 1955 ; Avvenimento #112, 1955 ; Avvenimento #115, 1956 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Edmondo Bacci, Avvenimento #318 (Omaggio a Gagarin), 1958. Tempera grassa sur toile. 175 x 145 cm.. Collection privée, remerciements Alessandro Rosa © Edmondo Bacci. L'energia della luce. 1 aprile–18 settembre 2023. Collezione Peggy Guggenheim. Photo Matteo De Fina.

La seconde partie de l’accrochage, toujours pertinent chez Guggenheim malgré le plafond très bas - la fenêtre de la 4ème salle, toujours occultée, est enfin ouverte sur Avvenimento #35, 1955, apportant une respiration et un dynamisme incroyable à cette exposition - se conclue par la participation éclatante de Bacci à la XXIX Biennale Internazionale d’Arte di Venezia, en 1958. Manifestation à laquelle il fut présent dès 1948, celle de la première édition de l’après-guerre. De cette heure glorieuse, un des plus célèbres parmi les 27 Avvenimenti présenté ici : Avvenimento #299 de 1958, prêt du Palm Springs Art Museum, un dynamisme fulgurant de couleurs surgies d’un noyau laiteux, nous propulsant dans une dynamique stellaire. Explosion débutant dans l’aube bien nommée Alba #1 (Avvivemto #14), des trouées blanches d’où émergera la matière, rattrapée en 1958 par un clin d’œil à la conquête spatiale Avvenimento #310 (Omaggio a Gagarin), un magma tourbillonnant de couleurs.

Bacci. Enfin une reconnaissance ?

 

Exposition collective Omaggio a Carlo Cardazzo, novembre 1967 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Ses liens avec les peintres hors Italie ? Nulle évocation dans le catalogue. Seul un carton d’exposition présenté nous éclaire sur sa participation en novembre 1967 à une exposition collective en hommage à Carlo Cordazzo, Galleria del Naviglio 2 à Milan avec Jean Dubuffet, Mathieu, Jorn, Matta, Poliakoff, Hundertwasser.

(1) Silence de Bacci dans les collections nationales françaises ! Rien sur la base du Centre Pompidou.

 

Cette exposition s’insère dans la pratique de l’institution vénitienne qui, à côté d’expositions de dimension internationale – cet automne 2023 Marcel Duchamp e la seduzione della copia – célèbre les artistes italiens de l’après-guerre tels Lucio Fontana, Giuseppe Capogrossi, Tancredi Parmeggiani, Osvaldo Licini.

De Jannis Kounellis à Pino Pascali. Imagine. Effervescence des nouvelles images de l'art italien 1960-1969 / Imagine. Effervescenza delle nuove immagini nell'arte italiana 1960-1969. Venise

Tancredi [Parmeggiani], le météorite de la peinture. Tancredi, il meteorite della pittura. Collezione Peggy Guggenheim

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Edmondo Bacci. L’energia della luce

1er avril - 18 septembre 2023

Collezione Peggy Guggenheim - Venezia

Commissariat de Chiara Bertola, responsable de l’art contemporain à la Fondazione Querini Stampalia, Venise.

Catalogue. Sous la direction de Chiara Bertola. Textes de Chiara Bertola, Riccardo Venturi, Barry Schwabsky, Toni Toniato (texte publié en 1984 pour l’exposition Bacci à la galerie vénitienne Il Traghetto). Biographie, liste des expositions et bibliographies de Martina Manganello. 216 pages. Éditions Marsilio Arte. Prix 45 € (en service de presse).

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

Marcel Duchamp e la seduzione della copia du 14 octobre 2023 au 18 mars 2024. Commissariat de Paul B. Franklin. Une soixantaine d’œuvres, entre 1911 et 1968, de la Collezione Peggy Guggenheim, de la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea de Rome, du Philadelphia Museum of Art, du MoMA et, pour moitié, d’une collection vénitienne, celle d’Attilio Codognato.

L'Ange de la ville de Marino Marini, bras écartés, jambes tendues, est toujours plein de vigueur pour accueillir les visiteurs © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, Collezione Peggy Guggenheim, 2023.

 

Tag(s) : #Biennales, #Expositions à l'étranger, #Italie, #Venise
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