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Gilles Kraemer

Le chic ! Arts décoratifs et mobilier français de 1930 à 1960 est une exposition mettant en valeur la collection peu connue du Mobilier national souligne Hervé Lemoine, heureux président de cette institution, en présentant ce rassemblement de près de 200 œuvres, d'un bureau rognon en loupe d'amboine et ivoire de Georges de Bardyère, 1933, à une coiffeuse en cuivre chromé, miroir et verre, 1946, de Colette Gueden, choisie pour la salle de bain de l'Élysée.

Georges de Feure, Canapé deux places. Sycomore et Duralumin. Pieds antérieurs tournés fuselés, en métal, pieds postérieurs carrés en gaine. Vers 1935. / Commode. Sycomore et Duralumin © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Automne 2022 est bien loin du rapport incendiaire de février 2019, de la Cour des comptes, à l’égard du Mobilier. Les fonctionnaires de la rue Cambon, écrivant péremptoirement qu’en ce qui concerne la tapisserie, les métiers de basse lisse présentent l’avantage de permettre un travail plus rapide, avaient-ils mis la main à un métier de basse ou de haute-lisse ? Ils avaient dénoncé une gestion du personnel sclérosée, un faible temps de travail effectif et des conditions de travail laxistes, des collections pléthoriques et insuffisamment documentées, un patrimoine mal entretenu et dont l’enrichissement n’intéresse plus guère, des créations trop peu valorisées du Mobilier national et des Manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, n’hésitant pas à qualifier, dans un humour à la Godard, cette institution d'un à bout de souffle.

Depuis le 1er janvier 2022, le Mobilier est devenu un établissement public administratif rattaché au ministère de la Culture. Espérons que cela le mettra à l’abri de convoitises et de critiques.

Gustave-Louis Jaulmes, Tenture des Fleuves de France : La Loire, 1932. Manufacture des Gobelins / Tardif & Bruyer, Gustave-Louis Jaulmes, Bergères et canapé, 1932. Mobilier conçu pour les aménagements de l’ambassade de France à Washington mais jamais livré © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Le mobilier présenté, celui de la SAD (Société des artistes décorateurs) était comme plongé dans un purgatoire, face à l’UAM (Union des artistes modernes). Il n’y pas que Charlotte Perriand ou Pierre Jeanneret, insiste Hervé Lemoine ; cette exposition est une réhabilitation de tous ces créateurs, passés au second plan, ressortant dans la lumière. Hymne aussi aux métiers d’art, à cet emploi de loupe d’amboine, palissandre des Indes, acajou de Cuba, ébène de Macassar, érable, buis, amarante, palmier, galuchat, verre sablé ou taillé, ivoire, à ces tapisseries de haute ou basse-lice, à ces bronzes émaillés ou dorés, autant de sophistication et un bel hommage à tous ces artisans d’art œuvrant pour la SAD.

André Arbus, Buffet bas. Cuir parchemin et bronze. Deux portes unies à joint vif dans cadre bronze en platine arrondie, un motif central en bas-relief bronze doré, masques féminins à cheveux en rinceaux. Motif central (bronze patiné) en tête de Méduse de Vadim Androusov. Créé en 1936 pour le salon ovale du ministère de l'Agriculture © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Avec audace, gourmandise et tac, Vincent Darré, ne se qualifiant ni d’architecte d’intérieur ni de designer, a scénographié, comme dans un labyrinthe du temps précise-t-il, avec bonheur et humour, ces œuvres issues des collections du Mobilier, celles de ces décorateurs, ensembliers et artistes des arts décoratifs qui ont construit l’histoire de trois décennies du XXe siècle : André Arbus, Jules Leleu, Jean Pascaud, Marc du Plantier, Gilbert Poillerat ou Raphaël Raffel…

Jules Leleu, Table en verre églomisé gravé et peint par E. Schwartz d’après Anatole Kasskoff. Plateau de la table de la salle à manger en loupe de noyer. Exposée au pavillon des Artistes décorateurs de l’Exposition de 1937 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

La figure du décorateur joue alors un rôle capital. Véritable ensemblier, il conçoit la décoration comme un tout harmonieux et orchestre les métiers d’arts autour d’un projet global au service des palais de la République, des ministères et des représentations diplomatiques. Politique d’acquisition et de soutien aux métiers d’art même durant la période vichyssoise pendant laquelle les restrictions sur les bois exotiques, difficilement importables, et celles sur le métal réservé à l’armement, vont conditionner les nouvelles lignes de mobilier; les ateliers de tapisserie poursuivent leur activité.

Eugène Printz, Bureau (détail). Plaçage de palmier, fer cuivré patiné. D’une commande passée par l’administration du Mobilier national le 6 juillet 1943 prévoyant également un meuble de rangement, un guéridon et des sièges confortables. Le tout est livré à la fin du mois de juin 1944 à l’exception de ce bureau qui n’arrivera qu’en août 1944 après avoir été exposé au Salon des Tuileries © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Jacques Adnet pour le bois, Jacques Despierre pour le décor peint, Bureau de dame, 1941. Bois peint, bois, bronze, métal © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Faire rêver, la décoration est come un anti-dépresseur, une volonté d’optimisme, autant de pistes qui m'ont guidé insiste Vincent Darré, entre une re-visitation de l’Exposition internationale de 1937, un clin d’œil à Christian Bérard ou une ambiance d’insouciance,, à la Jacques Tati, dans ces reconstitutions pétillantes des années 1950.

Lustre à douze lumières acquis auprès de la Maison Fargette pour la décoration du fumoir du Palais de l’Élysée sous la présidence de Vincent Auriol © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

André Arbus, d'un ensemble destiné à "la chambre du roi" du premier étage de l'Élysée, créé à l'initiative du président Vincent Auriol et de son épouse pour accueillir au palais les chefs d'Etat étrangers en visite officielle. Cet ameublement fut mis en place à l'Élysée en 1950 pour la visite officielle de la reine Juliana des Pays-Bas et de son époux le prince Bernhard. Fauteuil de bureau aux supports d'accotoirs en bronze noirci, œuvre du sculpteur Vadim Androusov (1895-1975) © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Cette modernité et cette audace avaient été occultées comme pour Georges de Feure mêlant sycomore et Duralumin ou André Arbus - sa chaise longue conçue pour la salle de bains du pavillon de la manufacture de Sèvres à l'Exposition de 1937 -. Modernité et audace ignorées lorsque Vincent Auriol – premier président de la IVe République - et son épouse Michelle s’installent à l’Elysée entre janvier 1947 et janvier 1954. Exit la légende tenace attribuant aux Pompidou l’introduction du moderne dans les palais du pouvoir présidentiel. Maurice Jallot, Jules Leleu, la maison Dominique sont sollicités par les Auriol.

Jules Leleu, Fauteuil visiteur du Salon Jaujard. Bois peint ivoire et or. D'un ensemble commandé par Georges Fontaine, administrateur général du Mobilier national, pour l'aménagement du cabinet du directeur général des Arts et Lettres, Jacques Jaujard, 53, rue Saint-Dominique. Ce fauteuil ainsi que cinq autres, un canapé et quatre chaises sont commandés à Jules Leleu le 7 juin 1946 par l’administration du Mobilier national. Les supports d’accotoirs du canapé et des fauteuils sont des têtes de Pégase, le cheval ailé de la mythologie grecque et ami des Muses. Il a été choisi par le décorateur pour symboliser l’inspiration poétique © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Cette intrusion du savoir des artisans et des artistes français, dans une affirmation du pouvoir politique trouve sa noble présence dans l’hôtel Kinsky, siège de la direction générale des Arts et Lettres (ancêtre du ministère de la Culture), dans une étroite collaboration entre André Arbus chargé de l’ébénisterie, Jules Leleu des sièges et Jacques Adnet des luminaires et objets en bronze fabriqués par Poillerat

Jacques Fillacier, Messidor Blés / Messidor Avoines / Messidor Orges. Tapisserie de lice de la Manufacture de Beauvais. Salle à manger du pavillon de chasse de Marly © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

La décoration joue de tous les possibles dans une approche de mélanger tous les matériaux, dans la brillante démonstration.

Un bémol ! L’appel du Le chic !, mot peu usuel et étonnant, pour une des plus pertinentes expositions parisiennes de cet automne 2022, si ce n’est pas la plus pertinente ! Mais, le chic ne renvoie-t-il pas à Paris ? A l’excellence des métiers d’art. Au patrimoine immatériel. Alors, Vive Le chic ! Et Vive le Mobilier national, un des temples de l’excellence française, soutien irréfragable des métiers d’art français et des concepteurs.

Edmond Ceria, La route des Indes. Manufacture des Gobelins. Tissage : 12/03/1941 au 09/08/1943. Laine et soie, 7 fils de chaîne au cm. (teinture végétale). Dominique et Camille Hilaire, Meuble d'appui, 1945  © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Cette institution, tellement décriée par la rue Cambon, mais c’était avant la Covid, s’est mobilisée, dès 2020, en faveur des ateliers et des artisans privés touchés par cette crise sanitaire, leur confiant la restauration de 200 pièces des collections 1930-1950 du Mobilier, sous la supervision des ateliers du Mobilier.

Lustre Baguès, ca 1949. Cristal et fer forgé peint en blanc à l'intérieur, dorée à l'arc à l'extérieur © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Le chic ! Arts décoratifs et mobilier de 1930 à 1960

12 octobre 2022 - 29 janvier 2023

Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris

Commissariat général Hervé Lemoine,

Commissariat Emmanuelle Federspiel, Gérald Remy, Jérémie Tortil

Scénographie Maison Vincent Darré

Marcel Bergue, Table lumineuse, 1937. Alliages ferreux et cuivreux dorés, cuivrés et peints, verre et contreplaqué avec finition en érable moucheté © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2022, Galerie des Gobelins du Mobilier national - Paris.

Catalogue. Textes sur les décors du pouvoir; le soutien des artistes; les achats et commandes de l’État; les tapis, tapisseries et textiles d’ameublement. 292 pages. 240 illustrations. Index des noms des artistes. Édition Snoeck. Prix 39 €. Certains des objets reproduits dans cet ouvrage ne figurent pas dans l’exposition.

http://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/

 

 

Tag(s) : #Art de vivre - Lifestyle, #Covid-19, #Entretien à 210 km-h, #Expositions Paris, #Patrimoine
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