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Gilles Kraemer & Antoine Prodhomme

 

Tous étaient présents, à Barbizon, à l'Espace Culturel Marc Jacquet beaucoup trop petit pour accueillir plus de 250 personnes, ce mardi 3 janvier 2023. Certains venus depuis Paris en autocar, autocar de la société Suzanne ! Pour rendre hommage à la galeriste Suzanne Tarasieve.

Boris, Suzanne, Juergen. 28 juin 2018 © Jean Picon / Say Who / Suzanne Tarasieve célèbre les 40 ans de sa galerie / 28 juin 2018Say Who - Suzanne Tarasieve

Pour tous " Suzanne ".

Jacques Toubon, l'ancien ministre de la Culture, très ému. Les galéristes Jean Brolly, Stéphane Corréard, Bertrand Grimont, Hélène Lacharmoise, Gabrielle Maubrie, Éric Mouchet, Jérôme Poggi, Vincent Sator, Véronique Smagghe, Anne de Villepoix, Odile Ouizeman et Jocelyn Wolf. Carine Tissot, co-fondatrice du salon Drawing Now Art Fair. Jérôme Zonder. Julien Salaud. Laurence Dreyfus, art advisor. Muriel Enjalran, directrice du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur. Yves Gagneux, directeur de la maison de Balzac, Paris. Dominique Gagneux, directrice du Musée régional d'art moderne – collections Martine et Léon Cligman, Fontevrault. Daria de Beauvais, commissaire au Palais de Tokyo. Fabrice Hergott, directeur du Musée d’Art Moderne de Paris, institution qui accueillit au printemps 2015 Markus Lüpertz. Une rétrospective. Laurie Hurwitz, commissaire de l’exposition Boris Mikhaïlov. Journal ukrainien à la MEP Paris (jusqu’au 15 janvier 2023). Emma Lavigne, directrice générale de la Collection Pinault. Tristan van der Stagen et Guillaume Lointier, ses anciens assistants. Chris Dercon, ex-directeur de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais (RMN-GP), directeur général de la Fondation Cartier pour l'art contemporain depuis décembre 2022. Christoph Wiesner, directeur des Rencontres d’Arles, précédemment directeur artistique de Paris Photo. Pour Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair, " cette manifestation ne sera pas la même ce printemps 2023, une grande tristesse. Même si ces deux galeries seront là, continuent, je n’y verrai plus Suzanne ni Claude Bernard toujours assis sur sa chaise.".

© Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

Juergen Teller, Suzanne, Boris Mikhaïlov © Antoine Prodhomme, 15 octobre 2022, Paris, rue Pastourelle.

Boris, Suzanne © Antoine Prodhomme, 15 octobre 2022, Paris, rue Pastourelle.

Décédée le 27 décembre 2022, d’un cancer tellement rapide. Elle n’avait pu être présente jeudi 1er décembre pour le dîner donné en l’honneur de la dernière exposition qu’elle avait accrochée : Homme sans femme. Parsifal de Markus Lüpertz. Faisant une apparition courageuse à celui de Boris Mikhaïlov Case History, 1997-98 + The Wedding, 2006, assise entre l’ukrainien Boris et l’allemand Juergen Teller, ses deux photographes défendus avec passion. En partant, avant la fin du dîner, applaudie ce beau jeudi d’octobre, par ses invités, se levant spontanément. Une ultime haie d’honneur. Dernière apparition aux dîners qu’elle donnait invariablement le jeudi, dans sa galerie de la rue Pastourelle, au milieu de l’accrochage ou au Loft au cours des salons Art Paris et Paris Photo auxquels elle participait. Nullement celui de la défunte FIAC, depuis longtemps, elle était ostracisée de cette manifestation, blacklistage répété qui avait eu les honneurs d’un éditorial de Guy Boyer dans Connaissance des arts. Au menu, le gigot d’agneau et salade de lentilles – préparés par elle-même la veille au Loft, elle y tenait - servis froid. Et, l’incontournable tarte aux framboises avec une glace à la vanille. Aucun plan de table, surtout pas de plan de table. Tous ses invités au même niveau. Amis comme directeurs d’institution ou collectionneurs.

Markus Lüpertz, Suzanne, Fabrice Hergott, cour du palais de l'Institut © remerciements à la galerie Suzanne Tarasieve pour la communication de cette photographie.

Cette cérémonie barbizonnaise, autour de sa sœur Michèle et de sa famille, autour de ses collaborateurs - Alice Vaganay, Veovansy Veopraseut, Julien Bouharis et Lucas Marseille qui vont maintenant diriger la galerie qu’elle leur a laissée -, autour de ses amis, de ses collectionneurs, elle l’avait voulue, souhaitée, en décidant le déroulé, l’ordonnancement, les prises de paroles, les instants musicaux. Tout en symboles, tout en symbolique, elle qui se réfugiait parfois derrière ses lunettes noires. Un message. Des messages.

Édith Piaf, à décrypter dans ce Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Ni le bien, qu'on m'a fait / Ni le mal, tout ça m'est bien égal […] Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Car ma vie, car mes joies / Aujourd'hui, ça commence avec toi. Sa vie, sa vie sentimentale, sa vie professionnelle, les couleuvres qu’elle dut avaler. " Suzanne, on n’y touche pas " avait rétorqué, d’un ton impérieux, Georg Baselitz au galeriste Thaddaeus Ropac. (1)

Lecture, par Anne Cazala, de la Lettre de saint Paul aux Corinthiens [ un extrait de la 1ère épître aux Corinthiens, dont je retiendrai " je vais vous indiquer le chemin pour l’excellence ".

Suivie par Les Mots bleus chantés par Christophe […] Je lui dirai les mots bleus / Les mots qu'on dit avec les yeux / Je lui dirai tous les mots bleus / Tous ceux qui rendent les gens heureux / Tous les mots bleus / Tous les mots bleus. ".

Veovansy, Alice, Julien, Lucas © Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

Hommage de ses collaborateurs Alice Vaganay, Veovansy Veopraseut, Julien Bouharis et Lucas Marseille évoquant cette aventure de roman, son caddie doré [Tu sais, mon grand, dans ce caddie, je mets ma comptabilité et mon sac de luxe pour aller de Pastourelle au Loft ; qui va s’attaquer à une petite vieille (sic) avec son caddie dans le métro ?], son téléphone [combien de fois ne l’a-t-elle pas égaré, même dans le magasin Hermès à Venise - Éva Jospin avait imaginé les vitrines -, lors d’une Biennale de l’art], courant après ses lunettes " non, pas celles-ci, les rouges ", commençant sa journée par " bon, ce matin, on attaque la face Nord ", aimant ses slogans " Shalimar, jamais marre" dans un grand éclat de rire et " Impossible n’existe pas, il suffit d’enlever le "im" " en vous regardant droit dans les yeux.

Les artistes de Suzanne © Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

C’était tout elle, c’était elle Laurette, interprété par Michel Fugain : À sa façon de nous appeler ses "gosses" / On voyait bien qu'elle nous aimait beaucoup […] C'était bien chez Laurette / On y retournera / Pour ne pas l'oublier, Laurette / Ce sera bien, ce sera chouette.

Hommage de ses artistes. Autour d’une galeriste qui  " parle au cœur. " Ou " Avec toi, le ciel, plus que jamais nous observe bienveillant ", Jean Bedez. Ou " Tu vois ce mur, il porte chance, tout ce que j’y accroche est vendu, et, en cinq minutes, l’accrochage était en place ", Neal Fox. Ou " Merci pour ce grand plus que j’appellerai le soin car tu prenais réellement soin de nous ". Ou  " Tu nous accompagnais sans nous diriger, tu exigeais de nous le meilleur sans pourtant nous juger ", Romain Bernini. Ou " tu nous invitais à exposer, ta confiance était totale même si certaines œuvres faisaient débat. ".

Bernard Blistène © Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

Derniers mots de Bernard Blistène, l’ancien directeur du Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle du Centre Pompidou. " Frêle mais si forte de tes convictions que nombre des artistes des plus célèbres aux plus méconnus n’ont pas pu et voulu résister à ce que tu leurs offrais. Sans doute, un réel moment de vérité dans un monde trop souvent saturé de faux semblants […]. Ton exaltation cachait de la mélancolie, une pudeur et une fragilité, sa sensibilité […] De tout cela est née ta force […] Toi seule pouvait porter des tenues dans l’insolence et la beauté. ".

En 2016, pour souhaiter ses vœux : Suzanne shot by Juergen Teller (LOVE magazine) ❤ @thelovemagazine © Juergen Teller © Galerie Suzanne Tarasieve.

Adieu le boa rose, la robe longue serpent portée lors d’un dîner Pinault durant la Biennale de l’art, adieu tes chaussures léopard, ton pantalon tartan, tes robes en vinyle noir. Adieu ton collier en caoutchouc porte-bonheur porté à chaque vernissage. Adieu tes mitaines. Tes lunettes toujours piquées dans ton chignon.

Warum. Sag mir warum !, au moment où ton cercueil quittait la salle sous de très longs applaudissements. Comme une interrogation se terminant en une certitude ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi me mens-tu ? / Pourquoi, pourquoi, je ne te comprends pas / Pourquoi, pourquoi, pourquoi me trompes-tu ? / Pourquoi, pourquoi, pourquoi me quittes-tu ? /// Pourquoi, pourquoi, dis-moi pourquoi, dis-moi pourquoi.

© Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

Pour l’accompagner à sa sépulture, tous étaient là, pour jeter sur son cercueil des pétales de roses blanches. Un rayon de soleil à cet instant, dans le cimetière de Barbizon rejoint à pied. Magique flamboyance dans le coucher du soleil.

© Antoine Prodhomme, 3 janvier 2023, Barbizon.

Inoubliable. Irremplaçable…

Suzanne Tarasieve - 1949 - 2022.

Suzanne Tarasieve, à la réouverture des galeries ©  Gilles Kraemer Le Curieux des arts, dimanche 24 mai 2020.

(1) Anne Martin-Fugier, Quelques-unes… Femmes de l’art contemporain en France. Gallimard. 2021. Pages 179 et 182.

Entretien hors normes avec Suzanne Tarasiève, galeriste, Paris - (lecurieuxdesarts.fr)

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2022/12/hommage-de-rima-abdul-malak-ministre-de-la-culture-a-la-galeriste-suzanne-tarasieve-28-decembre-2022.html

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