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Gilles Kraemer (envoyé spécial)

 

Cinquième édition de Chaumont-Photo-sur-Loire dans un temps pluriel - suspendu ou retrouvé, capturé ou à l’œuvre - et un seul silence, un silence de la vie souligne Chantal Colleu-Dumond en présentant les "quatre yeux" de cette manifestation, de ce rendez-vous de la photographie devenu incontournable en bord de Loire, dans l’impalpable luminosité du fleuve sauvage, si chère à Olivier Debré.

Arbre du lac Kussharo Lake, étude 1, Kotan, Hokkaidō, Japon, 2020 © Michael Kenna.

Le grand paysage ou le paysage, le plus souvent en noir et blanc, est le "LA" commun de ce quatuor. Cent-quatre-vingt-huit images pour un lien très fort avec l’environnement, pour une évasion des rails du quotidien précise-t-elle.

Michael Kenna © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Quatre-vingt-huit planches de Michael Kenna (1953), des portraits darbres, arbres de tous les pays, des Abruzzes italiennes au Japon ou à l’Angleterre, dans toutes les ambiances, dans une préférence hivernale. Le zen de la photographie précise Chantal Colleu-Dumond, chaque planche ouvrant sur un monde. L’accrochage, elle l’a souhaité dense, comme la présentation d’un cabinet des arbres merveilleux du monde, d'une "terra incognita", tel un "kunstkammer". Dans des tirages argentiques uniquement en noir & blanc, des formats qu’il a toujours souhaités petits, pour une intimité plus prégnante, chaque arbre, chaque bosquet se détachant dans sa solitude.

photographies de Michael Kenna © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Chez Michael Kenna, la commissaire s’accorde sur l’absence de toute présence humaine qui confère à ses œuvres une troublante aura d’intemporalité, accrue par les brumes et l’onirique halo qui souvent les entoure. (1) Cette appétence de la nature, Michael la tient de son enfance, d’un parc où il jouait avec ses parents, de souvenirs, sa madeleine... de la Recherche. Les arbres - il en a photographié 600 - sont comme une famille, comme des amis qu’il aime revoir précise-t-il. Des arbres, en majorité défoliés, dans des cieux d’aquatinte, comme des créations d’estompes/d’estampes brumeuses en une calligraphie dansante. (2)

Denis Brihat, Kiwi © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Coupe de kiwi © Denis Brihat.

Avec Denis Brihat (1928), l’invitation est celle du voyage dans le quotidien, dans "le jardin du monde" si l’on fait référence à l’une de ses expositions. Une célébration de la nature et de sa beauté, dans travail par séries : tulipes noires dans une épure arachnéenne, comme dansantes, oignons et des aulx, lichens, coupes de truffes, coupes de kiwis dont l’on ne peut deviner que ce sont des kiwis tellement elles apparaissent nimbées de mystérieux, l’une fait même songer à une estampe de Zoran Music dans sa série de Terre d’Istrie. Dans une réception fortement émotive qu’il souhaite nous faire partager, cette émotion eue à l’instant où il a déclenché son appareil. Des images telles des peintures de natures, pas si mortes, dans son observation puis sa captation. Une référence à la Vanité et à la fragilité dans ses tulipes en dé-floraison et ses Oignons.

Denis Brihat, coupe de Kiwi © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

FLORE, L'odeur de la nuit était celle du jasmin © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Flore © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

FLORE (1963) nous entraîne en Indochine, vers des mondes plus lointains, poétiques, fascinants autour de l'enfance de Marguerite Duras. Pour cette exposition, elle n'a souhaité aucun cartel, aucune légende, pour nous laisser dans un imaginaire littéraire, celui du mentir-vrai de Marguerite. Dans un écho à mes propres souvenirs d’enfance puisque ma grand-mère maternelle qui vécut en Indochine – à la même période et aux mêmes endroits que Marguerite - me racontait ses souvenirs, une fois revenue en France. Je suis dans l’ordre d’un mythe familial.

D’un voyage effectué au Vietnam et au Cambodge, dans cette Indochine qui fut le lieu de L’Amant de la Chine du Nord, d’Un Barrage contre le Pacifique, elle a capté le questionnement d’un temps flou, de l’ambiguïté, du conditionnel.

Indochine, mousson, moiteur, beauté du Mékong, un voyage dans le temps. De certaines images sourdent les odeurs de l’humidité et de la terre mouillée, si présentes dans ce territoire liquide. Paysages à la lumière si impalpable, captés dans la douceur des moments matinaux ou de soirée.

Ses images sont dans des tirages légèrement ivoirés, teintés au thé puis cirés ou sur or - la photographie étant tirée sur un Chine qui sera appliqué sur une feuille d’or, une technique subtile née de l’estampe -. L’odeur de la nuit était celle du jasmin. (3)

Éric Bourret© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Grand voyageur "aux semelles de vent", arpenteur des temporalités, Éric Bourret (1964) parcourt le monde six mois par an. Pour cette présentation chaumontaise, le choix de Chantal Colleu-Dumond fut celui de paysages de bords de Loire et de forêts primaires. Une marche qu’il livre dans des superpositions d’images puisque chacune de mes photographies est une superposition d’images, ce que me permet le numérique nous explique-t-il, à la différence de l’opacité de l’argentique. Technique totalement incroyable pour chacune de ses images qui nous dépasse et nous surprend ! Telle une invention picturale dans sa poétique façon de capturer la nature !

Éric Bourret© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Ajoutant  depuis trente ans, je me rends compte de la pulsation du paysage, de sa mutation. Dans une retranscription de ces multitudes de temps qui se superposent sur la même image. Le temps ne s’arrête pas dans ce flux continu. Une immersion dans une territoire naturel comme le land art, pratique artistique qu’il accole à son travail, un frétillement d’images.

Un environnement, en quatre regards, pour laisser notre imaginaire s’y complaire.

 

Chaumont-Photo-sur-Loire

19 novembre 2022 – 26 février 2023

Domaine de Chaumont-sur-Loire, Centre d’arts et de nature - 41150 Chaumont-sur-Loire

Commissariat Chantal Colleu-Dumond

Livret de visite offert français/anglais

https://domaine-chaumont.fr/fr

merci à Chantal Colleu-Dumond © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

(1) Citation extraite de l’ouvrage Michael Kenna. Arbres / Trees, préface Chantal Colleu-Dumond, introduction Françoise Reynaud. 176 pages. 128 photographies. 2022. Bilingue français / anglais. Éditions Skira. 39 €. Dommage que les dimensions soient omises.

(2) Michael Kenna a fait don, en novembre 2022, de l'intégralité de son œuvre photographique à l'État français. 3 683 tirages originaux réalisés dans 43 pays, négatifs et numérisations correspondant à ces tirages, 175 000 autres négatifs accompagnés des planches contact correspondantes, 6 422 tirages de travail des années 1983-2000, 1 280 tirages Polaroid, catalogues imprimés sur son œuvre, archives relatives à son activité artistique depuis 46 ans. Cette donation s’accompagne des droits de production et de représentation des images. Son œuvre est conservé par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie au fort de Saint-Cyr à Montigny-le Bretonneux (Yvelines). Il avait offert à la France, en 2000, son travail sur les camps de concentration et de détention nazis à travers l'Europe, un don en deux séries de 300 tirages gélatino-argentiques tirés à la main, accompagnés de leurs négatifs et droits d’utilisation.

(3) L’intemporalité durasienne selon FLORE   http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/12/l-intemporalite-durasienne-selon-flore.html

Exposition de Claudine Doury, lauréate 2017 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l'Académie des beaux-arts. FLORE, lauréate 2018 de ce Prix  http://www.lecurieuxdesarts.fr/2018/11/exposition-de-claudine-doury-laureate-2017-du-prix-de-photographie-marc-ladreit-de-lacharriere-en-partenariat-avec-l-academie-des-be

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-Photo-sur-Loire, 2022.

Michael Kenna, Arbres, galerie du porc-épic et galerie basse de l’aile ouest, château  //  Denis Brihat, galeries de la Cour Agnès Varda  //  Éric Bourret, Arbos et primary forest, galeries hautes, château  //  FLORE, L’odeur de la nuit était celle du jasmin, l’asinerie

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Livres, #Photographie
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